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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103314

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103314

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 25 juin 2021, 6 juillet 2021, 3 janvier 2022 et 2 mars 2022, M. A B, assisté de son curateur, l'association tutélaire d'Ille-et-Vilaine, et représenté par Me Cohadon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2021 par lequel la maire de Rennes a prononcé à son encontre la sanction de révocation, avec toutes conséquences de droit ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le conseil de discipline a rendu son avis sans avoir connaissance de la curatelle renforcée dont il bénéficie ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de qualification juridique ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2021 et 18 février 2022, la ville de Rennes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Cohadon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté par la commune de Rennes en contrat en accompagnement dans l'emploi à compter du 28 juin 2007, puis en tant que fonctionnaire à compter du 1er août 2008, sur le grade d'adjoint technique de 2ème classe. Il est affecté au service propreté et fêtes de la direction de la voirie de la ville en tant qu'agent de propreté manuelle. Il a été placé sous le régime de la curatelle renforcée, en dernier lieu, par une décision du juge des tutelles près le tribunal d'instance de Rennes du 26 novembre 2015. La maison départementale des personnes handicapées d'Ille-et-Vilaine lui a par ailleurs reconnu, le 19 mai 2016, la qualité de travailleur handicapé et, le 13 juin 2019, un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %. Par un courrier du 9 décembre 2020, la maire de Rennes a informé M. B de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre en raison de plusieurs manquements à ses obligations professionnelles. Le conseil de discipline a, par un avis du 8 janvier 2021, proposé une sanction de révocation. Par un arrêté du 3 mai 2021 dont M. B demande l'annulation, la maire de Rennes a prononcé à son encontre une sanction de révocation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, si M. B soutient que le conseil de discipline aurait dû avoir connaissance de son placement sous le régime de la curatelle renforcée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de placement en curatelle renforcée du 26 novembre 2015 aurait été notifiée à la commune de Rennes préalablement à la date à laquelle le conseil de discipline a rendu son avis, ni qu'à cette date, la commune aurait eu connaissance de cette situation de curatelle renforcée. De plus, le courrier de convocation au conseil de discipline du 10 décembre 2020, qui n'avait pas à être notifié au curateur de M. B, informait le requérant de son droit à l'assistance des conseils ou défenseurs de son choix. Le conseil qui l'a assisté lors de ce conseil de discipline et qui a détaillé le parcours de vie de l'intéressé, tout comme d'ailleurs M. B qui était également présent, ont eu la possibilité d'informer à cette occasion le conseil de cette situation de curatelle renforcée. Par ailleurs, il ressort de l'avis rendu par le conseil de discipline du 8 janvier 2021 que ce dernier avait pris connaissance du dossier de M. B et notamment de sa situation de travailleur handicapé. Enfin, les services de la commune de Rennes ont été informés que M. B bénéficiait du régime de curatelle renforcée le 31 mars 2021, soit préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué prononçant sa révocation, cette prise de connaissance n'impliquant pas nécessairement la tenue d'un nouveau conseil de discipline. Le requérant ne démontre en tout état de cause pas que le défaut d'information du conseil de discipline qu'il invoque l'aurait privé d'une garantie ou aurait influencer le sens de l'avis du conseil et de l'arrêté en litige. Ce moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit dès lors être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fonde sur les circonstances que M. B a à plusieurs reprises, depuis mai 2019, quitté son service sans motif régulier suite à un refus d'effectuer des tâches, a consommé des boissons alcoolisées à la terrasse d'un café durant la pause de trente minutes de l'après-midi, a, le 18 septembre 2020, bousculé un collègue qui s'entretenait avec leur responsable alors qu'il souhaitait lui-même discuter avec cet encadrant et a refusé d'exécuter des tâches. Il relève en outre notamment que M. B n'a pas amélioré son comportement malgré quatre sanctions appliquées dont la dernière, une exclusion temporaire de fonction de trois mois pour des faits similaires, date de 2018. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, qui comporte les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement est suffisamment motivé. Il s'ensuit que le moyen tiré de son caractère insuffisamment motivé doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Quatrième groupe : () la révocation. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. M. B ne conteste pas, ainsi qu'il ressort notamment des témoignages versés au dossier, avoir, le 15 mai 2019, quitté sans autorisation son lieu de travail peu de temps après son arrivée, après avoir exprimé son mécontentement pour ne pas avoir reçu son bulletin de salaire, ni avoir, le 23 septembre 2020 en fin de matinée, téléphoné à l'adjoint au chef d'équipe pour l'informer qu'il posait une journée de congé le jour même en raison de la pluie et, à la suite du refus qui lui a opposé, avoir indiqué qu'il irait voir son médecin, ni encore, le 29 septembre 2020, avoir refusé d'obéir à une consigne de son supérieur tendant à ce qu'il se rende dans un secteur pour effectuer des tâches de balayage et de nettoyage manuels à la suite d'une panne de matériel, au motif qu'il ne souhaitait pas utiliser pendant sept heures d'affilée le chariot de nettoyage, et avoir quitté son poste sans autorisation. Si, ainsi que le fait valoir le requérant, il a bénéficié d'un arrêt de travail du 23 au 25 septembre 2020, de sorte qu'il ne peut lui être reproché son absence du 25 septembre 2020, il ne conteste pas avoir refusé d'effectuer les tâches demandées et quitté son travail sans autorisation les 15 mai 2019 et 29 septembre 2020. Il ressort en outre du témoignage de la responsable du service propreté et fêtes datant du 18 septembre 2020, que l'intéressé, en arrivant à son poste peu avant midi, énervé, serait passé entre deux agents en poussant de la main l'un deux pour discuter avec son responsable d'un problème relatif à une carte " chèque déjeuner " alors qu'il était déjà en discussion et que, mécontent de la réponse qui lui avait alors été donnée et de ce que son problème ne pouvait pas être réglé immédiatement, il serait parti en disant " puisque c'est comme cela, tu me mets en congés jusqu'à samedi ". Concernant cet évènement, M. B se borne à contester avoir bousculé son collègue. Dans un courriel daté du 1er octobre 2020 à la suite de l'évènement du 29 septembre précédent, la responsable du service propreté et fêtes évoque à cet égard le caractère récurrent des départs de M. B de son poste et de ses prises de congés non annoncés lorsque les missions qui lui sont confiées ne lui plaisent pas, la récurrence de son comportement étant corroborée par le compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2020 et les autres témoignages et attestations de ses collègues et responsables hiérarchiques versés au dossier. Par ailleurs, il ressort de ces témoignages qu'à plusieurs reprises, M. B a été vu consommant une boisson alcoolisée dans un bar à Rennes pendant sa pause au cours de sa journée de travail, dont le 11 mars 2020 par le responsable du secteur centre-ville de l'unité propreté manuelle au sein du service propreté et fêtes. Contrairement à ce que fait valoir M. B qui ne conteste pas sérieusement la matérialité de ces faits, le règlement relatif à l'introduction et à la consommation de boissons alcoolisées sur le temps ou le lieu de travail applicable à la ville de Rennes, dont le requérant avait connaissance, pose en son article 2 le principe général d'interdiction de consommation d'alcool sur le temps ou sur les lieux de travail, sous réserve de certaines exceptions au nombre desquelles ne figure pas le cas d'une consommation pendant la pause d'un agent. La matérialité des faits est ainsi établie.

