vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ALEXANDRE-LEVY-KAHN-BRAUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 août 2021, 29 juillet et 9 novembre 2022, Mme C B représentée par la selarl DES avocats demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier (CH) de Lannion-Trestel a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle à compter du 9 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au CH de Lannion-Trestel de la titulariser et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;
3°) de condamner le CH de Lannion-Trestel à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de son licenciement, avec intérêts à compter de sa réclamation préalable et capitalisation des intérêts ;
4°) de mettre à la charge du CH de Lannion-Trestel la somme de 1 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- elle subit des préjudices financier et moral résultant de l'illégalité fautive de la décision, qu'il y a lieu d'évaluer à la somme totale de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 juin, 22 juin et 28 octobre 2022, le CH de Lannion Trestel représenté par Me Friederich conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
- sa responsabilité pour faute n'est pas engagée dès lors que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Met, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Après avoir été employée en tant qu'assistante médico-administrative (AMA) contractuelle par le CH de Lannion-Trestel, Mme B a été nommée AMA stagiaire à compter du 1er mars 2020. Son stage a été prorogé pour une durée de six mois à compter du 1er avril 2021. Par l'arrêté attaqué du 30 juin 2021, le directeur de l'établissement a licencié Mme B pour insuffisance professionnelle à compter du 9 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". En vertu de ces dispositions, la décision du 30 juin 2021 prononçant le licenciement de Mme B pour insuffisance professionnelle devait comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituaient le fondement.
3. La décision attaquée qui vise le rapport du 15 juin 2021 rédigé par la responsable des secrétariats médicaux et l'avis de la commission administrative paritaire du 30 juin 2021 mentionne " qu'il résulte de l'ensemble des évaluations de Mme B et du rapport sus mentionné qu'elle est incapable de progresser sur des compétences essentielles à son grade, et plus généralement, aux missions de service public, malgré l'accompagnement de son cadre et le recours à la formation ". Cette motivation très générale qui ne précise pas notamment lesquelles des compétences de l'agent sont remises en cause, ne lui permet pas de connaître les griefs formulés à son encontre. Si la décision attaquée vise ainsi qu'il a été dit le rapport établi par la supérieure hiérarchique de l'intéressée et l'avis de la commission administrative paritaire, sans au demeurant indiquer expressément s'en réapproprier les termes, il n'est pas établi que ce rapport et cet avis aient été joints à cette décision. Ainsi, Mme B n'a pas été en mesure de connaître, à la lecture de la décision les griefs retenus à son encontre et par suite les motifs de son licenciement. Dans ces conditions la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation. Il résulte de ce qui précède que pour ce motif, la décision du 30 juin 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. L'illégalité d'une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté pour celui qui demande réparation un préjudice direct et certain. Mais, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de forme, de procédure ou d'incompétence, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente, dans le respect des règles de forme et de procédure requises. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait pu être prise dans le respect de ces règles par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe des vices qui entachaient la décision administrative illégale
5. D'une part, aux termes de l'article 37 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors en vigueur : " La titularisation des agents nommés dans les conditions prévues à l'article 29, aux a et c de l'article 32 et à l'article 35 est prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par les statuts particuliers. () / L'agent peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente, en cas de faute disciplinaire ou d'insuffisance professionnelle. Dans ce dernier cas, le licenciement ne peut intervenir moins de six mois après le début du stage. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel l'agent stagiaire a vocation à être titularisé. / Sous réserve de dispositions contraires des statuts particuliers et du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. () ". Aux termes de l'article 9 du décret : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 11 du décret du 14 juin 2011 portant statuts particuliers des personnels administratifs de la catégorie B de la fonction publique hospitalière : " I. ' Les assistants médico-administratifs assurent le traitement et la coordination des opérations et des informations médico-administratives concernant les patients dans les domaines du secrétariat médical et de l'assistance de régulation médicale. () ".
7. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public en cours de stage ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade.
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un rapport établi par la responsable des secrétariats médicaux que le mode de communication de Mme B à l'égard des patients et de ses collègues, caractérisé par un manque de respect, des propos ou une attitude agressive et un langage inapproprié, s'est révélé inadapté. Ces faits ont été constatés à plusieurs reprises et ont donné lieu à des plaintes des patients comme des membres du personnel de l'établissement. L'ensemble de ces éléments fait l'objet d'une description précise et circonstanciée dans le rapport précité qui mentionne par ailleurs que malgré les différentes remarques faites à l'intéressée lors de ses entretiens d'évaluation mais également dans le cadre de rencontres avec sa supérieure hiérarchique, Mme B ne s'est pas remise en question. Il ressort par ailleurs de ce document que Mme B a également modifié ses horaires de travail sans l'autorisation de son cadre, et ce, de manière répétée, ce qui a engendré des difficultés dans l'organisation du service. Enfin, le rapport mentionne que lors de ses évaluations, Mme B a toujours été invitée à être davantage communicative et à avoir un esprit d'équipe, sans qu'il ait été constaté d'amélioration, les conditions de travail s'étant au contraire dégradées, en dépit d'une formation suivie en octobre 2020 par l'intéressée ayant pour thème : " développer la bientraitance dans les soins ". Il ressort par ailleurs de l'avis émis le 30 juin 2021 par la commission administrative paritaire qui s'est prononcée à l'unanimité en faveur d'un licenciement pour insuffisance professionnelle, que lors des débats devant cette instance, les représentants du personnel ont évoqué le fait que des difficultés avaient été rapportées dans chaque secteur où l'agent avait exercé ses fonctions, la récurrence de ces comportements en dépit des réunions d'équipes et des points individuels ainsi que le déni de l'agents face aux remarques qui lui ont été faites étant mis en évidence. Compte tenu de ces éléments, la matérialité des griefs reprochés à Mme B doit être regardée comme suffisamment établie.
9. En deuxième lieu, le comportement inadapté de Mme B est de nature à révéler son inaptitude à exercer normalement les fonctions correspondant à son grade, alors même que dans son avis défavorable à la titularisation de l'agent la responsable du service aurait indiqué ne pas mettre en cause les compétences professionnelles de Mme B, les griefs formulés à son encontre se rapportant à son savoir-être au travail. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans la qualification juridique des faits doit être écarté.
10. En dernier lieu, la circonstance que certains des faits retenus pour justifier un licenciement pour insuffisance professionnelle seraient susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher cette mesure d'illégalité, dès lors que l'administration se fonde sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent au regard des exigences de capacité qu'elle est en droit d'attendre d'un fonctionnaire de son grade. Ainsi qu'il a été dit, les griefs reprochés à l'intéressée concernent sa manière de servir et en particulier son savoir être au travail. Ils révèlent son inaptitude à accomplir normalement les missions qui lui sont dévolues. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait constitutive d'une sanction déguisée doit donc être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée aurait pu être légalement prise par le CH de Lannion-Trestel sans le vice de légalité externe dont elle est entachée. Dans ces conditions, les préjudices moral et financier dont Mme B sollicite réparation ne peuvent être regardés comme la conséquence directe du défaut de motivation dont la décision attaquée est entachée. Les conclusions indemnitaires de la requérante doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement n'implique pas, eu égard au motif d'annulation retenu que le CH de Lannion-Trestel procède à la titularisation de Mme B et à la reconstitution de sa carrière. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de Lannion la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article font obstacle à ce qu'il fait droit à la demande du CH de Lannion présentée sur le fondement de cet article.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 juin 2021 du directeur du CH de Lannion-Trestel est annulée.
Article 2 : Le CH de Lannion-Trestel versera à Mme B la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le CH de Lannion sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier de Lannion-Trestel.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.
La rapporteure,
signé
A. ALe président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026