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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102888

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102888

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOIRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 juin, 21 octobre et 9 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Coirier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier l'a placée en congé sans traitement le 29 mai 2020 en raison d'une absence injustifiée ;

2°) d'annuler les avis des sommes à payer des 17 décembre 2020 et 18 janvier 2021, son bulletin de paie de janvier 2021, la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 4 février 2021, ainsi que l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021 ;

3°) de condamner le centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes à lui verser, outre les intérêts au taux légal à compter du 30 septembre 2020, la somme de 828,06 euros correspondant au manque à gagner sur la rémunération due pour le mois d'août 2020, la somme correspondant au manque à gagner sur la rémunération due pour le mois de septembre 2020, la somme de 868,47 euros correspondant aux indemnités compensatrices de congés payés résultant de la fin de contrat, outre les indemnités de congés payés non perçues au titre des jours n'ayant pu être posés sur la période contractuelle, le complément de traitement indiciaire et les heures supplémentaires, ainsi que la somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral ;

4°) de la décharger de l'ensemble des sommes dont il lui est demandé le règlement ;

5°) d'enjoindre au centre hospitalier Guillaume Régnier et à la trésorerie hospitalière de reconstituer sa carrière sur sa dernière période contractuelle afin de tirer les conséquences de l'annulation des décisions litigieuses ;

6°) à titre subsidiaire, d'opérer une compensation entre les sommes qu'elle réclame et celles qui pourraient être inscrites au crédit du centre hospitalier Guillaume Régnier si le tribunal considérait qu'elle était effectivement en absence injustifiée au titre du mois de mai 2020 ;

7°) en tout état de cause, de mettre à la charge du centre hospitalier Guillaume Régnier la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 10 décembre 2020 la plaçant en congé sans traitement le 29 mai 2020 est entachée d'une erreur de fait ;

- l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 portant sur la somme 632,01 euros méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé, à défaut d'indiquer précisément les bases de la liquidation ;

- elle n'a pas été destinataire de l'avis des sommes à payer du 18 janvier 2021, de sorte qu'il doit être regardé comme étant dépourvu de base légale ;

- la régularisation figurant sur son bulletin de paie du mois de janvier 2021, qui révèle l'existence de cet avis des sommes à payer, porte sur plusieurs absences dont les dates ne sont pas précisées, ce qui empêche le contrôle de la matérialité des faits ;

- l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021 portant sur la somme globale de 770,12 euros est dépourvu de base légale ; elle n'a pas été suffisamment informée des éléments substantiels de la créance ;

- sa rémunération au titre des mois d'août et de septembre 2020 a été irrégulièrement réduite au regard de l'article 10 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, de sorte qu'elle a subi un préjudice financier qui est chiffrable par l'administration ;

- les diverses sommes qui lui sont dues au titre de son bulletin de paie du mois de novembre 2020 ne lui ont pas été versées, de sorte qu'elle a subi un préjudice financier qui est chiffrable par l'administration ;

- elle a subi un préjudice moral de 3 000 euros résultant des difficultés qu'elle a rencontrées dans l'exécution de son contrat de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, la trésorerie hospitalière de Rennes conclut au rejet de la requête s'agissant de ses conclusions la concernant et informe le tribunal de la mainlevée de la saisie à tiers détenteur portant sur la somme de 770,12 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le centre hospitalier Guillaume Régnier, représenté par la SELARL Houdart et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021 qui a été retirée par le comptable public le 11 juin 2021 ;

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation du bulletin de paie de janvier 2021 sont irrecevables dès lors que cet acte ne constitue pas une décision administrative susceptible de recours contentieux ;

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation des avis de sommes à payer sont irrecevables à défaut de production des décisions attaquées ;

- les conclusions de la requête tendant à sa condamnation à verser à Mme A une somme correspondant à l'équivalent de 6 jours non rémunérés en août 2020 sont irrecevables, à défaut pour cette somme d'être chiffrée ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ; il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.