7. M. B soutient toutefois que ces faits ne peuvent en l'espèce lui être reprochés sur le plan disciplinaire dès lors qu'ils sont la manifestation de ses difficultés d'ordre psychologique, la pathologie de l'intéressé ayant conduit à la reconnaissance par la maison départementale des personnes handicapées d'Ille-et-Vilaine, le 13 juin 2019, d'un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %. Il produit à l'appui de son affirmation deux certificats médicaux établis les 17 juin et 29 novembre 2021 par son médecin généraliste indiquant qu'il est en particulier suivi " pour des troubles de l'humeur () nécessitant un traitement au long cours par neuroleptiques et ayant par le passé nécessité plusieurs hospitalisations en milieu psychiatrique ", que son état de santé peut entrainer " certaines difficultés " et qu'il " doit bénéficier d'un accompagnement au niveau du travail et d'une protection particulière ". Ces seuls certificats médicaux, qui certes établissent la pathologie psychiatrique de l'intéressé, ne permettent pas pour autant de démontrer que son état de santé mentale serait la cause des divers manquements qui lui sont reprochés et que, pour la période durant laquelle les faits reprochés ont été commis, cette dernière faisait obstacle à ce qu'une sanction soit prononcée en raison des manquements en cause. Si M. B fait en outre valoir que la commune de Rennes aurait dû vérifier son aptitude psychique avant d'engager la procédure disciplinaire en cause, il n'est pas imposé à l'administration de procéder d'office à un examen mental de l'agent préalablement à l'ouverture de la procédure disciplinaire et il ressort eu demeurant des fiches de visite produites en défense que l'intéressé a bénéficié d'un accompagnement régulier par le médecin du travail. Il n'est enfin pas même allégué qu'au cours de la période durant laquelle les faits qui lui sont reprochés ont été commis, le requérant aurait alerté le médecin du travail ou son employeur sur des difficultés particulières qu'il aurait rencontrées en raison de son état de santé susceptibles de justifier son comportement et nécessitant le cas échéant un accompagnement supplémentaire ou des aménagements de son poste de travail. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. B ferait obstacle à ce que les faits qui lui sont reprochés puissent être qualifiés de fautes disciplinaires. Ces faits sont ainsi de nature à caractériser une faute disciplinaire, alors même qu'ils ont été commis plusieurs mois avant l'engagement de la procédure disciplinaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit être écarté.

8. Il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'arrêté en litige, M. B avait déjà fait l'objet de quatre sanctions entre 2014 et 2018, à savoir un blâme infligé en 2014 pour refus d'utiliser du matériel technique et absences imprévues non justifiées, une mesure d'exclusion temporaire de fonction de trois jours infligée en 2015 pour irrespect envers ses collègues et la hiérarchie, langage vulgaire et absences imprévues, une mesure d'exclusion temporaire de fonction d'un mois infligée en 2016 pour missions non effectuées, refus d'obéissance, attitude irrespectueuse envers les commerçants, insultes envers ses collègues et son encadrement et désinvolture, ainsi qu'une mesure d'exclusion temporaire de fonction de trois mois infligée en 2018 pour irrespect envers la hiérarchie, non-respect des consignes, mission non effectuée et attitude blessante envers ses collègues.

9. Au regard de la gravité des faits dont s'est rendu responsable M. B en 2019 et 2020, de leur réitération ainsi que de leurs conséquences sur le service, compte tenu des quatre sanctions qui lui ont déjà été infligée de manière graduelle entre 2014 et 2018 pour des faits en partie similaire sans amélioration de son comportement et en dépit des problèmes de santé dont souffre M. B, la sanction de la révocation prise à son encontre n'apparaît pas disproportionnée. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Rennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'association tutélaire d'Ille-et-Vilaine et à la commune de Rennes.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Thielen, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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