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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103472

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103472

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMORVAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Corre, représentée par Me Morvan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le président du conseil régional de Bretagne et le préfet de la région de Bretagne ont décidé sa déchéance totale de droits à l'aide au soutien aux investissements agricoles d'amélioration de la performance globale et de durabilité de l'exploitation agricole PCAEA, ainsi que la décision implicite par laquelle ces autorités ont rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la région Bretagne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit, en ce que l'administration ne pouvait fonder sa décision sur le motif tiré de ce que la société civile laitière Corre s'est transformée en SCEA, cette transformation n'ayant pas entraîné la création d'une nouvelle personne morale ;

- cette décision est entachée d'une seconde erreur de droit, en ce que l'arrêté du 4 juillet 2018 ayant accordé la subvention ne pouvait plus être retiré au-delà d'un délai de quatre mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le président du conseil régional de Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SCEA Corre ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 28 décembre 2017 du président du conseil régional de Bretagne relatif à la mesure 04-Investissements physiques du programme de développement rural de Bretagne 2014-2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 février 2018, la société civile Corre a déposé une demande d'aide au titre du programme de développement rural (PDR) de Bretagne, pour l'opération intitulée " soutien aux investissements d'amélioration de la performance globale et de la durabilité de l'exploitation agricole - plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAEA) " relevant de la mesure 4 du PDR. Par un arrêté du 4 juillet 2018 du préfet de la région Bretagne et du président du conseil régional de Bretagne, une subvention de 13 848,08 euros lui a été attribuée pour la réalisation de travaux de modernisation de l'étable laitière. La société civile Corre s'est par la suite transformée en société civile d'exploitation agricole (SCEA) Par un arrêté du 9 février 2021, le préfet du Finistère a prononcé la déchéance de cette aide. La SCEA Corre a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été implicitement rejeté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits () que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 242-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : () / 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. ".

3. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 28 décembre 2017 du président du conseil régional de Bretagne relatif à la mesure 4 du PDR Bretagne 2014-2020 : " les porteurs de projets éligibles sont () / un agriculteur personne morale à objet agricole : groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC), exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL), société à responsabilité limitée (SARL), société civile d'exploitation agricole (SCEA), société civile laitière (SCL) ; / concernant les agriculteurs personnes morales dont l'objet est agricole, le capital social doit être détenu à plus de 50% par un ou des associé (s) exploitant (s) et majeur(s) (agriculteur(s) personne(s) physique(s)). ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du dépôt de la demande d'aide, le capital de la société civile laitière Corre était détenu à 66,37 % par le GAEC Corre et à 33,63% par l'EARL Corre. Par suite, la société civile laitière Corre n'était, depuis l'origine, pas éligible à une subvention au titre de la mesure 4 du PDR. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet de la région Bretagne et le président du conseil régional de Bretagne étaient fondés à procéder au retrait, sans condition de délai, de la décision lui ayant accordé cette aide. Par suite, la SCEA Corre n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux serait intervenu en méconnaissance du délai de retrait d'une décision créatrice de droits fixé par le code des relations entre le public et l'administration.

5. Par ailleurs, l'arrêté du 28 décembre 2017 ayant prévu que seuls seraient examinés les dossiers répondant aux conditions d'éligibilité et complets à une date fixée à un mois après la fin de l'appel à projets, fixée au 16 février 2018, la circonstance que la société civile laitière s'est transformée en SCEA Corre en 2019, sans création d'une nouvelle personne morale, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux qui n'est pas motivé par ce changement de statut. Au surplus, et en tout état de cause, le capital social de la SCEA Corre étant également détenu par deux personnes morales, la SCEA n'aurait pas davantage été éligible à une subvention au titre du programme 4 du PDR.

6. Il résulte de ce qui précède que la SCEA Corre n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le président du conseil régional de Bretagne et le préfet de la région de Bretagne ont décidé sa déchéance totale de droit à l'aide au soutien aux investissements agricoles d'amélioration de la performance globale et de durabilité de l'exploitation agricole PCAEA, ni de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Bretagne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par La SCEA Corre sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Corre est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Corre et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie du présent jugement sera communiquée au préfet de la région Bretagne et au président du conseil régional de Bretagne.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

signé

V. A

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210347

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