Par un courrier du 19 septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Coirier, représentant Mme A, ainsi que celles de Me Lesné, représentant le centre hospitalier Guillaume Régnier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes pour exercer des fonctions d'ouvrier qualifié au sein du service cours et jardins en vertu d'un premier contrat à durée déterminée conclu pour la période du 1er juin au 30 novembre 2017. Elle a ensuite été employée pour exercer les mêmes fonctions par six contrats à durée déterminée successifs du 3 avril 2018 au 30 septembre 2020. Mme A a été placée en congés de maladie ordinaire du 1er au 31 juillet 2020. Cet arrêt maladie a été renouvelé deux fois, du 1er au 31 août 2020, puis du 1er au 30 septembre 2020. Par une décision du 10 décembre 2020, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a placé Mme A en congé sans traitement le 29 mai 2020 en raison d'une absence injustifiée. Deux bulletins de paie ont été établis en novembre 2020 et janvier 2021 afin de liquider les sommes restant dues à Mme A. Un avis des sommes à payer n° 113112 se référant au bulletin de salaire de l'intéressée de novembre 2020 et portant sur la somme de 632,01 euros a par ailleurs été émis à son encontre le 17 décembre 2020. Enfin, un avis de saisie administrative à tiers détenteur a également été émis à son encontre le 6 mai 2021, lequel porte à la fois sur la somme de 632,01 euros correspondant à l'avis des sommes à payer n° 113112 et sur la somme de 138,11 euros correspondant à un autre avis des sommes à payer n° 100020 du 18 janvier 2021. Par courrier du 4 février 2021 reçu le 8 février suivant, Mme A a demandé au centre hospitalier Guillaume Régnier, d'une part, que soit " abrogés " les bulletins de paie de novembre 2020 et janvier 2021, la décision du 10 décembre 2020 et l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 et, d'autre part, la condamnation du centre hospitalier Guillaume Régnier à lui verser diverses sommes en réparation des préjudices financiers et moral qu'elle estime avoir subis. Ses demandes ont implicitement été rejetées par le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () / 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ". Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

3. Les sommes sur lesquelles portent la saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021 dont l'annulation est demandée par Mme A, prise sur le fondement du 7° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, correspondent à des créances non fiscales d'un établissement de santé. Un tel litige se rattache à la contestation d'actes de poursuite dont il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître. Il s'ensuit que la demande tendant à l'annulation de cet acte doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les fins de non-recevoir :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".

5. D'une part, la requérante produit l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020, lequel revêt le caractère d'une décision susceptible de recours contentieux. D'autre part, si Mme A n'a en revanche pas produit l'avis des sommes à payer du 18 janvier 2021 portant sur la somme de 138,11 euros, le centre hospitalier Guillaume Régnier ne conteste pas, comme elle le fait valoir, qu'elle n'a pas été rendue destinataire de ce titre de recettes dont l'existence est toutefois révélée par l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 mai 2021 qui fait référence à un titre de recette du 18 janvier 2021 portant sur la somme de 138,11 euros et précise que la dette en cause a trait au bulletin de paie de Mme A de janvier 2021, ainsi que par le bordereau de situation du compte de l'intéressée établi par la trésorerie hospitalière de Rennes le 20 octobre 2021 qui mentionne également l'existence d'un titre de recette du 18 janvier 2021 portant sur la somme de 138,11 euros. Il ressort en outre du bulletin de paie de janvier 2021, qui mentionne en " net à payer " la somme négative de - 138,11 € et de la lettre d'accompagnement du 13 janvier 2021 qui informe l'intéressée que ce bulletin de salaire fait apparaître " un négatif consécutif à la régularisation de vos absences non rémunérées " et qu'" un titre de recette d'un montant de 138,11 euros a été établi à votre encontre " que ce montant correspond au placement de Mme A en congé sans traitement le 29 mai 2020 décidé le 10 décembre 2020 au motif d'une absence injustifiée. La fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier Guillaume Régnier tirée de l'absence de production des avis des sommes à payer en litige doit, par suite, être écartée, la mainlevée de l'avis à tiers détenteur du 6 mai 2021 n'ayant au demeurant pas eu pour objet de retirer ces avis des sommes à payer.

6. En deuxième lieu, le bulletin de paie d'un agent public ne revêt pas, en lui-même, le caractère d'une décision. Ainsi, si le bulletin de paie de Mme A établi en janvier 2021 révèle l'existence d'un titre de recettes portant sur la somme de 138,11 euros susceptible de recours contentieux, ce bulletin de paie ne peut en revanche pas lui-même faire l'objet d'un tel recours. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ce document sont dès lors, ainsi que le soutient le centre hospitalier Guillaume Régnier, irrecevables.

