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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103173

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103173

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, M. C B, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2020 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et approfondi de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de type C le 26 janvier 2008 selon sa déclaration. Il a sollicité l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 février 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté vise les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. L'arrêté mentionne l'avis favorable de la commission du titre de séjour rendu le 22 janvier 2019, la circonstance qu'il est marié avec une ressortissante comorienne en situation régulière avec laquelle il a eu 7 enfants devenus majeurs, l'absence de perspective d'emploi, la précarité de sa situation et l'absence d'intégration au sein de la société française, notamment du point de vue du travail. Il comporte ainsi, de manière non-stéréotypée, les motifs de droit et de fait qui le justifient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

3. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a examiné la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen particulier et circonstancié de la demande de l'intéressé même si le préfet n'a pas fait référence à la situation médicale du requérant dont il n'est d'ailleurs pas établi que M. B aurait informé le préfet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est âgé de 70 ans et présent en France depuis douze ans, mais s'est maintenu en situation irrégulière sans chercher à régulariser sa situation avant 2017. S'il est marié avec une ressortissante comorienne en situation régulière et avec qui il a eu 7 enfants dont 4 ont la nationalité française, il n'est pas établi que ces enfants résident avec leurs parents. En outre, ces éléments, à supposer même que son dernier enfant qui est scolarisé en classe de première professionnelle gestion administration pour l'année 2019-2020 soit à sa charge, sont insuffisants pour que M. B puisse se prévaloir de liens intenses et stables créés durant son séjour en France en dehors du cercle familial. Il n'établit pas résider près de ses enfants qui sont majeurs. Par ailleurs, les conditions de sa présence en France sont précaires, l'intéressé n'établissant ni avoir recherché un emploi ni avoir travaillé, et dépendant, pour sa subsistance, du travail de son épouse et des aides sociales qu'elle perçoit. Par ailleurs, les éléments relatifs à l'état de santé de M. B, au demeurant anciens, ne sont pas de nature à justifier son intégration au sein de la société française. Dans ces conditions, l'intéressé n'établit pas que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 313-14 du même code alors applicable : " " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

7. M. B, qui n'a pas travaillé, en se prévalant seulement de sa situation familiale en France et en particulier de l'ancienneté de son séjour et de la scolarisation de son dernier enfant, ne fait état d'aucuns motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant de l'admettre au séjour tant au titre du travail qu'au titre de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est présent en France depuis 12 ans et est père de 7 enfants devenus majeurs. Il indique vivre au domicile de sa femme avec le plus jeune de ses fils mais n'apporte aucun élément sur sa situation. M. B qui a suivi un traitement jusqu'en 2019 suite à une hospitalisation pour une pathologie cardiovasculaire, n'établit pas que la dégradation de son état de santé, à la supposer établie, lui confèrerait un droit de s'établir durablement en France. Il n'établit pas, par ailleurs, ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 51 ans. Par suite, l'arrêté attaqué, qui ne prononce d'ailleurs pas son éloignement, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles il a été pris et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2020 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de

M. B à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. A

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103173

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