vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104576 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 8 septembre 2021, 6 mars 2022, 10 mai 2022 et 30 mai 2022, Mme C B, représentée par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel la maire de la commune de Penmarc'h a délivré à la société civile Aelis Groupe un permis de construire quatre maisons d'habitation sur un terrain situé rue Pierre et Jean Dupouy Menez Kerouille sur le territoire de cette commune, ainsi que la décision du 2 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Penmarc'h le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie de son intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué a été pris par une personne incompétente, à défaut pour la commune de justifier d'une délégation de compétence régulière et exécutoire ;
- l'avis favorable rendu par l'architecte des Bâtiments de France sur le projet en litige est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il est illégal en raison de la méconnaissance par le dossier de demande de permis de construire des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U.6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U.11 du même règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U.12 du même règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U.13 du même règlement ;
- il est illégal en raison de l'illégalité du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h en ce que ce dernier classe une partie du terrain d'assiette du projet en zone Ub ; le projet méconnaît les dispositions des articles R. 111-17 et R. 111-27 du code de l'urbanisme remises en vigueur ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 121-23 et suivants du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, la commune de Penmarc'h, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut pour la requérante de justifier de son intérêt à agir et en raison de sa tardiveté ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Par trois mémoires, enregistrés les 7 janvier, 27 avril et 25 mai 2022, la société civile Aelis Groupe, représentée par la société Via Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut pour la requérante de justifier de son intérêt à agir ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi du 2 mai 1930 ayant pour objet de réorganiser la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Nadan, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant Mme B, de Me Le Baron, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Penmarc'h, ainsi que celles de Me Leduc, de la société Via Avocats, représentant la société Aelis Groupe.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 octobre 2020, la société civile Aelis Groupe a déposé une demande de permis de construire quatre maisons d'habitation sur les parcelles cadastrées section AB nos 143 à 145 situées rue Pierre et Jean Dupouy sur le territoire de la commune de Penmarc'h. Par un arrêté 16 mars 2021, la maire de cette commune a délivré le permis de construire sollicité. Le 17 mai 2021, Mme B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été rejeté par une décision du 2 juillet 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Penmarc'h et la société Aelis Groupe :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui justifie de sa qualité de propriétaire de la maison d'habitation implantée sur la parcelle cadastrée section AB n° 157 contiguë au terrain d'assiette du projet contestée, est voisine immédiate de ce projet, sa parcelle se trouvant à l'angle de la future voie interne d'accès à l'ouest et des maisons projetées au nord. Elle rend compte dans sa requête de la nature, de l'importance et de la localisation de ce projet. Ainsi qu'elle le fait valoir, l'opération projetée de construction de quatre maisons d'habitation est, par sa localisation et sa consistance, susceptible d'affecter directement les conditions de jouissance de son bien, compte tenu notamment de la dégradation de son environnement, la disparition de l'espace naturel existant au nord, les nuisances sonores liée à la présence d'un nouveau voisinage, ainsi que, au surplus, la perte de la vue sur mer à partir du velux d'une chambre de sa maison dont la société pétitionnaire n'établit en tout état de cause pas le caractère irrégulier. Dans ces conditions, compte tenu de la localisation et des caractéristiques du projet, et alors même que la maison de Mme B est orientée au sud, cette dernière justifie de son intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et les fins de non-recevoir opposées à ce titre par la commune de Penmarc'h et la société Aelis Groupe ne peuvent être accueillies.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ". Aux termes de l'article R. 600-2 du même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".
5. La commune de Penmarc'h n'établit pas, ainsi qu'elle le fait valoir, que le permis de construire aurait été régulièrement affiché immédiatement après l'intervention de l'arrêté contesté du 16 mars 2021. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, en particulier des avis de réception des lettres recommandées avec accusés de réception produites par la requérante, que son recours gracieux a été reçu en mairie le lundi 17 mai 2021, soit dans le délai de recours contentieux qui est un délai franc, et qu'il a été notifié le même jour à la société pétitionnaire en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Ainsi, le délai de recours contentieux, qui a recommencé à courir à compter de la notification, le 7 juillet 2021, de la décision de rejet du recours gracieux du 2 juillet 2021, n'était pas expiré à la date d'enregistrement de la requête de Mme B le 8 septembre 2021. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Penmarc'h tirée du défaut d'accomplissement des formalités prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, () ". Aux termes de l'article R. 121-4 du même code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : / 1° Les dunes, les landes côtières, les plages et les lidos, les estrans, les falaises et les abords de celles-ci ; / () 7° Les parties naturelles des sites inscrits ou classés en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement, des parcs nationaux créés en application de l'article L. 331-1 du code de l'environnement et des réserves naturelles instituées en application de l'article L. 332-1 du code de l'environnement ; () ". Si ces dispositions tendent à préserver les parties naturelles des sites inscrits ou classés qui doivent être présumées constituer un paysage remarquable ou caractéristique eu égard à l'objet des procédures de classement et d'inscription prévues par la loi du 2 mai 1930 désormais codifiée aux articles L. 341-1 du code de l'environnement, elles ne font pas obstacle à ce qu'un permis de construire soit délivré sur un terrain déjà urbanisé ou déjà altéré par l'activité humaine situé dans un site inscrit ou classé.
