jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MATEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 juin 2021, le 28 juillet 2021, le 11 septembre 2021 et le 21 septembre 2021, Mme A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Quiberon a refusé de répondre à ses demandes formulées par courrier du 28 mai 2021 ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Quiberon a refusé de lui accorder un espace d'expression suffisant dans le journal municipal ;
3°) de condamner la commune de Quiberon à lui attribuer une réparation pour le préjudice résultant du traitement qui lui a été réservé par le maire à l'occasion de la parution du journal " Blé Marin " n°1 en juin 2021, en publiant dans le magazine municipal le jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- elle a rendu publique, lors de la séance du conseil municipal du 15 février 2021, son exclusion du groupe " Quiberon Passions ", sur la liste duquel elle a été élue conseillère municipale et représente depuis une nouvelle sensibilité politique au sein de ce conseil municipal ;
- la majorité municipale dispose d'un espace d'expression non négligeable dans le nouveau magazine diffusé par la ville de Quiberon, et préparé selon des modalités non explicitées, alors qu'il ne lui a été attribué qu'un espace limité ;
- l'espace de 800 caractères qui lui a été réservé est insuffisant pour présenter une appréciation et ne permet pas l'expression de sa sensibilité politique ;
- le maire n'a jamais répondu à son courrier du 28 mai 2021 l'interrogeant au sujet de l'espace d'expression qui lui est accordé, et notamment s'agissant du fondement juridique ;
- son droit d'expression doit être pleinement pris en compte, compte tenu notamment de son engagement au sein du conseil municipal, où elle s'efforce d'alimenter le débat par ses questions, et des nombreuses activités auxquelles elle participe ;
- la décision du 21 juillet 2021 par laquelle le maire de Quiberon expose les motifs pour lesquels un espace d'expression de 800 caractères lui a été attribué dans le magazine municipal ne constitue qu'une déclaration d'intention, non productrice d'effets ;
- cette décision du 21 juillet 2021 du " maire empêché " a été signée par un auteur non identifié ;
- il lui a été abusivement fait croire que le droit d'expression de 1 700 caractères avait été partagé avec le groupe " Quiberon Passions ", alors qu'à la suite de tractations confidentielles, la personne non élue de ce groupe a effectivement bénéficié d'un espace de 1 700 caractères pour sa tribune ;
- la situation perdure depuis, ce qui génère des tensions qui semblent avoir, au moins en partie, pour cause l'absence prolongée du maire et, par conséquent, l'impossibilité de le rencontrer, et des dérives en matière de management.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, la commune de Quiberon, représentée par Me Pierre-Yves Matel, avocat, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Elle fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires présentées par Mme C sont irrecevables, faute d'avoir fait l'objet d'une réclamation préalable indemnitaire ;
- les conclusions à fin de publication du présent jugement dans le magazine municipal sont irrecevables, faute d'être prévues par le code de justice administrative au titre des dispositions relatives à la publicité des jugements ;
- aucun des moyens présentés par Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,
- et les observations de Me Matel, représentant la commune de Quiberon.
Considérant ce qui suit :
1. Conseillère municipale de la commune de Quiberon, Mme C conteste la décision par laquelle le maire a refusé de lui accorder un espace d'expression supérieur à
800 caractères dans le magazine municipal " Blé Marin ". Elle demande également la réparation du préjudice qui en résulte.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que " () Le silence gardé pendant plus de deux mois sur un recours administratif par l'autorité compétente vaut décision de rejet. ".
3. Les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions.
4. Par courrier du 28 mai 2021, Mme C a saisi le maire d'un recours gracieux après avoir été informée par le directeur général des services de la commune que l'espace d'expression qui lui était accordé dans le magazine municipal était limité à
800 caractères. Si par sa requête introductive d'instance, l'intéressée demande, avant même l'expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, dont il n'est pas soutenu toutefois qu'elle aurait été informée, l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence conservé par le maire à réception de son courrier, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction du présent recours, le maire de Quiberon a, par courrier du 21 juillet 2021, explicitement exposé à Mme C les motifs l'ayant conduit à lui réserver un espace d'expression de
800 caractères dans le magazine municipal. Par suite, les conclusions présentées par
Mme C doivent être regardées comme dirigées contre cette décision du maire de Quiberon du 21 juillet 2021.
