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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104056

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104056

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMATEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2021, Mme C A, représentée par Me Matel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 octobre et 9 novembre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 octobre 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1954, est entrée régulièrement en France le 18 mars 2012. Elle a bénéficié, à sa demande présentée le 13 août 2013, d'un titre de séjour pour raison de santé qui lui a été délivré pour une durée de trois ans, renouvelé pour trois années supplémentaires par une décision du 9 août 2016, puis pour neuf mois et six mois de plus par des décisions ultérieures, le préfet se conformant à chaque fois aux avis rendus successivement par le médecin de l'agence régionale de santé, puis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). En dernier lieu, toutefois, par une décision du 8 février 2021, le préfet du Morbihan a refusé de renouveler le titre de séjour de l'intéressée, estimant comme le collège des médecins de l'OFII que, bien que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier en Guinée des soins requis par cet état de santé et voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme A a alors présenté le 24 février 2021 une nouvelle demande sur un fondement différent, tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande au tribunal l'annulation de la décision implicite, née le 24 juin 2021, par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. L'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Mme A, entrée en France en 2012, était présente en France depuis neuf ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette durée de séjour s'explique par la durée des soins requis par son état de santé et par l'impossibilité, constatée durant plusieurs années consécutives, qu'elle puisse accéder effectivement à ces soins dans son pays d'origine, analyse que n'a pas reprise en dernier lieu le collège des médecins de l'OFII dans son dernier avis en date du 18 janvier 2021. La requérante, qui a vécu en Guinée jusqu'à l'âge de 57 ans, n'établit pas être dépourvue de toute attache dans ce pays, où réside sa fille. S'il est fait état d'autres membres de sa famille présents régulièrement en France, notamment son fils, naturalisé français en 2013, et son mari, l'un et l'autre domiciliés en région parisienne à Gagny (Seine-Saint-Denis), elle-même réside à Vannes et ne sont établies en l'état du dossier ni une communauté de vie effective, ni l'existence de liens d'une particulière intensité entre Mme A et ces personnes. L'insertion de Mme A au plan social, amical ou professionnel n'est pas non plus démontrée. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, en l'état de l'instruction, que le préfet du Morbihan, en prenant la décision de refus de séjour contestée, aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations citées au point 2. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Radureau, président,

M. Vergne, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G.-V. B Le président,

Signé

E. KolbertLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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