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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103806

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103806

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPITEL GÉRALDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, M. F G, représenté par Me Pitel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 26 mai 2021 portant retrait de sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer la carte de séjour pluriannuelle;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente :

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne se réfère à aucune des circonstances de fait qui constituaient pourtant des éléments pertinents pour apprécier sa situation personnelle ;

- c'est à tort qu'il a été considéré qu'il constituait une menace pour l'ordre public ;

- le retrait de sa carte pluriannuelle est disproportionné et cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant centrafricain né en 1989, est entré en France en 2013. Par une décision du 5 février 2016, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) l'a admis au bénéfice de la protection subsidiaire sur le fondement de l'article L. 712-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle qui lui a été délivrée pour la période du 19 novembre 2018 au 18 novembre 2020, M. G s'est vu retirer ce titre par une décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 26 mai 2021 dont il demande l'annulation pour excès de pouvoir.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. B C, directeur des étrangers à la préfecture, et, en cas d'absence de celui-ci, à M. D A, son adjoint, aux fins de signer notamment les décisions de retrait de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent et qui permettent de s'assurer que le préfet d'Ille-et-Vilaine a examiné la situation personnelle et administrative de M. G à partir des éléments qui lui étaient communiqués. Les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée et d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision litigieuse : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Il est constant que, comme il est exposé dans la décision litigieuse, dont l'exactitude des motifs de fait n'est pas contestée, le casier judiciaire de M. G porte mention de trois condamnations intervenues depuis la délivrance de son titre de séjour. L'intéressé a ainsi été condamné à deux reprises en 2018, à 600 euros d'amende et à l'interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant trois mois, puis à trois mois d'emprisonnement avec sursis, pour conduite d'un véhicule sans permis et pour récidive de conduite sans permis et sous l'emprise d'un état alcoolique. Il a, par la suite, été condamné par le tribunal correctionnel de Rennes le 14 janvier 2020, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, assortie d'une mise à l'épreuve pendant une durée de deux ans, pour des faits de violence aggravée, exercés en état d'ivresse sur conjoint ou concubine et ayant causé une incapacité temporaire de travail supérieure à huit jours. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ni les faits ni les condamnations ne sont contestés, le requérant se bornant à faire valoir qu'il a scrupuleusement respecté les obligations qui lui étaient imposées par les décisions de justice prononcées à son encontre, qu'il a effectué un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple le 12 mai 2021, et qu'un suivi a été mis en place, pour son addiction, avec le Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), et, sur le plan psychologique, auprès du centre hospitalier Guillaume Régnier. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a retenu que le comportement de l'intéressé, du fait de la gravité et de la réitération récente des agissements dont la matérialité a été établie par le juge pénal, représentait une menace pour l'ordre public justifiant le retrait de la carte de séjour pluriannuelle dont il était titulaire, à laquelle a été substituée une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il s'ensuit, alors même que le requérant justifie d'une certaine insertion par le travail et qu'il est domicilié à Rennes chez sa sœur, laquelle est en situation régulière en France, que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet d'Ille-et-Vilaine doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la décision litigieuse substitue une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et autorisant M. G à travailler à la carte de séjour pluriannuelle dont il était auparavant titulaire. Elle ne met fin ni au droit au séjour du requérant, ni à la possibilité qu'il continue à travailler régulièrement en France. Le moyen tiré de ce qu'elle porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Radureau, président,

M. Vergne, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G.-V. E Le président,

Signé

E. KolbertLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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