lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES-DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2021, M. F B, représenté par Me Rodrigues-Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, l'ensemble dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence à défaut pour sa signataire d'avoir disposé d'une délégation de signature ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit à défaut pour le préfet d'avoir examiné l'ensemble de ses demandes ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 17 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais, a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet du Morbihan du 31 janvier 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Morbihan, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de carte de résident, de carte de séjour temporaire et de carte pluriannuelle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Morbihan a rejeté la demande de titre de séjour de M. B au visa des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs que l'intéressé est présent en France depuis deux ans et huit mois, qu'il est arrivé en France pour rejoindre Mme A, sa compagne depuis avril 2016, bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 7 janvier 2019, que le couple a trois enfants nés en 2005, 2017 et 2019, que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans, qu'il ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux en France qui soient anciens, intenses et stables ni d'une particulière intégration sur le territoire national, qu'il n'y a pas de ressources ni de conditions d'existence, qu'eu égard à son ancienneté de séjour, il ne peut être regardé comme justifiant, par les éléments qu'il fait valoir, de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'un défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du même code, respectivement recodifiés à compter du 1er mai 2021 aux articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce même code. Si le préfet du Morbihan a indiqué, dans les motifs de son arrêté, que M. B avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article " L. 423-3 " de ce code, il a cependant préalablement visé, à bon droit, l'article L. 423-23 et doit par conséquent être regardé comme ayant commis, dans ses motifs, une simple erreur de plume sans incidence sur la légalité de son arrêté. Les motifs de sa décision révèlent par ailleurs qu'il a examiné la situation de M. B, tant au regard des critères énoncés par l'article L. 423-23 dans le troisième paragraphe de ses motifs, que ceux énoncés à l'article L. 435-1 dans le paragraphe suivant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise à défaut d'examen de l'ensemble des demandes doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la compagne de M. B, une compatriote albanaise, a rejoint le territoire français en mai 2017 et y a déposé le 13 juillet 2017 une demande d'asile et que, par une décision du 7 janvier 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire en raison des violences conjugales que celle-ci subissait dans le cadre d'une précédente union et de l'absence de réponse suffisamment efficace des autorités albanaises à son besoin de protection.
7. Pour sa part, M. B a déclaré être entré en France au mois de septembre 2018, déclarations confirmées par les premières pièces de son dossier médical établies en France à compter d'octobre 2018. Il n'était donc présent en France et n'a rejoint sa compagne que depuis seulement deux ans et huit mois à la date de l'arrêté contesté. S'il est le père de deux enfants issus de son concubinage, il admet n'avoir entrepris aucune démarche administrative en vue de conférer un statut officiel à leur couple et ne justifie pas ainsi de liens conjugaux suffisamment anciens, intenses et stables sur le territoire français. Si sa concubine est bénéficiaire de la protection subsidiaire et n'est pas destinée, à court terme, à rejoindre son pays d'origine, tel n'est pas le cas de M. B, qui n'a formé aucune demande d'asile et ne soutient pas qu'il encourrait, en Albanie, des persécutions ou tout autre forme de violence justifiant qu'il obtienne également, à titre personnel, le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que M. B, malgré les promesses d'embauche qu'il produit, aurait fait l'objet, depuis son arrivée, d'une particulière intégration sur le territoire français. En conséquence, à la date de l'arrêté attaqué, eu égard à sa faible durée de présence en France et aux côtés de sa compagne, et en dépit de la protection dont elle bénéficie à titre personnel, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant qu'il ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui permettre d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que, d'une part, M. B n'est entré sur le territoire français qu'à l'âge de quarante-trois ans, qu'il ne justifie pas avoir noué en France d'autres liens que ceux entretenus avec sa compagne et que la décision contestée n'a, en tout état de cause, ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français et de le séparer de sa compagne et de ses enfants, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la simple décision de refus de titre de séjour qui lui est opposée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
9. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de M. B de leur père. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas pour effet de priver l'intéressé de contribuer à l'éducation de ses enfants. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il ne peut contribuer à leur entretien à défaut d'être autorisé à travailler, la décision de refus de titre de séjour qui lui est opposée n'apporte cependant, sur ce point, aucun changement à sa situation juridique antérieure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner M. B à destination d'un pays déterminé. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut utilement faire valoir contre cet arrêté qu'il encourrait des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Albanie, son pays d'origine.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
W. ELe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026