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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104018

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104018

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEMLALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 août 2021 et 9 avril 2022, M. D A C, représenté par Me Semlali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que la décision implicite par laquelle cette même autorité a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de cette notification et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet, après avoir reçu les documents complémentaires qu'il avait sollicités, devait lui remettre un récépissé ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Semlali, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tchadien, se disant né le 3 mai 2001, est entré en France le 4 octobre 2016, et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du 12 janvier 2017 au 13 septembre 2019. Il a sollicité, à l'approche de la majorité, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir été reçu en rendez-vous à deux reprises, il a produit, par courrier recommandé reçu le 13 octobre 2020 en préfecture, les pièces complémentaires qui lui étaient demandées.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a complété son dossier de demande de titre de séjour le 13 octobre 2020, date à laquelle la préfecture des Côtes-d'Armor a reçu les pièces complémentaires qu'elle lui avait demandé de produire. En application des dispositions combinées des articles R. 311-12 et R. 311-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 13 février 2021 du silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur sa demande. Si le préfet des Côtes-d'Armor soutient qu'une décision implicite de rejet n'a pu naître qu'au terme d'un délai de huit mois en application des dispositions de l'article 1er décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015, ces dispositions ne s'appliquent que dans le cas où l'autorité préfectorale procède ou fait procéder à la vérification d'actes d'état civil auprès des autorités étrangères compétentes, ce qui n'a pas été le cas. La circonstance que, postérieurement au 13 février 2021, le préfet des Côtes-d'Armor a rouvert l'instruction en demandant au requérant de transmettre de nouvelles pièces et en le convoquant à un nouveau rendez-vous fixé au 6 mai 2021 n'a pas eu pour effet de retirer la décision implicite litigieuse. Par suite, le préfet des Côtes-d'Armor n'est pas fondé à soutenir que la requête serait dirigée contre une décision qui n'existe pas.

3. Par ailleurs, la circonstance que M. A C s'est vu délivrer, en cours d'instance, un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " visiteur ", qui ne l'autorise pas à travailler, est sans incidence sur la recevabilité de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision antérieure ayant implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus implicite de délivrer à M. A C un récépissé de demande de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 311-6 du même code alors applicable : " Le récépissé de la demande de première délivrance d'une carte de séjour prévue à () aux 1°, 2° bis, 4°, 6°, 8°, 9° de l'article L. 313-11 () autorisent son titulaire à travailler.() ".

5. Ainsi qu'il a été précédemment dit, M. A C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Il a transmis le 13 octobre 2020 au préfet des Côtes-d'Armor l'ensemble des pièces sollicitées par le préfet pour compléter son dossier de demande. Si le préfet des Côtes-d'Armor allègue qu'à cette date, le dossier de l'intéressé n'était toujours pas complet, il ne l'établit pas, la circonstance que l'authenticité de certaines pièces fasse l'objet de vérifications étant sans incidence. En application des dispositions précitées de l'article R. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A C était fondé à se voir délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler. Ainsi, en refusant implicitement de lui délivrer ce récépissé, le préfet des Côtes-d'Armor a entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant.

6. Par suite, M. A C est fondé à demander l'annulation de cette décision implicite de rejet de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.

En ce qui concerne le rejet implicite de la demande de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois de cette demande. () ".

8. M. A C n'établit ni même n'allègue avoir saisi le préfet des Côtes-d'Armor d'une demande de communication des motifs de la décision implicite ayant rejeté sa demande. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté comme inopérant. En l'absence de connaissance des motifs sur lesquels se fonde cette décision implicite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle.

9. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée () ".

10. La légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision implicite née le 13 février 2021, ni de son inscription, pour l'année 2021-2022, dans une formation organisée par le lycée Chaptal, ni de son recrutement ultérieur en qualité de menuisier par contrat à durée indéterminée. Il ressort des explications données par le préfet que le refus implicite opposé au requérant est fondé sur les doutes de l'administration quant à l'authenticité des documents d'état civil produits par M. A C. Dans ces circonstances, le requérant n'établit pas que la décision implicite litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est célibataire et sans enfants, qu'il ne fait état d'aucun lien d'une particulière intensité noué sur le territoire français depuis son arrivée, et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A C dirigées contre le refus implicite de lui délivrer un titre de séjour, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros à verser à Me Semlali, conseil du requérant, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de délivrer à M. A C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Semlali, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme globale correspondant à la part contributive de l'État, la somme de 1 250 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. BLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. DouillardLa République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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