7. Aux termes de l'article L. 121-24 du code de l'urbanisme : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. / () ". Aux termes de l'article R. 121-5 du même code : " Peuvent être implantés dans les espaces et milieux mentionnés à l'article L. 121-24, dans les conditions prévues par cet article, les aménagements légers suivants, à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architecturale et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux : / 1° Lorsqu'ils sont nécessaires à la gestion ou à l'ouverture au public de ces espaces ou milieux, les cheminements piétonniers et cyclables et les sentes équestres ni cimentés, ni bitumés, les objets mobiliers destinés à l'accueil ou à l'information du public, les postes d'observation de la faune ainsi que les équipements démontables liés à l'hygiène et à la sécurité tels que les sanitaires et les postes de secours lorsque leur localisation dans ces espaces est rendue indispensable par l'importance de la fréquentation du public ; / 2° Les aires de stationnement indispensables à la maîtrise de la fréquentation automobile et à la prévention de la dégradation de ces espaces par la résorption du stationnement irrégulier, sans qu'il en résulte un accroissement des capacités effectives de stationnement, à condition que ces aires ne soient ni cimentées ni bitumées et qu'aucune autre implantation ne soit possible ; / 3° La réfection des bâtiments existants et l'extension limitée des bâtiments et installations nécessaires à l'exercice d'activités économiques ; / 4° A l'exclusion de toute forme d'hébergement et à condition qu'ils soient en harmonie avec le site et les constructions existantes : / a) Les aménagements nécessaires à l'exercice des activités agricoles, pastorales et forestières dont à la fois la surface de plancher et l'emprise au sol au sens de l'article R. 420-1 n'excèdent pas cinquante mètres carrés ; / b) Dans les zones de pêche, de cultures marines ou lacustres, de conchyliculture, de saliculture et d'élevage d'ovins de prés salés, les constructions et aménagements exigeant la proximité immédiate de l'eau liés aux activités traditionnellement implantées dans ces zones, à la condition que leur localisation soit rendue indispensable par des nécessités techniques ; / 5° Les aménagements nécessaires à la gestion et à la remise en état d'éléments de patrimoine bâti reconnus par un classement au titre de la loi du 31 décembre 1913 ou localisés dans un site inscrit ou classé au titre des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement. / Les aménagements mentionnés aux 1°, 2° et 4° du présent article doivent être conçus de manière à permettre un retour du site à l'état naturel ".
8. Bien que la carte des " espaces présumés remarquables " annexée au document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de l'Ouest Cornouaille applicable en l'espèce, identifie de tels espaces sur le territoire de la commune de Penmarc'h, notamment dans le secteur de Saint-Guénolé, il n'est cependant possible, à sa seule lecture, de déterminer si les parcelles en litige y sont intégralement incluses.
9. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet de constructions en litige se situe à un peu plus d'une centaine de mètres du rivage, dont il est séparé par un espace non bâti de lande rase classé en zone Ns du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h et situé, en partie, dans le périmètre du site Natura 2000 au titre de la directive oiseaux " Baie d'Audierne " et dans celui d'une zone naturelle d'intérêt écologique et faunistique et floristique de type II. Le terrain d'assiette du projet d'une contenance totale de 10 463 m2 est par ailleurs entièrement intégré au périmètre du site inscrit au titre de la loi du 2 mai 1930 " Partie de la côte à Saint-Guénolé ". Il est constant qu'il se situe également aux abords et dans le champ de visibilité des roches dites " La Croix ", " Le Saut du Moine " et " Le Rhinocéros " inscrites à l'inventaire par un arrêté du 26 août 1936. Si la partie du terrain d'assiette du projet constituée, au sud, d'une bande sur laquelle sont prévus le local poubelles, les stationnements et la voie d'accès, est bordée, à l'ouest, au sud et à l'est par des constructions appartenant à la zone urbanisée du secteur de Saint-Guénolé et s'il ressort notamment des photographies aériennes jointes au dossier de demande de permis de construire que cet espace n'est au moins partiellement plus à l'état naturel, il n'en demeure pas moins que la partie du terrain qui a vocation à accueillir la construction des quatre maisons d'habitation dont la construction a été autorisée par l'arrêté attaqué forme, avec la partie nord du terrain et, plus largement, avec les espaces naturels situés classés en zone naturelle Ns par le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h dans lesquels le terrain s'insère, une unité paysagère non bâtie restée à l'état naturel, uniformément constituée de lande rase. En dépit de sa situation en bordure d'une zone urbanisée, la partie du terrain concernée par la construction des futures maisons d'habitation doit ainsi être regardé comme constituant une partie naturelle du site inscrit " Partie de la côte à Saint-Guénolé ".
