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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103067

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103067

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMSS 6ème chambre MOULINIER Yann
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2021, M. C B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le sous-préfet de Brest a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au sous-préfet de Brest de lui restituer son titre de conduite dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne vise pas le texte réprimant l'infraction ni la nature de celle-ci en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît le principe du contradictoire prévu par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites ou orales préalablement à son édiction, alors qu'il n'y avait ni urgence ni atteinte à l'ordre public ;

- en ne précisant pas la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre, cet arrêté méconnaît de surcroît les dispositions de l'article R. 221-13 du code de la route ;

- les dispositions des articles R. 234-2 du code de la route et de l'arrêté du 8 juillet 2003 ont été méconnues dès lors qu'il n'est pas en mesure de s'assurer de l'identification, de la date d'homologation et de la dernière vérification annuelle de l'éthylomètre utilisé lors de son interpellation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2021, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A D, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le sous-préfet de Brest a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de douze mois

2. Aux termes de l'article L.224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté contesté vise le code de la route et notamment les articles L. 121-5, L. 224-1, lequel se rapporte explicitement à l'infraction résultant d'une conduite sous l'empire de l'état alcoolique défini à l'article L. 234-1 du même code, les articles L.224-2, L.224-6 et L.224-9, R. 221-13, R. 221-14-1, R.224-4, R.224-12 à R.224-17 et R. 224-19-1, et mentionne par ailleurs que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route d'une peine complémentaire de suspension du permis de conduire pour avoir, le 30 mai 2021 à 11h35 sur le territoire de la commune de La Roche-Maurice (29), été intercepté conduisant son véhicule avec un taux d'alcool de 0,81 mg par litre d'air expiré. Cet arrêté relève aussi le danger grave et immédiat que représente le conducteur en infraction pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers, et de lui-même. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article

L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article

L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité et n'est pas tenu de suivre une procédure contradictoire avant de prendre la décision attaquée.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été contrôlé 30 mai 2021 conduisant son véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool, révélée par éthylomètre dans le cadre des vérifications prévues par les dispositions de l'article R. 234-4 du code de la route, de 0,94 milligramme par litre d'air expiré puis, lors d'une seconde mesure, de 0,89 milligramme, le taux retenu ayant été fixé à 0,81 milligramme. L'infraction ainsi commise, d'une particulière gravité, à plus forte raison que l'intéressé avait déjà fait l'objet d'une mesure de suspension de son titre de conduite d'une durée de huit mois en raison d'une infraction similaire, était de nature à faire regarder M. B comme représentant alors un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, et pour lui-même, justifiant que le sous-préfet se dispense de la procédure contradictoire prévue par les disposions de l'article L. 121-1 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cette procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " I.- Le préfet soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques, notamment salivaires et capillaires : / () 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus ". Aux termes de l'article R. 221-14 du même code : " I. - Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical : () 3° Avant la restitution de son permis, à tout conducteur () à l'encontre duquel il a prononcé une mesure restrictive ou suspensive du droit de conduire pour l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1 et L. 234-8, afin de déterminer si l'intéressé dispose des aptitudes physiques nécessaires à la conduite du véhicule. () ".

9. Si pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 221-13 du code de la route, il appartient à l'autorité préfectorale d'indiquer au conducteur le délai dans lequel une visite médicale doit être effectuée et la nature des examens auxquels il doit se soumettre, l'absence de ces précisions, qui aurait seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que soit refusée la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension, est sans influence sur la légalité de la mesure de suspension elle-même. En tout état de cause, et au surplus, le requérant s'est vu remettre à l'occasion de la notification de la décision en litige une notice d'information relative aux démarches à entreprendre pour retrouver le droit à conduire à l'issue du délai de douze mois de suspension de son titre de conduite et l'informant de son obligation de se soumettre à une visite médicale devant la commission médicale de la préfecture de son lieu de résidence muni du " questionnaire médical disponible sur le site de la préfecture ", informations de nouveau délivrées dans la lettre du 24 juin 2021 par laquelle le sous-préfet de Brest a rejeté le recours gracieux de l'intéressé.

10. En dernier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la décision de suspension ou l'avis de rétention de permis de conduire sur lequel est fondée la décision de suspension contestée mentionnent les informations relatives à l'identification de l'appareil utilisé pendant le contrôle ainsi que sa date et ses conditions de vérification et d'homologation. En tout état de cause, et au surplus, le requérant ne peut raisonnablement invoquer un tel moyen dès lors que le procès-verbal de vérification et de notification de son état alcoolique établi le 30 mai 2021, jour de l'infraction, que l'intéressé a signé, précise que le taux d'alcool par litre d'air expiré a été mesuré par un éthylomètre de marque SERES S679 E, homologué sous le N° 1173, lequel avait fait l'objet d'une vérification le 24 octobre 2020 par le LABORATOIRE NATIONAL D, valable jusqu'au 24 octobre 2021. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 234-2 du code de la route et de l'article 13 de l'arrêté du 8 juillet 2003 relatif au contrôle des éthylomètres doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

Y. DLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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