mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SALIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 18 juin 2021, Mme G B, épouse D, représentée par Me Salin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au préfet, saisi sur le fondement de l'article L. 313-14 de saisir le service de la main-d'œuvre étrangère de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ; en l'état actuel de la procédure, il n'est pas établi que cet avis, dont la décision attaquée ne précise pas pour quel motif il était défavorable, était régulier ;
- elle viole les dispositions des articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D, ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 avril 2021, Mme D, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Salin, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante mongole, née en 1980 est entrée sur le territoire français le 16 mai 2011 en provenance des Pays-Bas où elle vivait avec son mari et où était né leur premier enfant, le 21 décembre 2009. Un second enfant du couple est né à Rennes le 13 juin 2011. Mme B et son mari ont sollicité l'asile sous les identités de Mme E et M. F mais leurs demandes ont été définitivement rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 mars 2013. Sous ces identités, des arrêtés portant obligation de quitter sans délai le territoire français ont été édictés le 16 février 2016 à l'encontre de la requérante et de son mari dont les recours ont été rejetés par le tribunal administratif de Rennes le 23 février 2016. Les intéressés se sont toutefois maintenus sur le territoire et, le 27 novembre 2017, sous leur véritable identité, ils ont sollicité leur admission au séjour sur les fondements du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du même code alors en vigueur, dispositions désormais recodifiées aux articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce code. Par la présente instance, Mme B demande l'annulation de la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.
2. En premier lieu, il était loisible au préfet d'Ille-et-Vilaine, pour instruire la demande de titre de séjour présentée par Mme B, laquelle se prévalait d'une proposition d'emploi comme préparatrice chez un traiteur de la commune de La-Guerche-de-Bretagne, et alors qu'il était également saisi par cette entreprise d'une demande d'autorisation de travail, de recueillir l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Or, il ressort des pièces du dossier que cet avis, transmis au préfet le 21 août 2020, a été défavorable dans la mesure où cette entreprise n'avait pas fourni à la DIRECCTE les pièces complémentaires prévues par l'arrêté du 28/10/2016, réclamées par courriers des 23 octobre 2019, 13 février 2020 et 12 mars 2020 ", ce qui n'est pas contesté par la requérante. Le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait ainsi légalement tenir compte de cet avis défavorable pour apprécier la possibilité d'une régularisation par le travail de la situation administrative de Mme B et prendre, par conséquent, la décision litigieuse. Si la requérante se prévaut de l'irrégularité de cet avis, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. / Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article. ". D'autre part, l'article L. 313-11 du même code dispose que " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République (). ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France de Mme B depuis mai 2011 s'explique, d'une part, par l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. D'autre part, Mme B et son mari se sont irrégulièrement maintenus en France en dépit du rejet, par jugement du 23 février 2016, des obligations de quitter le territoire dont ils ont fait l'objet, d'ailleurs sous des identités frauduleuses. Alors même que le couple, arrivé en France avec une première fille alors âgée de 18 mois, a donné naissance à une seconde fille en juin 2011 en France et que les deux sœurs, âgées de 11 ans et 9 ans à la date de la décision attaquée, y sont scolarisées depuis plusieurs années, il n'est pas établi, en l'état du dossier que cette famille aurait noué des liens personnels et familiaux en France tels que les décisions attaquées porteraient au droit de ses membres à leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs au vu desquels elles ont été prises. Malgré sa participation à des actions de bénévolat et le suivi de cours de langue française, Mme B ne démontre pas une insertion remarquable ni même réellement significative aux plans social, amical, ou professionnel Il n'est pas établi l'existence d'obstacle à ce que la famille se reconstitue en Mongolie, à ce que les enfants y suivent une scolarité, ni établi que M. et Mme D ne possèderaient plus d'attaches dans ce pays. Dès lors, les moyens tirés de la violation des dispositions et stipulations citées au point 3 doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Au cas particulier, la décision litigieuse n'a pas pour effet de séparer les membres de la famille. Si sont produits des certificats de scolarité pour les enfants de A B, la qualité particulière de leur scolarité en France n'est pas établie par les pièces du dossier et il n'est notamment pas fait état de difficultés d'apprentissage ou au contraire d'une dynamique positive remarquable qui rendrait excessivement préjudiciable au développement de ces enfants l'interruption de leur scolarité engagée en France. Eu égard à ce qui a déjà été dit ci-dessus au point 4 et malgré la durée de leur scolarisation en France, il ne ressort pas des pièces des dossiers que l'intérêt supérieur de ces enfants aurait dû conduire le préfet d'Ille-et-Vilaine à délivrer à leur mère un titre de séjour. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet, dont la décision vise les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant, n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ses enfants et a méconnu ces stipulations.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 15 janvier 2021, et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles fondées sur l'application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B, épouse D, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B, épouse D, et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président du tribunal,
M. Radureau, président,
M. Vergne, président.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
G.-V. C Le président,
Signé
E. KolbertLa greffière,
Signé
V. Le Boëdec
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Le Boëdec
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026