7. En dernier lieu, si le centre hospitalier Guillaume Régnier se prévaut de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à sa condamnation à verser à Mme A une somme non chiffrée correspondant à l'équivalent de 6 jours non rémunérés en août 2020, la requérante a chiffré cette somme à 828,06 euros dans son mémoire en réplique. Cette somme, comme les autres sommes non chiffrées dont Mme A demande la condamnation du centre hospitalier à lui verser, sont au demeurant chiffrables par l'application des textes législatifs et réglementaires qu'elle invoque, notamment le décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le centre hospitalier Guillaume Régnier doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 10 décembre 2020 plaçant Mme A en congé sans traitement le 29 mai 2020 :

8. Il ressort du relevé des absences de Mme A issu du logiciel de gestion des absences produit par le centre hospitalier Guillaume Régnier que la requérante était notamment absente sans justification les 27 et 29 mai 2020. Si la requérante conteste avoir été absente ce jour, elle n'apporte aucune précision en vue d'étayer sa contestation, ni aucune pièce de nature à établir sa présence sur son lieu de travail le 29 mai 2020. Il s'ensuit qu'alors même que le relevé des absences n'aurait pas été complété par le service d'affectation de l'intéressée et que l'absence en cause n'a été enregistrée que le 10 décembre 2020, le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entaché le motif de la décision du même jour plaçant Mme A en congé sans traitement le 29 mai 2020 tiré de son absence injustifiée doit être écarté.

9. Par ailleurs, cette décision ne constituant pas un titre exécutoire, Mme A ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas été signée par le comptable public, ni qu'elle serait entachée d'un défaut de base légale, ni encore qu'elle ne préciserait pas les bases de liquidation d'une créance dont Mme A pourrait demander la décharge.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2020 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 :

11. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable, rendu applicable aux établissements publics locaux de santé par l'article L. 6145-9 du code de la santé publique : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".

12. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

13. Ainsi que le soutient Mme A, il résulte de l'instruction que l'ampliation de l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 qu'elle produit ne comporte pas les nom, prénoms et qualité de la personne qui a émis ce titre. Le centre hospitalier Guillaume Régnier ne démontre par ailleurs pas que le bordereau de titre de recette serait signé de son auteur ou d'une personne ayant reçu délégation pour ce faire. L'absence de la signature et de la mention des nom, prénoms et qualité de son auteur sur le titre exécutoire est de nature à en affecter la régularité.

14. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. / () ". Un état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette, alors même qu'il serait émis par une personne publique autre que celles pour lesquelles cette obligation est expressément prévue par l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

15. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 n'indique pas sa base de liquidation. S'il se réfère au bulletin de paie de Mme A de novembre 2020, sans davantage de précision, lequel fait apparaître un montant net à payer de 632,01 euros correspond à la somme figurant sur l'avis des sommes à payer en cause, ce document ne contient pas d'indications précises et détaillées quant aux sommes réclamées et ne permettait donc pas à la requérante de connaître les bases et les éléments de calcul ayant motivé qu'elles fussent mises à sa charge. Il est ainsi, comme le soutient la requérante, insuffisamment motivé.

16. Il résulte de ce qui précède que l'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020 en litige doit être annulé.

En ce qui concerne le titre de recettes du 18 janvier 2021 :

17. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, il n'est pas contesté que le titre de recettes portant sur la somme de 138,11 euros émis le 18 janvier 2021 n'a pas été notifié à Mme A, de sorte qu'elle n'a pas été en mesure de le produire dans la présente instance. Alors que la légalité de ce titre est contestée par Mme A, le centre hospitalier Guillaume Régnier n'a pas davantage versé cette pièce aux débats. Le bulletin de salaire de régularisation de janvier 2021 qui fait figurer en montant net à payer la somme négative de " - 138,11 € " ne permet pas de comprendre le motif d'une telle créance au profit du centre hospitalier Guillaume Régnier. De même, la lettre d'accompagnement de ce document se borne à indiquer à Mme A que cette somme correspond à la " régularisation de vos absences non rémunérées ", alors en outre qu'il n'est pas contesté que la requérante n'a préalablement été destinataire que de la décision du 10 décembre 2020 qui ne porte que sur l'absence injustifiée du 29 mai 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de précisions quant aux bases de liquidation de cette créance doit être accueilli.

18. Il en résulte que le titre de recettes du 18 janvier 2021, dont l'existence a été révélée par le bulletin de salaire de janvier 2021, doit être annulé.

