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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102635

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102635

lundi 13 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2021, M. B A et la SARL Marilou, représentés par Me Lévy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de Pléneuf-Val-André a abrogé l'arrêté du 11 juin 2020 l'autorisant à occuper temporairement le domaine public sous la forme d'une permission de voirie pour une emprise au sol de 10 mètres carrés pour l'établissement " Le 123 " et a rejeté la demande de M. A du 17 mai 2021 tendant à la reconduction de cette permission de voirie ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pléneuf-Val-André une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédé d'une procédure contradictoire alors qu'il s'agit d'une mesure de sanction ;

- il est contraire au principe d'impartialité, le maire étant partie dans une procédure pénale introduit par le requérant ;

- le refus de l'autoriser à exploiter une emprise sur la voie publique est entaché d'une erreur de fait ;

- ce refus est entaché de détournement de pouvoir, en ce qu'il relève d'une intention de lui nuire pour servir les intérêts de deux concurrents directs et porte une atteinte au principe de liberté du commerce et de l'industrie ;

- ce refus porte atteinte au principe " non bis in idem ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, la commune de Pléneuf-Val-André, représentée par Me Chatel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A et de la SARL Marilou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- les observations de Me Corillon, représentant la commune de Pléneuf-Val-André.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gérant de la SARL Marilou exploitant un bar-restaurant au Pléneuf-Val-André, s'est vu délivrer, le 11 juin 2020, une autorisation d'occupation du domaine public pour une emprise au sol de 10 mètres carrés aux fins d'installation d'une terrasse au droit de son établissement. Le 17 mai 2021, il a sollicité le renouvellement de cette autorisation. Par un arrêté du 17 mai 2021, le maire de Pléneuf-Val-André a rejeté sa demande et a abrogé l'arrêté du 11 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté litigieux est signé par M. Schmid, conseiller municipal de Pléneuf-Val-André délégué à la sécurité et aux cérémonies officielles, qui a reçu, par un arrêté du 23 juillet 2020 transmis en préfecture et affiché le même jour, délégation du maire à l'effet de signer tous actes relatifs aux permissions de voirie et à l'occupation temporaire du domaine public. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " () doivent être motivées les décisions qui () / 2° Infligent une sanction () ".

4. Le caractère précaire et révocable d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public permet au gestionnaire de résilier cette autorisation pour un motif d'intérêt général fondé sur l'objectif de préservation du domaine public, sans procédure particulière. Par ailleurs, aucune disposition ni aucun principe général n'impose à l'autorité gestionnaire du domaine public, lorsqu'elle statue sur une demande, de respecter une procédure contradictoire. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que la résiliation de l'autorisation d'installer une terrasse sur le domaine public accordée à M. A, et le rejet de sa demande de renouvellement d'autorisation, sont motivés par la nécessité de prévenir la réitération des troubles à l'ordre public, constituant une menace pour la sécurité et à la tranquillité publiques, causés par l'exploitation du café-restaurant dont M. A est le gérant, ayant justifié une sanction de fermeture administrative temporaire. Une telle décision doit être considérée comme prise dans l'intérêt du domaine public, et non comme une sanction administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait dû donner lieu à une procédure contradictoire préalable doit être écarté comme inopérant.

5. La circonstance que le maire de Pléneuf-Val-André soit partie dans une procédure pénale engagée par M. A n'est pas, en elle-même, de nature à établir que l'arrêté litigieux, signé par un conseiller municipal de la commune, serait intervenu en méconnaissance du principe d'impartialité, les deux procédures ne présentant pas de lien entre elles.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des fiches de main courante établies par les policiers municipaux de Pléneuf-Val-André, que de nombreux signalements ont été enregistrés au sujet des nuisances sonores générées par l'activité du bar-restaurant géré par M. A, et ont justifié plusieurs interventions de la police municipale et de la gendarmerie. Les services de gendarmerie ont ainsi été conduits à intervenir le 20 juillet 2020 à 2 heures 29 pour mettre fin à un tapage nocturne provoqué par des jeunes se trouvant dans l'établissement, ou le 2 août 2020 à minuit pour constater des nuisances résultant de la diffusion de musique à un volume élevé. En dépit d'une réunion organisée avec M. A en mairie le 6 août 2020, la réitération des nuisances a rendu nécessaire trois nouvelles interventions de la gendarmerie entre le 13 août et le 14 septembre. Au vu de ces éléments, le préfet des Côtes-d'Armor a ordonné la fermeture administrative de l'établissement géré par M. A par deux arrêtés du 27 août et du 28 septembre 2020. Au surplus, plusieurs commerçants voisins se sont plaints du comportement de M. A à leur égard. Si le requérant produit trois attestations remettant en cause les faits retenus par le préfet des Côtes-d'Armor concernant le dépassement des horaires d'ouverture, la présence de jeunes à l'extérieur de l'établissement ou l'absence de port du masque, une de ces attestations émane de la propre sœur du requérant. En outre, ces trois témoignages ne sont pas, à eux seuls, de nature à remettre en cause les constatations faites par les agents de la police municipale, les troubles constatés à l'été 2020 ayant été de nouveau relevés au printemps 2021. Par suite, les faits retenus par l'autorité administrative doivent être regardés comme suffisamment établis. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur de fait doit donc être écarté.

7. L'autorité chargée de la gestion du domaine public peut autoriser une personne privée à occuper une dépendance de ce domaine en vue d'y exercer une activité économique, à la condition que cette occupation soit compatible avec l'affectation et la conservation de ce domaine. La décision de délivrer ou non une telle autorisation, que l'administration n'est jamais tenue d'accorder, n'est pas susceptible, par elle-même, de porter atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, dont le respect implique, d'une part, que les personnes publiques n'apportent pas aux activités de production, de distribution ou de services exercées par des tiers des restrictions qui ne seraient pas justifiées par l'intérêt général et proportionnées à l'objectif poursuivi et, d'autre part, qu'elles ne puissent prendre elles-mêmes en charge une activité économique sans justifier d'un intérêt public.

8. Au cas d'espèce, il n'est pas établi que l'abrogation de la permission de voirie accordée à M. A serait de nature à apporter à l'activité qu'il exerce une restriction disproportionnée à l'objectif de préservation de l'ordre public poursuivi, l'activité du bar-restaurant pouvant continuer à s'exercer à l'intérieur des locaux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux porterait atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie ne peut qu'être écarté. Il n'est pas davantage établi que cette mesure serait intervenue pour favoriser les concurrents de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'un détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

9. Ainsi qu'il a été précédemment dit au point 4., il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté litigieux puisse s'analyser comme une mesure intervenue pour sanctionner M. A en raison des nuisances provoquées par l'exercice de son activité, alors que le requérant a déjà été sanctionné à raison des mêmes faits par deux arrêtés de fermeture administrative temporaires. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît le principe du non bis in idem.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A et la SARL Marilou ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de Pléneuf-Val-André a abrogé l'arrêté du 11 juin 2020 autorisant M. A à occuper temporairement le domaine public sous la forme d'une permission de voirie pour une emprise au sol de 10 mètres carrés pour l'établissement " Le 123 " et a rejeté sa demande de M. A tendant à la reconduction de cette permission de voirie.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par M. A et la SARL Marilou.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A et la SARL Marilou une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Pléneuf-Val-André au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A et de la SARL Marilou est rejetée.

Article 2 : M. A et la SARL Marilou verseront à la commune de Pléneuf-Val-André une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, représentant unique des requérants et à la commune de Pléneuf-Val-André.

Délibéré après l'audience du 27 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.

La rapporteure,

signé

V. CLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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