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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103711

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103711

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFLECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, M. D A, représenté par Me Fleck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil dont il a été privé par décision du 26 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Villebesseix.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant érythréen, a déposé une demande d'asile le 6 mai 2019 et a bénéficié par une décision du même jour des conditions matérielles d'accueil prévues en faveur des demandeurs d'asile. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert vers la Suisse, Etat responsable de la demande d'asile, par un arrêté du 5 juin 2019 et a assigné M. A à résidence par un arrêté du même jour. L'intéressé ne s'étant pas présenté à l'aéroport pour être éloigné à destination de la Suisse, il a été déclaré en fuite le 28 octobre 2019. Par un courrier du 26 novembre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la suspension de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Après l'expiration du délai de transfert, M. A s'est de nouveau présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine pour y solliciter l'asile. Sa demande a alors été requalifiée en procédure accélérée. Il a saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil par un courrier du 14 janvier 2021. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 29 juin 2021, dont il demande l'annulation. M. A s'est, depuis lors, vu accorder le statut de réfugié le 18 janvier 2022.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C B, directrice territoriale à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de signature régulière, conformément à la décision du 15 janvier 2019 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont elle fait application et relève que M. A n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Elle précise que l'intéressé ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître un facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Cette décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. En outre, dès lors qu'il ne s'agissait pas d'une décision de suspension mais d'une décision de refus de rétablissement, elle n'avait pas à préciser les conditions de retrait des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 applicable à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. / Les informations attestant d'une situation particulière de vulnérabilité sont transmises, après accord du demandeur d'asile, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'évaluation de la vulnérabilité par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne préjuge pas de l'appréciation par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la vulnérabilité du demandeur en application de l'article L. 723-3 ou du bien-fondé de sa demande ".

5. Il ne ressort ni des dispositions précitées ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 25 juin 2021 d'un entretien de vulnérabilité avec l'aide d'un interprète au cours duquel il a pu s'exprimer sur sa situation et qu'en outre, un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur sa situation le 30 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'a pas été mis en mesure de présenter des observations doit être écarté.

6. En dernier lieu, si M. A se prévaut d'un certificat médical dressé par un médecin généraliste le 19 mai 2021 indiquant qu'il présente un stress post-traumatique, il ressort cependant des pièces du dossier que le médecin coordinateur de zone de l'OFII a indiqué que la situation de l'intéressé correspondait à un niveau 1 de priorité pour un hébergement sans caractère d'urgence et que dans ces conditions, l'OFII ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité en refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il avait bénéficié précédemment.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

E. Kolbert

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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