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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103723

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103723

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 19 mai 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a rejeté son recours gracieux contre l'arrêté du 26 janvier 2021 ;

2°) d'annuler par voie de conséquence l'arrêté du 26 janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite rejetant sa demande de retrait méconnait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gambien, est entré irrégulièrement en France en août 2018 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 juillet 2019 et la Cour nationale du droit d'asile le 10 novembre 2020. Il a sollicité le 6 août 2019 son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par arrêté du 26 janvier 2021, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Rennes par jugement du 4 juin 2021. Il avait entre-temps présenté un recours gracieux et demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne des droits de l'homme : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

3. M. B ne démontre ni être exposé à un risque particulier, distinct de celui encouru en France, en cas de renvoi dans son pays d'origine du fait de l'épidémie de Covid-19 ni que ce risque épidémique l'exposerait à des risques personnels et actuels d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants dans ce pays ni enfin que son droit à la vie serait méconnu. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

5. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Morbihan, après avoir pris connaissance du sens de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a porté une appréciation personnelle sur la situation médicale de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit pour s'être cru en situation de compétence liée par cet avis doit être écarté.

6. Par ailleurs, la possibilité d'accéder à des soins appropriés n'a à être mentionné que lorsque l'état de santé nécessite des soins dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En l'espèce, il est constant que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, l'absence d'indication sur la prise en charge est sans incidence sur la régularité de la procédure et le moyen tiré de ce que le préfet ne mentionne pas les modalités de prise en charge des soins dans le pays d'origine doit être écarté.

7. Par ailleurs, en se bornant à évoquer l'impossibilité d'une fécondation in vitro par injection de spermatozoïdes en Gambie, M. B n'établit pas que le défaut de prise en charge médicale en France pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. B fait état de son mariage avec une personne de nationalité française et de de la mise en place d'une procédure médicale pour concevoir un enfant. Toutefois, si M. B justifie être marié à Mme A, ressortissante française, ce mariage n'a été prononcé que le 24 novembre 2018, soit seulement un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, en dépit de ce mariage, M. B a indiqué aux services de la préfecture le 28 mai 2020 être célibataire dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Enfin, il n'apporte aucun élément médical sur le démarrage de cette conception médicalement assistée au-delà d'un premier rendez-vous à envisager en 2021. Il n'établit donc ni l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de la vie commune ni la réalité de la procédure médicale d'aide à la procréation. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivi par son arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. B.

10. Faute d'établir l'illégalité de la décision implicite de refus de retirer l'arrêté contesté en ce qu'il n'accorde pas le titre de séjour demandé, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie d'exception d'illégalité de ce refus.

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 7 et 9, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays de renvoi sur sa situation personnelle et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Faute d'établir l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de retrait de l'obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle a été déterminé le pays à destination duquel il sera reconduit serait illégale par voie d'exception d'illégalité de ces deux premières décisions.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B, qui ne rapporte pas d'éléments nouveaux par rapport au jugement du 4 juin 2021, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le président-rapporteur,

signé

O. D

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103723

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