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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102706

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102706

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATSLIBERTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2102810 du 21 mai 2021, enregistrée le 26 mai 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal la requête présentée par le GAEC H.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes le 15 mars 2021, et un mémoire, enregistré le 22 mars 2023, le GAEC H, représenté par Me Bichon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le préfet de la région Bretagne a accordé à Mme C une autorisation d'exploiter 11 hectares 33 ares et 3 centiares à Pédernec ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et les entiers dépens;

3°) de mettre à la charge de Mme C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et les entiers dépens.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, Mme I C, représentée par Me Gobbé, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge du GAEC H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le GAEC requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté par le préfet de la région Bretagne, a été enregistré le 24 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code rural et la pêche maritime ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 4 mai 2018 arrêtant le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- les observations de Mme H, représentant le GAEC H.

Une note en délibéré présentée par le GAEC H a été enregistrée le 30 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Suivant acte notarié du 14 mai 2002, M. H s'est vu délivrer un bail à ferme pour plusieurs parcelles situées à Pédernec, d'une surface totale de 10 hectares 17 ares et 62 centiares. M. H s'est toutefois vu délivrer par la nouvelle propriétaire des terres, Mme C, un congé pour reprise du bail rural, suivant acte du 27 mars 2019. M. H a contesté ce congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux de Guingamp, qui a ordonné un sursis à statuer. Par un arrêté du 7 février 2020, le préfet de la région Bretagne a rejeté la demande d'autorisation d'exploiter déposée par Mme C. Cette dernière a présenté une nouvelle demande d'autorisation d'exploiter les mêmes parcelles, qui a été acceptée par arrêté du 17 décembre 2020, dont le GAEC H demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. B G, directeur régional de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt de Bretagne, a reçu délégation de signature du préfet de la région Bretagne, par un arrêté du 16 novembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, toutes décisions et tous documents concernant l'organisation et le fonctionnement du service sur lequel il a autorité, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur les demandes d'autorisation d'exploiter relatives au contrôle des structures agricoles. Par arrêté du 19 novembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, il a donné délégation à Mme E A à l'effet de signer des décisions au titre du contrôle des structures et de l'installation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 17 décembre 2020 doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative assure la publicité des demandes d'autorisation dont elle est saisie, selon des modalités définies par décret. / Elle vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code alors applicable : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place () ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois.() ". Selon l'article 1er de cette ordonnance : " I.- Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter, par un arrêté du 7 février 2020, la demande d'autorisation d'exploiter présentée par Mme C sur les parcelles jusqu'alors mises en valeur par le GAEC H, le préfet de la région Bretagne a considéré, d'une part, que la demande de ce GAEC relevait de la priorité 1 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) de Bretagne " Maintien de l'exploitation du preneur en place lorsque l'opération projetée est de nature à porter gravement atteinte à l'équilibre structurel de son exploitation, au motif que la demande de Mme C était de nature à retirer au GAEC du parcellaire de parcours et de proximité à moins d'un kilomètre de bâtiments d'élevage, et d'autre part, que la demande de Mme C relevait de la priorité 9 " Agrandissement d'exploitations ", sous-priorité 2, le préfet ayant retenu qu'eu égard à l'indicateur de dimension économique de l'exploitation de cette dernière rapporté au nombre d'unités de travail annuel (IDE/UTA), son exploitation se situait au-delà du seuil régional de viabilité avant l'opération projetée. Si, en application des dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020, le préfet de la région Bretagne ne pouvait retirer cet arrêté de refus au-delà du 23 août 2020, et si cet arrêté doit être regardé comme étant devenu définitif, faute d'avoir été contesté, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que Mme C présentât une nouvelle demande d'autorisation d'exploiter, en faisant valoir des éléments nouveaux. A cet égard, Mme C justifie avoir, dans un recours gracieux formé à l'encontre de l'arrêté du 7 février 2020, invoqué l'erreur de fait commise par le préfet de la région Bretagne concernant le nombre de vaches allaitantes prises en compte pour la détermination de son IDE, et l'erreur commise en qualifiant les parcelles en litige de parcelles de proximité pour le GAEC H. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui exploitait des terres appartenant à Mme D, s'est vu délivrer par cette dernière un congé aux fins de reprise de bail, Mme D ayant, par la suite, obtenu une autorisation d'exploiter les terres reprises par décision du préfet de région du 17 septembre 2020. Mme C a alors déposé le 18 septembre 2020 une nouvelle demande d'autorisation d'exploiter des terres à Pédernec. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que le préfet de la région Bretagne a estimé, au vu de l'autorisation accordée à Mme D, que la nouvelle demande d'autorisation d'exploiter déposée par Mme C devait s'analyser comme relevant de la priorité 6 du SDREA " Priorité 6 : compensation des surfaces perdues de l'exploitation () / Les pertes compensées sont celles advenues sans que le demandeur en soit l'initiateur et trouvent notamment leur origine dans () l'exercice du droit de reprise par propriétaire ". Il a par ailleurs considéré que les parcelles en litige ne correspondaient, pour le GAEC H, à aucune des hypothèses relevant de la priorité n° 1 du SDREA et qu'ainsi, la demande de Mme C devait être regardée comme prioritaire.

