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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103444

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103444

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PEQUIGNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 juillet 2021, 31 janvier 2023 et 29 mars 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme B C, représentée par Me Mlekuz demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 du président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Laniscat prononçant à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 21 jours ;

2°) d'enjoindre au CCAS de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Laniscat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juin 2022 et 17 février 2023, le CCAS de Laniscat, représenté par Me Pequignot conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Mlekuz, représentant Mme C, présente et de Me Houdyer, représentant le CCAS de Laniscat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, auxiliaire de soins titulaire est employée par le CCAS de Laniscat et exerce les fonctions d'aide-soignante au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD) de Bon repos sur Blavet. Par la décision attaquée du 5 mai 2021, le président du CCAS a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 21 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires à la fonction publique territoriale et le décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Elle indique qu'il est reproché à Mme C d'avoir manqué à son obligation de probité et d'avoir enfreint le règlement intérieur en empruntant de l'argent à une résidente de l'EHPAD et en ne rendant pas l'intégralité de la somme en cause, ces faits s'étant déroulés du mois de décembre 2020 au mois de janvier 2021. Elle est ainsi suffisamment motivée, alors même qu'elle n'identifierait pas davantage la nature des pièces dérobées ni ne viserait le règlement intérieur de l'établissement, le rapport et l'avis du conseil de discipline. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il est reproché à Mme C, d'une part d'avoir emprunté des pièces de monnaie à une résidente, d'autre part de lui avoir restitué des pièces de moindre valeur. Il ressort des pièces du dossier, que le 8 janvier 2021 trois aides-soignantes et l'infirmière coordinatrice ont informé la direction de l'établissement que cette résidente âgée de 96 ans avait questionné des membres du personnel sur le comportement qualifié d'étrange de Mme C et avait fini par leur déclarer que celle-ci lui avait pris quatre pièces de un euro dans son logement en sa présence et qu'elle mettait du temps à lui rembourser, s'inquiétant par ailleurs de la situation personnelle de Mme C, laquelle lui avait fait part de ses difficultés à payer ses factures et de son mode de vie difficile. Le directeur de l'établissement s'est alors entretenu avec la résidente qui lui a déclaré que lors d'un soin, Mme C avait discuté d'argent en indiquant qu'elle n'arrivait pas à payer sa maison, qu'elle dormait dans sa voiture et qu'elle avait des difficultés financières. Dans un témoignage écrit, cette résidente a indiqué avoir été sollicitée par Mme C pour lui donner " des pièces de collection rares " qui selon ce que lui avait dit Mme C avaient une certaine valeur et qu'elle lui avait rendu en janvier 2021 deux pièces de deux euros qui n'avaient pas de " valeur supérieure à leur valeur faciale ". Dans un courrier du 14 janvier 2021, la fille de la résidente a retranscrit les termes d'un échange du 13 janvier 2021 avec sa mère à ce sujet, en mentionnant que celle-ci lui avait déclaré que la conversation avec Mme C avait porté sur la collection de pièces, sa mère ayant proposé à l'intéressée de regarder dans son porte-monnaie pour voir si quelque chose l'intéressait, Mme C lui empruntant alors avec son accord quatre pièces de un euro, qu'elle lui avait restituées environ un mois après cet emprunt et à sa demande. Dans un témoignage écrit, une collègue de Mme C a indiqué que fin décembre 2020 la résidente s'était confiée à elle pour lui dire que Mme C lui avait pris quatre euros et qu'elle avait eu " beaucoup de mal à les rendre ". Une autre collègue de la requérante a établi une attestation dans laquelle elle indique s'être trouvée " mal à l'aise " le 4 janvier 2021 en surprenant une conversation de Mme C avec la même résidente à laquelle elle déclarait qu'elle avait " des problèmes de voitures " et qu'elle n'avait pas d'argent pour la réparer ou en acheter une, ce témoin ajoutant que le soir même la résidente lui avait déclaré s'inquiéter pour Mme C compte tenu de sa situation personnelle.

4. S'agissant de la matérialité de l'emprunt contestée par Mme C, qui fait valoir que cette matérialité ne repose que sur les déclarations d'une résidente, aucun élément ne permet cependant de remettre en cause les déclarations de la victime, décrite par le directeur de l'établissement comme cohérente et lucide et dont les facultés cognitives n'étaient aucunement altérées ainsi qu'il résulte des résultats d'un test produit par le CCAS. Ces déclarations ont été réitérées à plusieurs reprises dans des termes similaires auprès de diverses personnes parmi lesquelles des membres du personnel de l'établissement, Mme C étant toujours désignée comme étant l'auteur des faits. Ces déclarations sont par ailleurs confortées par le récit d'une des collègues de Mme C qui a entendu celle-ci faire part à la victime de ses difficultés financières. Enfin, le CCAS a produit une attestation d'une autre des collègues de Mme C indiquant que celle-ci lui avait signalé ses problèmes financiers et lui avait emprunté de l'argent. La réalité d'un emprunt par Mme C d'argent à une résidente en faisant état de sa situation personnelle doit être regardée comme établie compte tenu des éléments précités, et alors par ailleurs que l'intéressée a déjà été mise en cause pour des faits similaires en 2017.

5. En revanche, la valeur des pièces empruntées n'a pu être déterminée en l'absence de précision suffisante sur ce point et il n'est donc pas établi que Mme C aurait restitué à la résidente des pièces de valeur inférieure.

6. L'emprunt d'argent auprès d'une résidente, qui est prohibé par le règlement intérieur de l'établissement dont Mme C ne conteste pas avoir eu connaissance et qui méconnaît l'obligation de probité à laquelle sont astreints les agents publics, est constitutif d'une faute disciplinaire.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 précitée, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Troisième groupe : () / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () ". Compte tenu de la nature des faits dont la matérialité est établie qui ont été commis détriment d'une personne vulnérable et de leur réitération, il résulte de l'instruction que le président du CCAS aurait pris la même décision en ne retenant que le seul fait décrit au point 4, cette décision n'étant, par suite, pas entachée d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du CCAS de Laniscat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le CCAS de Laniscat au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CCAS de Laniscat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre communal d'action sociale de Laniscat.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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