lundi 12 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103950 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BUORS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. E A, représenté par Me Buors, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière et exécutoire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la composition de la commission du titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F ;
- et les observations de Me Buors, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère. Celui-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet du Finistère du 24 août 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Finistère, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas les décisions de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 432-14 du même code : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour réunie le 4 mai 2021 pour émettre un avis consultatif sur la demande de titre de M. A était composée de Mme Coz-Elleouet, conseillère municipale et adjointe au maire de Brest, de M. C, personnalité qualifiée, président de section honoraire au Conseil d'État, président de la commission, et de M. D, personnalité qualifiée, professeur de droit public à l'université de Bretagne occidentale. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission du titre de séjour doit être écarté.
5. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Finistère a rejeté la demande de titre de séjour de M. A présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs qu'il a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, qu'il s'est séparé de son épouse en 2018, laquelle s'est installée à Brest avec leur fils B, qu'il a déménagé à Quimper en 2020 pour se rapprocher d'eux, qu'il a été placé en garde à vue le 21 juillet 2020 pour des faits de menaces de mort réitérées et harcèlement moral et qu'il a été condamné en 2016 et en 2020 pour détention de stupéfiants, offre ou cession de stupéfiants et conduite en état d'ivresse. Cette décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
6. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de l'intéressé en retenant à son encontre la menace qu'il représente pour l'ordre public, nonobstant la circonstance qu'il n'ait pas davantage détaillé les circonstances de fait et les condamnations reprochées. Dès lors que le préfet a retenu l'existence d'une telle menace, il n'était pas tenu de se prononcer sur la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de son fils pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Il résulte néanmoins des dispositions de l'article L. 432-1 du même code que la délivrance d'une carte de séjour temporaire peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, connu sous plusieurs autres identités par les services de l'État, est défavorablement connu des services de police depuis au moins 2015, ayant été placé en garde à vue le 4 octobre 2015 pour des faits de vol avec violence en réunion. Il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Brest du 24 mai 2016 à une peine de deux ans d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle puis par jugement du même tribunal du 24 octobre 2017 à une peine de soixante heures de travaux d'intérêt général pour usage illicite de stupéfiants et à une amende pour fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire. Il a également fait l'objet, plus récemment, de deux amendes les 5 mars 2020 et 10 février 2021 pour conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et conduite d'un véhicule malgré une suspension judiciaire de son permis de conduire. Il a enfin été entendu le 21 juillet 2020 pour une enquête pour des faits de menaces de mort réitérées et harcèlement moral sur son ex-conjointe et a notamment reconnu, au cours de cette audition avoir, sous l'emprise de l'alcool, par un message adressé à son ex-conjointe, menacé celle-ci et sa mère de les violenter. Eu égard au caractère récent des faits reprochés à M. A, dont la matérialité n'est pas sérieusement discutée par l'intéressé, et de ses condamnations, le préfet du Finistère, en considérant qu'il représentait actuellement une menace pour l'ordre public, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance du titre de séjour qu'il prévoit pour les parents d'enfants français.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, (), à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, () ". Pour le même motif de menace pour l'ordre public et alors que la décision contestée n'a ni pour objet de prononcer l'éloignement de M. A du territoire français ni, par conséquent, pour effet de le priver de la possibilité de revoir son fils à échéance régulière, le préfet du Finistère, pouvait porter ingérence au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé sans qu'il en résulte une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis par sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux deux points précédents, en l'absence de la démonstration de l'existence d'autres attaches privées ou familiales en France, et compte tenu de l'absence d'intégration de l'intéressé dans la société française au regard tant de ses condamnations que de l'instabilité de sa situation au titre du travail, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. L'État n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à sa charge une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
W. FLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026