6. L'absence d'opposition de Mme C au congé de reprise délivré à son encontre par Mme D, et à la demande d'autorisation d'exploiter présentée par cette dernière, n'est pas de nature à établir que cette non-opposition n'aurait été motivée que par l'objectif de créer une situation de fait lui permettant d'obtenir une requalification de sa demande d'autorisation d'exploiter les terres jusqu'ici exploitées par le GAEC H. De même, la circonstance que ce congé de reprise ne prenne effet qu'au 20 septembre 2021 ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de région tienne compte, dans l'examen de la seconde demande de Mme C et de la candidature du GAEC H, des nouveaux éléments portés à sa connaissance. Ainsi, et alors même que l'arrêté du 7 février 2020 est devenu définitif, faute d'avoir été retiré par l'administration à l'expiration du délai fixé par l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020, l'arrêté du 17 décembre 2020, pris à la suite de la seconde demande de Mme C, et après un nouvel examen des situations respectives de cette dernière et du GAEC H, ne peut être regardé comme ayant été pris dans le but de contourner ce caractère définitif. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'un détournement de pouvoir ou d'un détournement de procédure doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision litigieuse ne peut s'analyser comme portant retrait dans l'arrêté du 7 février 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration limitant à quatre mois le délai de retrait d'une décision individuelle doit être écarté comme inopérant.

8. Le SDREA de Bretagne fixe neuf priorités au vu desquelles les demandes d'autorisation d'exploiter sont analysées. La priorité n°1 de ce schéma tend à privilégier le maintien de l'exploitation du preneur en place, lorsqu'une demande d'autorisation est de nature à porter gravement atteinte à l'équilibre structurel de son exploitation, dans le cas notamment où une opération serait de nature à retirer un parcellaire de parcours et de proximité à moins d'un kilomètre de bâtiments d'élevage, ou équestres, ou comportant des bâtiments et/ou installations de proximité difficilement remplaçables par l'exploitant. Selon la définition figurant à l'article 1er du SDREA, est considéré comme une parcelle de proximité de bâtiment d'élevage du demandeur " une parcelle ou îlot de parcelles cadastrales d'une superficie maximale de 5 hectares, situé(é) à proximité immédiate du bâtiment d'élevage ou en continuité d'un parcellaire exploité par le demandeur jouxtant le bâtiment d'élevage, à une distance maximale de 500 mètres à vol d'oiseau de son bâtiment d'élevage (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige ne se trouvent ni à proximité immédiate du bâtiment d'élevage du GAEC H, ni en continuité d'un parcellaire exploité par ce GAEC jouxtant son bâtiment d'élevage. Ces parcelles ne peuvent donc pas être regardées, pour le GAEC requérant, comme des parcelles de proximité au sens de la priorité n°1 du SDREA. Par ailleurs, Mme C fait valoir, sans être contredite, que ces parcelles sont cultivées en grande culture et ne sauraient dès lors être regardées comme des parcelles de parcours. Par suite, le GAEC H n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la région Bretagne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que sa demande ne relevait pas de la priorité n°1 du SDREA.

10. Par ailleurs, la circonstance que l'autorisation d'exploiter accordée à Mme C pour les parcelles en litige serait de nature à compromettre l'accès du GAEC H aux parcelles qu'il exploite, à laquelle il accédait auparavant par les parcelles D 988 et 997, n'est pas de nature à établir que le préfet de la région Bretagne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'attribution d'un rang de priorité à la demande du GAEC H, qui reconnaît au demeurant qu'aucune servitude au profit de ces parcelles n'a été mise en place.

11. Enfin, si le GAEC H invoque l'atteinte portée à l'équilibre économique de l'exploitation, en indiquant qu'après soustraction des terres faisant l'objet d'un congé, son IDE/UTA serait réduit à 49 503,10 euros, soit un niveau inférieur à la moyenne régionale fixée à 50 000 euros, cette circonstance ne suffit pas à établir que les parcelles en litige devraient être qualifiées de parcelles difficilement remplaçables pour l'équilibre économique du GAEC, dont l'IDE/UTA resterait, dans cette hypothèse, significativement supérieur au seuil de viabilité retenu par le SDREA, fixé à 35 000 euros, ni que le préfet de la région Bretagne aurait dû refuser la demande de Mme C en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime. En outre, et en tout état de cause, l'évaluation de l'IDE/UTA de l'exploitation de Mme C proposée par le GAEC H ne tient pas compte de la correction à apporter au nombre de vaches allaitantes, et ne saurait, dès lors, être regardée comme présentant un caractère probant.

12 Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté en ses différentes branches.

13. Il résulte de ce qui précède, que le GAEC H n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le préfet de la région Bretagne a accordé à Mme C une autorisation d'exploiter 11 hectares 33 ares et 3 centiares à Pédernec.

Sur les frais liés au litige :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le GAEC H doivent, dès lors, être rejetées.

15. Le GAEC H étant partie perdante, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat et de Mme C des dépens doivent également être rejetées.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme C tendant à l'application de ces mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du GAEC H est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au GAEC H, à Mme I C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire

Copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Gourmelon première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

signé

V. FLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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