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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103113

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103113

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juin 2021, 13 avril et 25 avril 2023, M. A B, représenté par Me Rouhaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 15 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Gilles a constaté la désaffectation de la parcelle AC n° 616, a prononcé son déclassement, autorisé sa cession et approuvé les modalités de celle-ci ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Gilles une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération litigieuse est entachée d'un vice de procédure du fait du défaut d'information des conseillers municipaux, en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ; aucune information sur la pertinence du prix envisagé n'a été communiquée ;

- cette délibération est entachée d'un second vice de procédure, en méconnaissance de l'article L. 2121-10 du même code ;

- cette délibération est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 2241-1 du même code ;

- le conseil municipal a méconnu les règles de publicité et de mise en concurrence préalable imposées par l'article 12 de la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 ;

- le déclassement est illégal, à défaut de poursuivre un intérêt général ;

- la parcelle a été vendue à un prix inférieur à sa valeur, sans contrepartie, en méconnaissance du principe d'interdiction des libéralités.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier et 19 avril 2023, la commune de Saint-Gilles, représentée par Me Fleischl, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- M. B ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Oueslati, représentant M. B et de Me Lucas, représentant la commune de Saint-Gilles.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 13 novembre 2019, le conseil municipal de Saint-Gilles a autorisé la vente d'une parcelle cadastrée AC n° 616 à la société civile immobilière B3F. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette délibération et l'annulation de la décision ayant rejeté son recours gracieux.

Sur la légalité de la délibération du 13 novembre 2019 :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. () ".

3. La délibération litigieuse vise le code général des collectivités territoriales, le code général de la propriété des personnes publiques, l'avis donné par France Domaine, et expose que la parcelle n'est plus affectée au public et que la commune souhaite la vendre pour permettre à l'entreprise France Culinaire Développement de développer son activité. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la délibération litigieuse doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les conseillers municipaux ont été destinataires, en vue de la réunion du conseil municipal fixée au 15 décembre 2020, d'une note de synthèse jointe à la convocation au conseil municipal, dans laquelle il était proposé au conseil de constater la désaffectation de la parcelle litigieuse et d'approuver son déclassement du domaine public. Ainsi, et alors même que la convocation ne mentionnait pas, en elle-même, la désaffectation et le déclassement envisagés, les élus ont pu en être informés à la lecture de la note explicative de synthèse jointe. Cette note mentionnait également le prix de vente proposé, et précisait que ce prix correspondait à l'estimation de France domaines. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la délibération serait entachée d'irrégularité, faute pour les conseillers municipaux d'avoir reçu un ordre du jour complet et des explications sur le prix proposé.

6. Aux termes de l'article 12 de la directive 2006/123/CE du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur, dont le délai de transposition s'achevait le 28 décembre 2009 : " Lorsque le nombre d'autorisations disponibles pour une activité donnée est limité en raison de la rareté des ressources naturelles ou des capacités techniques utilisables, les États membres appliquent une procédure de sélection entre les candidats potentiels qui prévoit toutes les garanties d'impartialité et de transparence, notamment la publicité adéquate de l'ouverture de la procédure, de son déroulement et de sa clôture () ".

7. Le champ d'application de la directive précitée concerne les procédures ayant pour effet d'obliger un prestataire ou un destinataire à solliciter une autorisation pour accéder à une activité de service ou pour l'exercer, et non les procédures par lesquelles une collectivité décide de déclasser une parcelle puis de la vendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de de la directive 2006/123/CE du 12 décembre 2006 doit être écarté comme inopérant.

8. Il n'est pas contesté que la parcelle faisant l'objet d'un déclassement, qui accueillait auparavant un terrain de football, n'est plus affectée à l'usage du public. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment de la note synthétique remise aux conseillers municipaux en vue de la réunion du conseil municipal du 15 décembre 2020, que le déclassement de la parcelle AC n° 616 a pour objectif de permettre sa vente à la société civile immobilière B3F pour permettre l'extension d'une entreprise culinaire déjà implantée à Saint-Gilles. Cet objectif, qui vise à créer les conditions d'une implantation durable de l'entreprise sur le territoire de la commune, doit être regardé comme répondant à un objectif d'intérêt général relatif au développement économique local et à la création d'emplois. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération litigieuse ne serait pas justifiée par un objectif d'intérêt général doit être écarté.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le prix de cession de 44 euros au mètre carré retenu par le conseil municipal, qui correspond à l'évaluation faite par France domaines, serait inférieur à la valeur réelle de la parcelle, le prix de 55 euros au mètre carré avancé par M. B ne reposant sur aucun élément explicatif. Par suite, le moyen tiré de ce que cette vente ne serait pas justifiée par un objectif d'intérêt général et ne comporterait pas de contreparties doit être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 15 décembre 2020 du conseil municipal de Saint-Gilles, ni de la décision ayant implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à payer à la commune de Saint-Gilles au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Gilles une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société civile immobilière B3F et à la commune de Saint-Gilles.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

signé

V. C

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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