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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103650

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103650

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMATEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2021 et le 28 juillet 2021,

Mme A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Quiberon a refusé d'inscrire ses questions orales sur le document de présentation de l'ordre du jour de la séance du conseil municipal du 8 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Quiberon de publier dans le prochain magazine municipal le jugement à intervenir au titre de la présente instance, en réparation du préjudice résultant du refus d'inscrire ses questions orales à l'ordre du jour des séances du conseil municipal.

Elle soutient que :

- le règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Quiberon précise, en son article 5, les conditions dans lesquelles les conseillers municipaux peuvent exposer en séance du conseil des questions ayant trait aux affaires de la commune ;

- elle s'efforce, conformément à ce règlement intérieur, de transmettre ses questions orales dans des délais satisfaisants avant la séance du conseil municipal afin de permettre aux membres du conseil municipal d'en prendre connaissance ;

- les questions orales qu'elle a adressées aux services municipaux avant la séance du conseil municipal du 8 juillet 2021 n'étaient pas mentionnées sur la convocation et l'ordre du jour affiché sur les panneaux municipaux ;

- le directeur général des services, intervenant à la demande du maire, a exposé lors de la séance du conseil municipal du 8 juillet 2021 qu'afin de réserver un même traitement à tous les conseillers municipaux, les questions orales ne figureraient désormais plus sur l'ordre du jour des séances du conseil municipal, certains élus ne transmettant que tardivement leurs questions ;

- l'article 2 du règlement intérieur du conseil municipal prévoit que seules sont à l'ordre du jour du conseil municipal les questions qui sont mentionnées dans la convocation du maire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2023 et le 22 mars 2023, la commune de Quiberon, représentée par Me Pierre-Yves Matel, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il ne résulte d'aucune disposition légale ou règlementaire que les questions orales déposées par les conseillers municipaux avant la séance du conseil municipal devraient être reprises mot à mot dans l'ordre du jour du conseil municipal, seule la mention " Questions orales " devant figurer sur les convocations ;

- le droit d'information et d'expression de Mme C a été, en toute hypothèse, parfaitement respecté ;

- ni les dispositions du code général des collectivités territoriales, ni celles du règlement intérieur du conseil municipal de Quiberon ne permettent d'imposer le formalisme auquel la requérante prétend, puisque la liberté est donnée de pouvoir poser toutes les questions, y compris lors du conseil municipal ;

- l'exigence de Mme C tendant à la formulation in extenso des questions orales des élus se heurte aux exigences de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales prévoyant la convocation des élus cinq jours francs avant la séance du conseil municipal alors que le règlement intérieur du conseil municipal a prévu de permettre aux conseillers municipaux d'adresser des questions orales jusqu'à 48 heures avant la réunion du conseil municipal ;

- les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C sont fondées sur une mauvaise interprétation des textes ;

- Mme C n'a, en tout état de cause, pas été privée de son droit de poser des questions lors des séances du conseil municipal ;

- la demande de Mme C tendant à la publication du jugement à intervenir dans la présente affaire dans le bulletin d'information municipale est irrecevable, faute d'être prévue par le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- et les observations de Me Matel, représentant la commune de Quiberon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Gonnot-Gélan, conseillère municipale de la commune de Quiberon, entend contester la décision par laquelle, à compter de la séance du conseil municipal du 8 juillet 2021, le maire de Quiberon a décidé que le détail des questions orales des conseillers municipaux ne serait plus reporté sur l'ordre du jour publié du conseil municipal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Selon l'article L. 2121-19 de ce

code : " Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 1 000 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal. () ". Enfin, l'article L. 2121-12 du même code prévoit que le délai de convocation du conseil municipal est, sauf urgence, fixé à cinq jours francs.

3. Il résulte de ces dispositions que les conseillers municipaux tiennent de leur qualité de membres de l'assemblée municipale, appelés à délibérer sur les affaires de la commune, le droit d'être informés et de s'exprimer sur tout ce qui touche à ces affaires dans des conditions leur permettant de remplir pleinement leur mandat. Ce droit comporte, sous réserve de la police de l'assemblée exercée par le maire, celui pour chaque conseiller de pouvoir s'exprimer sur les affaires inscrites avec débat à l'ordre du jour du conseil municipal. Toutefois, l'exercice de ce droit est réglementé par le règlement intérieur de l'assemblée délibérante. Les restrictions apportées par celui-ci à la liberté d'expression des élus doivent être justifiées par les contraintes d'organisation des séances du conseil municipal.

4. En l'espèce, l'article 3 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Quiberon, adopté par délibération du 17 septembre 2020, prévoit notamment que le maire fixe l'ordre du jour, qui est reproduit sur la convocation et porté à la connaissance du public. Selon l'article 5 de ce même règlement, " Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. / Les questions orales portent sur des sujets d'intérêt général. Elles ne donnent pas lieu à des débats, sauf demande de la majorité des conseillers municipaux présents. / Le texte des questions est adressé au maire

48 heures au moins avant une séance du conseil municipal et fait l'objet d'un accusé de réception par courriel. / Les questions sont transmises aux membres du conseil municipal préalablement à la séance. () ".

5. Ainsi que le soutient la commune de Quiberon, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que les questions orales déposées par les conseillers municipaux préalablement à une séance du conseil municipal fassent l'objet d'une mention détaillée dans l'ordre du jour communiqué aux élus, avec la convocation à cette séance. Cette obligation ne résulte pas davantage du règlement intérieur que le conseil municipal de la commune de Quiberon a adopté par délibération et qui permet à ses membres de déposer des questions orales jusqu'à 48 heures avant la séance du conseil municipal, soit un délai inférieur à celui imposé par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales pour adresser aux élus leur convocation à une séance du conseil municipal ainsi que l'ordre du jour correspondant.

Mme C ne conteste pas, en outre, que ses questions orales sont dûment retranscrites dans les comptes rendus des séances du conseil municipal. Elle ne saurait donc sérieusement soutenir que la décision du maire de Quiberon de ne pas détailler dans l'ordre du jour des séances du conseil municipal l'objet des questions orales des conseillers municipaux porterait atteinte à son droit d'expression et aux conditions d'exercice de son mandat. Par suite,

Mme C n'est pas fondée à contester la décision prise par le maire de Quiberon de réduire, à compter de la séance du conseil municipal du 8 juillet 2021, les mentions relatives aux questions orales des élus dans l'ordre du jour publié de ces séances.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Les dispositions de l'article L. 10 du code de justice administrative selon lesquelles " Les jugements sont publics. () " étant suffisantes pour assurer la publicité d'un jugement, il n'appartient pas au juge administratif d'ordonner la publication de ses décisions par l'une des parties. Par suite, les conclusions présentées par Mme C à fin d'ordonner la publication du jugement dans le magazine municipal de la commune de Quiberon sont irrecevables.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Quiberon.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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