19. Il résulte en outre de ce qui précède que la décision implicite de rejet du recours gracieux de Mme A doit être annulée seulement en tant qu'elle porte sur les titres de recettes des 17 décembre 2020 et 18 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

20. L'annulation des titres exécutoires des 17 décembre 2020 et 18 janvier 2021 prononcée par le présent jugement pour un motif de régularité en la forme n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que soit prononcée la décharge de l'obligation de payer les sommes de 632,01 euros et 138,11 euros. Il en résulte que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement, qui n'accueille que partiellement les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique pas la mesure d'exécution sollicitée. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

22. D'une part, aux termes de l'article 10 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " L'agent contractuel en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, de congés de maladie pendant une période de douze mois consécutifs ou, en cas de service discontinu, au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs, dans les limites suivantes : / 1° Après quatre mois de services, un mois à plein traitement et un mois à demi-traitement ; / 2° Après deux ans de services, deux mois à plein traitement et deux mois à demi-traitement ; / 3° Après trois ans de services, trois mois à plein traitement et trois mois à demi-traitement. / Pour le décompte des périodes de référence prévues à l'alinéa précédent, toute journée ayant donné lieu à rémunération est décomptée pour une unité quelle que soit la durée de travail au cours de cette journée ".

23. Il résulte de l'instruction que Mme A a été employée en contrats à durée déterminée par le centre hospitalier Guillaume Régnier de manière continue entre le 3 avril 2018 et le 30 septembre 2020. Elle a été placée en congés de maladie ordinaire du 1er au 31 juillet 2020. Son arrêt maladie a été renouvelé à deux reprises, du 1er au 31 août 2020 et du 1er au 30 septembre 2020. La requérante soutient que dans ces conditions, compte tenu de son ancienneté, elle aurait dû bénéficier d'un plein traitement en juillet et août 2020 puis d'un demi-traitement à compter du 1er septembre 2020. Il ressort toutefois du relevé des absences de l'intéressée et il n'est pas contesté qu'elle avait déjà fait l'objet, dans les douze mois précédents, d'un congé de maladie de cinq jours en octobre 2019, de sorte que cette période devait être déduite de la période de deux mois à plein traitement dont devait bénéficier Mme A à compter du 1er juillet 2020. Cependant, s'il est constant que son bulletin de salaire de septembre 2020 intègre une régularisation en déduisant du traitement indiciaire une somme correspondant à six jours qui avaient été payés en août 2020 sur la base du traitement indiciaire d'un temps plein de 1 513,58 euros et en créditant six jours à demi-traitement, le centre hospitalier n'apporte pas d'explication quant à la raison pour laquelle la déduction ainsi opérée a porté sur six jours et non cinq jours, aucun élément du dossier ne permettant de justifier une telle déduction d'un jour supplémentaire. Il s'ensuit que le centre hospitalier Guillaume Régnier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en déduisant sur le bulletin de salaire de septembre 2020 non pas cinq mais six jours à plein traitement pour les remplacer par des jours à demi-traitement.

24. En revanche, contrairement à ce que fait valoir Mme A, il résulte de l'instruction, notamment du bulletin de paie de septembre 2020, qu'elle a bénéficié d'un demi-traitement de 756,79 euros à compter du 1er septembre 2020, de sorte qu'aucune faute n'a été commise par le centre hospitalier Guillaume Régnier à cet égard.

25. D'autre part, il résulte de l'instruction que le bulletin de paie de régularisation établi en novembre 2020 à la suite du terme du contrat de Mme A le 30 septembre 2020 fait apparaître en net à payer la somme de - 632, 01 euros. Ce document prévoit comme étant dues à l'intéressée les montants non sérieusement contestés de 56,23 euros concernant le complément de traitement indiciaire, 746,58 euros concernant l'indemnité compensatrice de congés payés, 65,66 euros concernant les indemnités horaires pour travaux supplémentaires et 643 euros concernant les indemnités journalières de sécurité sociale. Les montants " à déduire " figurant sur ce document s'élèvent, en dehors du montant de 1513,58 euros correspondant au traitement indiciaire mensuel de la requérante du mois d'octobre 2020, à la somme totale de 629,90 euros, correspondant notamment au montant non davantage sérieusement contesté de 866,05 euros au titre d'indemnités journalières " brut résiduel ", déduction faite de charges salariales. Il résulte par ailleurs de l'instruction et il est constant que Mme A, dont le contrat à durée déterminée a pris fin le 30 septembre 2020 et n'avait ainsi pas droit au versement du traitement indiciaire de basse de 1 513,58 euros en octobre 2020 figurant pourtant sur le bulletin de salaire établi pour ce mois, n'a en réalité pas perçu cette somme, de sorte que la ligne du bulletin de paie de novembre 2020 prévoyant en déduction la somme de 1 513,58 euros en régularisation du mois d'octobre précédent est erronée. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces considérations qu'en supprimant cette ligne, la régularisation de la situation de Mme A opérée par le bulletin de paie de novembre 2020 aurait dû conduire à faire figurer en net à payer " non pas le montant de - 632,01 euros mais celui de 881,57 euros, le centre hospitalier Guillaume Régnier ayant de ce fait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

26. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 23 du présent jugement que Mme A a droit au versement par le centre hospitalier Guillaume Régnier de la somme correspondant à la différence entre sa rémunération d'un jour à plein traitement et sa rémunération d'un jour à demi-traitement au titre du mois d'août 2020.

27. En deuxième lieu, s'agissant de la régularisation de la situation de Mme A opérée de manière erronée par le centre hospitalier Guillaume Régnier sur son bulletin de paie de novembre 2020, le centre hospitalier fait valoir que l'avis des sommes à payer réclamant la somme de 632,01 euros a été rapporté sans qu'il n'ait produit d'effet et que la somme de 881,57 euros due à l'intéressée a été mandatée par le centre hospitalier Guillaume Régnier à son profit. Toutefois, d'une part, ni la mainlevée de saisie à tiers détenteur du 11 juin 2021 ni le bordereau de situation de Mme A émanant de la trésorerie hospitalière de Rennes ne permettent d'établir que l'avis des sommes à payer portant sur la somme de 632,01 euros figurant sur le bulletin de paie de novembre 2020 aurait été rapporté et que cette somme n'aurait pas été payée par l'intéressée, ainsi qu'elle le fait valoir. Il ne résulte pas davantage de l'instruction, notamment de la pièce intitulée " Blocages paie octobre 2020 " signée par le directeur adjoint du centre hospitalier Guillaume Régnier le 20 octobre 2020 et de la décision du 18 novembre 2020 selon laquelle Mme A " va bénéficier du paiement de 10 jours de congés annuels et de 5,27 heures supplémentaires ", que le centre hospitalier Guillaume Régnier aurait effectivement versé à la requérante la somme de 881,57 euros due par ce dernier, indépendamment de la somme de 632,01 euros figurant sur le bulletin de paie de novembre 2020. Il s'ensuit qu'au total, le préjudice financier subi par Mme A au titre des erreurs commises par le centre hospitalier Guillaume Régnier dans la régularisation de sa situation administrative prévue par ce bulletin de paie s'élève à la somme totale 1 513,58 euros.

28. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A en raison de ses tracas induits par les erreurs commises par le centre hospitalier Guillaume Régnier dans la gestion de sa situation administrative en le condamnant à lui verser la somme de 1 000 euros à ce titre.

29. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Guillaume Régnier est condamné à verser à Mme A la somme totale de 2 513,58 euros ainsi que la somme correspondant à la différence entre sa rémunération d'un jour à plein traitement et sa rémunération d'un jour à demi-traitement au titre du mois d'août 2020.

Sur les intérêts :

30. Mme A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 8 février 2021, date de sa demande préalable indemnitaire.

Sur les frais liés au litige :

31. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Coirier, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du centre hospitalier Guillaume Régnier le versement à Me Coirier de la somme de 1 500 euros.

32. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 11 juin 2021 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : L'avis des sommes à payer du 17 décembre 2020, le titre de recettes du 18 janvier 2021, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux de Mme A en tant qu'elle porte sur ces actes sont annulés.

Article 3 : Le centre hospitalier Guillaume Régnier est condamné à verser à Mme A la somme totale de 2 513,58 euros ainsi que la somme correspondant à la différence entre sa rémunération d'un jour à plein traitement et sa rémunération d'un jour à demi-traitement au titre du mois d'août 2020, ces sommes étant assorties du versement des intérêts au taux légal à compter 8 février 2021.

Article 4 : Le centre hospitalier Guillaume Régnier versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Coirier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier Guillaume Régnier de Rennes et à la trésorerie hospitalière de Rennes.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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