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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104313

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104313

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CONCORDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 25 août 2021, 22 décembre, 8 mars et 4 avril 2022, la société Distribution Casino France, représentée par Me Bolleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2021 par lequel le maire de Ploufragan a accordé un permis de construire à la société Lidl France pour la construction d'un magasin de 990 m2 de surface de vente situé 5, avenue des plaines villes ainsi que le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, le permis de construire modificatif accordé le 17 novembre 2021 à la même société ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ploufragan une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir dès lors que le pétitionnaire a entendu se soustraire volontairement à la règlementation de l'urbanisme ;

- la société pétitionnaire a délibérément fraudé pour passer sous le seuil des 1 000 m2 de surface de vente ;

- le permis accordé est contraire aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, notamment en ce qui concerne la sécurité publique.

Par des mémoires, enregistrés les 9 septembre et 2 décembre 2021, 3 février, 21 mars et 15 avril 2022, la SNC Lidl France, représentée par Me Robbes, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la société Distribution Casino France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2021 et 21 mars 2022, la commune de Ploufragan, représentée par Me Donias, conclut au rejet de la requête. A titre très subsidiaire, elle demande de faire application des dispositions des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de Me Louche, représentant la société Distribution Casino France, de Me Landemaine, représentant la SNC Lidl France et de Me Laville-Collomb, représentant la commune de Ploufragan.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Lidl France a déposé le 8 janvier 2021 en mairie de Ploufragan une demande de permis de construire portant sur la construction d'un magasin de 990 m2 de surface de vente, situé 5 avenue des plaines villes, sur un terrain constitué des parcelles cadastrées A 2060, A 2061 et A 2062. Par un arrêté du 6 avril 2021, le maire de Ploufragan a délivré à la SNC Lidl France le permis de construire sollicité et un permis de construire modificatif a été délivré le 17 novembre 2021. Par la présente requête, la société distribution Casino France demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Par ailleurs, en dehors du cas où les caractéristiques particulières de la construction envisagée sont de nature à affecter par elles-mêmes les conditions d'exploitation d'un établissement commercial, ce dernier ne justifie pas d'un intérêt à contester devant le juge de l'excès de pouvoir un permis de construire délivré à une entreprise concurrente, même située à proximité.

4. Pour justifier de son intérêt à demander l'annulation du permis de construire litigieux, la société Distribution Casino France se prévaut de sa situation dans la zone de chalandise du futur projet en cause alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle exploite un magasin situé à une distance de 1,5 kilomètre du futur projet et se borne à invoquer une obtention du permis par fraude dès lors que le projet présente sciemment, selon elle, une superficie de vente inférieure à 1 000 m2 afin d'échapper à un avis de la Commission Départementale d'Aménagement Commercial (CDAC) et une méconnaissance des dispositions des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en contestant notamment les conditions d'accès au futur projet. Pour autant, elle ne démontre pas en quoi l'autorisation en litige, qui ne tient pas lieu d'autorisation d'exploitation commerciale, serait de nature à impacter ses propres conditions d'exploitation ou à nuire aux conditions d'utilisation, d'occupation ou de jouissance de son bien. Dans ces conditions, la société Lidl France et la commune de Ploufragan sont fondées à soutenir que la société requérante ne dispose pas d'un intérêt à agir pour contester la décision en litige. Il y a lieu, par suite, d'accueillir les fins de non-recevoir opposées par la société pétitionnaire et la commune de Ploufragan et de rejeter les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société requérante comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Ploufragan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société Distribution Casino France et non compris dans les dépens.

6. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Distribution Casino France la somme de 750 euros à verser à la SNC Lidl France et la même somme à la commune de Ploufragan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Distribution Casino France est rejetée.

Article 2 : La société Distribution Casino France versera une somme de 750 euros à la SNC Lidl France et la même somme à la commune de Ploufragan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Distribution Casino France, à la SNC Lidl France et à la commune de Ploufragan.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

F. Etienvre

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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