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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103482

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103482

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, M. G A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine en date du 18 mai 2021 refusant le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- le décret de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 novembre 2019 classant l'Albanie parmi les pays sûrs est illégal et cette illégalité, invoquée par voie d'exception justifie l'annulation de la décision litigieuse ;

- celle-ci a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés

Par une décision du 23 septembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Le Strat, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 1999, est entré en France le 8 février 2020. Sa demande d'asile, instruite suivant la procédure prioritaire, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 mars 2021. L'aide juridictionnelle qu'il a demandée le 23 avril 2021 pour contester cette décision lui a été accordée le 21 mai 2021 et son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été enregistré le 2 juillet 2021. M. A demande l'annulation de la décision du 18 mai 2021 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile.

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 35-2021-071 du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation permanente de signature à Mme F B, cheffe du bureau de l'asile, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci à son adjointe, Mme C E, notamment pour les décisions de délivrance, refus de délivrance, renouvellement et refus de renouvellement des attestations de demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'était ni absente ni empêchée lorsque l'arrêté litigieux a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E pour signer l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 de ce code dispose que: " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Selon l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée lorsque : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr en application de l'article L. 531-25 ; (). ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / ()".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 18 mai 2021 a été prise à la suite du rejet, le 25 mars 2021, notifié le 13 avril 2021, de la demande d'asile de M. A par l'OFPRA. L'office a statué en procédure accélérée sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 531-24 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Albanie figurant sur la liste des pays sûrs arrêtée par une décision du conseil d'administration de l'OFPRA du 5 novembre 2019. Si M. A a demandé l'aide juridictionnelle le 23 avril 2021 pour contester devant la CNDA la décision de l'OFPRA lui refusant l'asile, cette démarche ne lui conférait pas le droit de se maintenir sur le territoire, par application des dispositions précitées des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code applicable, dès lors qu'il avait été statué sur sa demande d'asile suivant la procédure accélérée applicable quand le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr.

5. D'une part, si M. A entend exciper de l'illégalité de la délibération du 5 novembre 2019 du conseil d'administration de l'OFPRA en tant qu'elle maintient l'Albanie parmi les pays d'origine sûrs en application de l'article L. 531-25, il n'apporte pas d'éléments de démonstration suffisants de nature à établir que les personnes appartenant comme lui au groupe social des homosexuels ou à d'autres minorités ne seraient pas protégées ou suffisamment protégées par les autorités de cet Etat ainsi qu'il le soutient, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux par une décision nos 437141, 437142 et 437365 du 2 juillet 2021, ayant au demeurant rejeté la demande d'annulation de cette délibération en écartant une argumentation analogue à celle du requérant. L'exception d'illégalité de la délibération du 5 novembre 2019 ne pouvant être accueillie, le moyen tiré de ce que l'OFPRA ne pouvait légalement, sans méconnaître l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, statuer en procédure accélérée sur sa demande, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. D'autre part, si M. A, soutient que l'appartenance d'un ressortissant albanais au groupe social des personnes homosexuelles justifiait que lui soit accordée une protection internationale et invoque également les dispositions de l'article L. 511-3 nouveau, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que " S'agissant des motifs de persécution, les aspects liés au sexe, à l'identité de genre et à l'orientation sexuelle sont pris en considération aux fins de la reconnaissance de l'appartenance à un certain groupe social ou de l'identification d'une caractéristique d'un tel groupe ", il se borne à faire état sans précision d'agressions verbales et physiques qu'il aurait subies à l'université en Albanie sans apporter aucun élément précis de nature à établir la réalité de ces faits. En tout état de cause, alors que la décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de l'obliger à quitter le territoire français et qu'il est toujours loisible à tout étranger ressortissant d'un pays d'origine sûr auquel l'OFPRA a refusé le bénéfice de l'asile ou de la protection subsidiaire et faisant l'objet d'une mesure d'éloignement d'en demander, s'il s'y croit fondé, le cas échéant la suspension d'exécution jusqu'à ce que la CNDA si elle est saisie se prononce, le moyen tiré par M. A de ce que son droit au maintien sur le territoire français ne pouvait lui être dénié avant que la CNDA ne statue sur son recours contre la décision de l'OFPRA et sur sa demande d'asile ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Radureau, président,

M. Vergne, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G.-V. D Le président,

Signé

E. KolbertLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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