mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103858 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. C A, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicite dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation, aucune communication des motifs de cette décision implicite n'ayant été effectuée dans le délai d'un mois imparti par les dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise irrégulièrement en l'absence de saisine, pourtant exigée par les dispositions de l'article L. 313-14 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la commission du titre de séjour ;
- elle a été prise en violation des dispositions des articles L. 313-10, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu, d'une part, du dossier de demande d'autorisation de travail qu'il présente et, d'autre part, de la durée de son séjour en France depuis treize ans et de ses attaches familiales sur le territoire, où vivent ses deux filles dont l'une possède la nationalité française.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 21 octobre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. B,
-et les observations de Me Béguin, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1980, est entré irrégulièrement en France le 21 mars 2008 selon ses déclarations. Ses demandes d'asile ont été rejetées à deux reprises, les 15 septembre 2008 et 26 août 2010 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et les 23 février 2010 et 18 mars 2011 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Deux demandes de titre de séjour pour raisons de santé ont été rejetées les 4 juin 2010 et 25 novembre 2011 par le préfet de la Moselle et par le préfet de l'Oise, par des décisions assorties d'une obligation faite à M. A de quitter le territoire. En février 2013, M. A a rencontré une ressortissante française dont il a eu une fille reconnue par anticipation le 21 novembre 2013, et née le 13 mars 2014, mais le couple s'est séparé en juillet 2014. La demande de titre de séjour " vie privée et familiale " présentée par M. A en qualité de parent d'enfant français a été rejetée le 23 mars 2015 par le préfet du Doubs dont l'arrêté obligeait le requérant à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Ultérieurement, toutefois, M. A, qui s'était installé en couple en 2017 avec une compatriote à Saint-Brieuc, a déposé le 18 février 2019 au guichet de la préfecture des Côtes-d'Armor une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, accompagnée d'une demande d'autorisation de travail. Par la présente requête, enregistrée le 26 juillet 2021, il demande au tribunal l'annulation de la décision implicite, née le 19 juin 2019, par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R.311-2-1 du même code: " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 232-4 du même code dispose que " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs d'une telle décision implicite dans le délai d'un mois suivant cette demande, cette dernière est entachée d'illégalité.
3. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. A a présenté en préfecture le 19 février 2019 une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, accompagnée d'une demande d'autorisation de travail. S'il est soutenu en défense que cette demande n'était pas complète, qu'aucun récépissé de demande de titre de séjour n'a été délivré à l'intéressé et que, par suite, aucune décision implicite de rejet n'a pu naître au bout de quatre mois du silence gardé par l'administration, il ressort des pièces du dossier qu'a été délivrée à M. A, au guichet de la préfecture, le 19 février 2019, une attestation de dépôt de demande d'admission exceptionnelle au séjour. Cette attestation mentionnait que " le dossier est en cours d'instruction " et il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que des pièces manquantes auraient été désignées et demandées sans succès au pétitionnaire par les services de la préfecture, que ce soit avant l'échéance du délai de quatre mois mentionné à l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou même avant que, par courrier recommandé du 29 mars 2021, le requérant demande la communication des motifs de la décision implicite de rejet faisant l'objet de la présente instance. Ainsi, en l'absence de réponse à la demande de titre du 19 février 2019, une décision implicite de rejet est née le 19 juin 2019. Cette décision restait susceptible de recours à la date à laquelle, par un courrier du 29 mars 2021, le requérant a demandé au préfet des Côtes-d'Armor communication des motifs de ce refus, dès lors qu'il n'est pas allégué et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant était informé des conditions de naissance d'une décision implicite.
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4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la copie de l'accusé de réception du courrier du 29 mars 2021 mentionné au point 3 du présent jugement, que M. A a effectivement sollicité la communication des motifs de la décision implicite par laquelle sa demande de titre de séjour a été rejetée. Il est constant qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande. Il s'ensuit que, le préfet des Côtes-d'Armor n'ayant pas communiqué les motifs de sa décision dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la décision implicite de rejet contestée est entachée d'illégalité.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la délivrance d'un titre de séjour lui a été refusée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique seulement que le préfet des Côtes-d'Armor procède à un réexamen de la situation de A aux fins de prendre une décision sur sa demande de titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béguin, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier, partie perdante, le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros en application de ces dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision implicite du 19 juin 2019 par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Béguin, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Côtes-d'Armor et à Me Béguin.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président du tribunal,
M. Radureau, président,
M. Vergne, président.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
G.-V. B Le président,
Signé
E. KolbertLa greffière,
Signé
V. Le Boëdec
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Le Boëdec
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026