vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104250 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GERVAISE DUBOURG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 août 2021, 15 février et 20 avril 2023, M. A B, représenté par Me Dubourg, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la commune de Rennes du 14 janvier 2021, portant mutation sur des missions de surveillant des parcs et jardins ainsi celle du 21 juin 2021, portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée constitue une sanction déguisée ;
- elle est entachée d'une méconnaissance des droits de la défense, en méconnaissance de l'article 89 de la loi 84-53 du 26 janvier 1984 et de l'article 4 du décret n°89-677 ;
- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril 2022 et 3 avril 2023 la commune de Rennes, représentée par la SELARL cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre une mesure d'ordre intérieur ;
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
-la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
-le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pottier,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubourg représentant M. B et de Me Guillon-Coudray, représentant la commune de Rennes.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint du patrimoine de 2ème classe au sein de la commune de Rennes a été affecté aux fonctions d'agent d'accueil et de surveillance au musée des beaux-arts de Rennes le 13 mars 2002. Par décision du 14 janvier 2021, la commune de Rennes a affecté M. B au service " parcs et jardins " de la ville sur des missions de surveillance. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que celle par laquelle son recours gracieux a été rejeté.
Sur la nature de la décision attaquée :
2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou qu'elles revêtent le caractère d'une sanction disciplinaire, est irrecevable.
3. En l'espèce, la décision litigieuse ayant pour objet de muter d'office M. B de la surveillance du musée des beaux-arts de Rennes à celle des parcs et jardins repose sur les difficultés relationnelles de l'intéressé avec ses collègues et la direction du musée, ainsi que des problèmes de comportement qui se sont manifestés notamment au cours de l'année 2018. Si la décision a pour effet d'affecter M. B à un poste qui correspond au grade et au cadre d'emploi dont il relève en qualité d'adjoint territorial du patrimoine, toutefois, elle a aussi pour effet d'entraîner la perte d'une prime de travail le dimanche, de modifier profondément ses conditions et lieux de travail et horaires ainsi que la nature du travail qui lui est demandé, alors qu'il fait valoir par ailleurs qu'il est formé pour travailler dans les établissements culturels et non dans les espaces verts. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur et que la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Rennes doit être écartée.
4. M. B soutient que la décision attaquée constitue une sanction déguisée du fait qu'elle entraîne une dégradation de ses conditions de travail, de la qualité des missions qui lui sont confiées et de ses perspectives de carrière, le positionne sur un emploi qui ne lui convient pas compte tenu de sa vocation à travailler dans des équipements culturels et de l'absence de toute formation reçue quant aux jardins et à la botanique, et dans des horaires et conditions de travail qui ne conviennent pas à l'organisation personnelle qu'il avait arrêtée autour de son précédent poste, ayant fait le choix de se rendre à Rennes en transports en commun. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que la maire de Rennes ait entendu sanctionner l'intéressé, en le mutant sur un poste correspondant à ses grade et cadre d'emploi afin de résoudre le problème que posait sa tendance à manifester, de façon virulente et récurrente, un fort mécontentement voire une opposition à l'égard de l'organisation et de la direction du service, en l'accompagnant de violences verbales subies également par ses collègues, ainsi qu'il résulte notamment d'un courrier de la direction des ressources humaines adressé à l'intéressé le 6 décembre 2018, de la feuille de route élaborée à son intention par sa hiérarchie le 14 mai 2019, du rapport d'enquête administrative rendu le 25 septembre 2020, et des conclusions adressées à la ville dans son courriel du 14 septembre 2020 par le consultant Lafabco intervenu en qualité d'animateur d'ateliers au sein du service. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la réponse du procureur de la République reçue par la maire de Rennes le 29 juin 2021 après son signalement par lettre du 15 octobre 2020 sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale, que M. B a sollicité l'aide d'un collègue pour se procurer une arme et évoqué, lors d'une réunion organisée suite au suicide d'un collègue, son souhait d'attaquer le service, de " le faire à la Daesh " et de " tirer sur tout le monde ". Par ailleurs, si M. B fait valoir qu'il ne peut lui être reproché d'avoir désobéi à un ordre en refusant de prendre une affectation dans un établissement lors du premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, qu'il produit des attestations de collègues déclarant avoir de bonnes relations avec lui, et explique avoir entendu dénoncer des dysfonctionnements du service, en tout état de cause, dès lors que les accès de colère relevés, menaces et violences verbales ne sont pas compatibles ni avec un bon fonctionnement du service, ni avec une mission d'accueil du public, la décision attaquée, qui ne relève pas d'une intention de sanctionner et présente des éléments objectifs en faveur d'une mutation d'office destinée à apaiser les tensions au sein d'un service, ne peut être regardée comme une sanction déguisée.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision ne constitue pas une sanction déguisée.
Sur les moyens invoqués :
6. En premier lieu, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatifs à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, M. B fait valoir qu'il a toujours eu de bons rapports avec ses collègues, qu'il se montre respectueux d'eux et du public du musée, que ses évaluations professionnelles sont bonnes, et que le rapport administratif établi en 2020 par la personne chargée des ressources humaines est entaché d'inexactitudes. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment exposé, l'ensemble des éléments relatifs à des problèmes de comportement sont détaillés et concordants, qu'il s'agisse des courriers de sa hiérarchie de 2018 et 2019, du rapport d'enquête administrative citant des collègues, du retour du consultant Lafabco ou des conclusions énoncées dans le courrier précité du procureur de la République. Si M. B conteste avoir bloqué deux collègues avec lui dans les sanitaires pour taper sur le mur en criant que ça " allait péter " et qu'il allait " passer à l'acte " en octobre 2018, et conteste les mentions du rapport administratif relevant les témoignages de ses collègues indiquant qu'il avait cherché à se procurer une arme et évoqué une attaque armée du service, il n'apporte au tribunal aucun élément de nature à contredire ces éléments, alors que le procureur de la République, bien qu'il ait classé sans suite l'enquête, a estimé que les auditions réalisées dans le cadre de l'enquête avaient montré que le comportement de M. B qui avait motivé le signalement était établi. Enfin, s'il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'intéressé aurait désobéi à un ordre d'affectation à l'école Jean Zay pendant le premier confinement, toutefois les autres éléments précités, à savoir notamment les accès de colère, menaces et violences verbales doivent être regardés comme établis. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
8. En troisième lieu, les faits précédemment décrits sont suffisants pour justifier une mutation d'office dans l'intérêt du service, alors même qu'il existait d'autres problèmes au sein du service. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de l'intérêt du service doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
10. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. En l'espèce, si M. B soutient que la décision attaquée a été prise en représailles aux signalements qu'il aurait effectués relatifs à la souffrance au travail que subissent ses collègues et dont témoigne une enquête réalisée par le syndicat FO en 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que les menaces et violences verbales qui lui sont reprochées et qui ont intimidé voire effrayé ses collègues sont établies, alors qu'en revanche l'intéressé n'établit pas, par ailleurs, que la décision attaquée serait motivée par des signalements qu'il aurait effectués auprès de la direction concernant des cas de harcèlement et de souffrance au travail. En outre, s'il déclare qu'il a été lui aussi agressé verbalement et physiquement et a été victime de brimades en 2013, par des collègues, il n'établit pas que la décision attaquée serait en lien avec ces évènements dont il n'apporte au demeurant pas la preuve de la réalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2021 et de la décision de rejet de son recours gracieux, doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rennes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la commune de Rennes à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Rennes.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
F. Pottier
Le président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026