5. En revanche, la commune de Quiberon est fondée à soutenir que les conclusions présentées par Mme C tendant à ce qu'une réparation lui soit accordée pour le préjudice subi du fait du traitement qui lui est réservé par le maire de la commune, et ce quelle que soit la forme de cette réparation, sont irrecevables en ce qu'elles n'ont été précédées d'aucune demande préalable et n'ont donc fait l'objet d'aucune décision de l'administration, y compris en cours d'instance. Par suite, les conclusions présentées par Mme C à ce titre sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale. / Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal. ".
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales qu'il appartient au conseil municipal de déterminer les conditions de mise en œuvre du droit d'expression des conseillers municipaux d'opposition dans les bulletins d'information générale portant sur les réalisations et la gestion du conseil municipal. Les conseillers municipaux tenant de leur qualité de membres de l'assemblée municipale le droit de s'exprimer sur les affaires de la commune, tout élu doit être regardé comme n'appartenant pas à la majorité municipale, au sens des dispositions précitées, dès lors qu'il exprime publiquement sa volonté, par-delà des désaccords purement conjoncturels ou limités à un sujet particulier, de se situer de façon pérenne dans l'opposition. Enfin l'espace réservé aux conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale doit, sous le contrôle de juge, présenter un caractère suffisant et être équitablement réparti.
8. En l'espèce, le conseil municipal de la commune de Quiberon, dont il n'est pas contesté qu'elle compte plus de 1 000 habitants, s'est doté d'un règlement intérieur, adopté par délibération du 17 septembre 2020. En vertu de son article 31, chacune des listes représentées au conseil municipal peut transmettre sur support numérique au service communication de la commune, au plus tard 25 jours avant la publication du magazine municipal, un texte de 1 700 signes.
9. Il est constant que Mme C figurait en deuxième position sur la liste " Quiberon Passions ", qui a obtenu deux sièges au conseil municipal de la commune lors des élections municipales des mois de mars et juin 2020. Elue en qualité de conseillère municipale de Quiberon, elle soutient avoir exposé, lors de la séance du conseil municipal du 15 février 2021, qu'elle avait été " exclue " du groupe issu de la liste " Quiberon Passions " et qu'elle représentait donc désormais une sensibilité politique différenciée au sein du conseil. Le maire de la commune de Quiberon a pris acte de cette situation puisqu'il a proposé à l'intéressée de présenter une tribune en son nom à l'occasion de la publication du premier numéro du magazine municipal " Blé Marin ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C est la seule élue de l'opposition municipale à laquelle il a été demandé de limiter la tribune à publier dans le magazine municipal à 800 signes. Alors même que le règlement intérieur sur lequel est fondée la décision litigieuse se réfère aux listes représentées au conseil municipal, sans prévoir un droit d'expression autonome pour les élus non affiliés à une liste, Mme C fait valoir à bon droit qu'une telle différence de traitement avec les autres élus de l'opposition municipale, notamment avec son ex-colistier auquel un espace de 1 700 signes a été accordé, n'était pas justifiée. Par suite, elle est fondée à soutenir qu'en limitant à 800 signes le texte susceptible d'être publié en son nom dans le magazine municipal, le maire de Quiberon a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Quiberon a limité à 800 signes l'espace d'expression qui lui a été accordé dans le premier numéro du magazine municipal " Blé Marin ", en juin 2021.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 21 juillet 2021 du maire de la commune de Quiberon concernant l'espace d'expression accordé à Mme C dans le premier numéro du magazine municipal " Blé Marin " est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Quiberon.
Une copie du présent jugement sera adressée au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
signé
M. Thalabard
Le président,
signé
G.-V. VergneLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026