10. Il résulte de ce qui précède que, ainsi que le soutient Mme B, cette partie du terrain d'assiette du projet constitue un espace remarquable du littoral au sens des articles L. 121-23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme. En conséquence, seuls des aménagements légers au sens de L. 121-24 de ce code ne peuvent y être autorisés. Or le projet contesté de construction de quatre maisons d'habitation ne saurait être regardé comme constituant un tel aménagement léger, de sorte que la requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Penmarc'h a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 121-23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme en délivrant le permis de construire en litige.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, Mme B est également fondée à soutenir qu'alors que le projet litigieux porte sur la construction de quatre maisons d'habitation situées en espace remarquable du littoral où seuls certains aménagements légers sont autorisés, l'architecte des Bâtiments de France ne pouvait légalement, ainsi qu'il l'a fait le 23 novembre 2020, émettre sur ce projet un avis favorable, même assorti des prescriptions qui ont été reprises dans l'arrêté attaqué.
12. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". Aux termes de l'article L. 600-12-1 du même code : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ".
13. Il résulte de ces dispositions que l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraine pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger. Lorsque le document local d'urbanisme sous l'empire duquel a été délivrée l'autorisation contestée est annulé ou déclaré illégal pour un ou plusieurs motifs non étrangers aux règles applicables au projet en cause, la détermination du document d'urbanisme au regard duquel doit être appréciée la légalité de cette autorisation obéit, eu égard aux effets de la règle posée à l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, aux règles suivantes : dans le cas où ce ou ces motifs affectent la légalité de la totalité du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée doit être appréciée au regard de l'ensemble du document immédiatement antérieur ainsi remis en vigueur ; lorsque ce ou ces motifs affectent seulement une partie divisible du territoire que couvre le document local d'urbanisme, ce sont les dispositions du document immédiatement antérieur relatives à cette zone géographique qui sont remises en vigueur ; si ce ou ces motifs n'affectent que certaines règles divisibles du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée n'est appréciée au regard du document immédiatement antérieur que pour les seules règles équivalentes nécessaires pour assurer le caractère complet et cohérent du document. S'agissant en particulier d'un plan local d'urbanisme, une disposition du règlement ou une partie du document graphique qui lui est associé ne peut être regardée comme étant divisible que si le reste du plan forme avec les éléments du document d'urbanisme immédiatement antérieur le cas échéant remis en vigueur, un ensemble complet et cohérent. En outre, lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.
14. Le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h, approuvé le 2 avril 2010, classe la partie sud des parcelles d'assiette du projet cadastrées section AB nos 143 à 145 en secteur Ub correspondant à un " type d'urbanisation relativement dense, en ordre continu et occasionnellement en ordre discontinu ", dans une zone U " à vocation d'habitat et d'activités compatibles avec l'habitat " dans laquelle sont autorisées de nouvelles constructions en application de l'article U.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Penmarc'h. Toutefois, si la bande de terrain au sud du terrain d'assiette du projet, classée en secteur Ub par le règlement du plan local d'urbanisme est bordée de plusieurs constructions sur trois de ses côtés et se situe ainsi dans l'enveloppe urbanisée du secteur de Saint-Guénolé, sa partie nord quoiqu'également classée en secteur Ub, ne saurait, eu égard à son caractère naturel et à son implantation au sein de plusieurs zones protégées, ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 10 du présent jugement, être regardée comme intégrée à ce secteur urbanisé, de sorte que la requérante est fondée à soutenir, par la voie de l'exception, que le classement de cet espace par le règlement du plan local d'urbanisme en secteur Ub est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. Ce motif d'illégalité qui n'est pas étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet affecte seulement une partie divisible du territoire que couvre le document local d'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que les documents d'urbanisme locaux antérieurs, et en particulier le plan d'occupation des sols approuvé le 7 mars 1986 et plusieurs fois modifié ensuite, classaient également le terrain d'assiette du projet en zone constructible, de sorte qu'ils sont, de même, entachés d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ce classement. Par suite, c'est au regard des règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme que doit être appréciée la légalité du permis attaqué.
16. D'une part, aux termes de l'article R. 111-17 du règlement du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ". Or il ressort du plan d'élévation sud joint au dossier de demande de permis de construire que la distance entre la construction projetée la plus à l'est du terrain d'assiette et la limite parcellaire est de seulement trois mètres alors que la hauteur au faitage de cette construction est de 9,41 mètres, de sorte que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme.
17. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si le projet porte atteinte à l'environnement naturel ou urbain, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité de l'environnement naturel ou urbain dans lequel le projet est prévu et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur lui. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité de l'autorisation d'urbanisme délivrée, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à ces dispositions.
18. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le terrain d'assiette du projet constitue, notamment à l'endroit de l'implantation des maisons d'habitation projetées, un espace resté à l'état naturel caractérisé par la présence d'une lande rase et intégré à un espace remarquable du littoral le long du rivage au nord. Il est en outre constant que le terrain, intégré au secteur inscrit " Partie de la côte à Saint-Guénolé ", se trouve aux abords et dans le champ de visibilité des roches dites " La Croix ", " Le Saut du Moine " et " Le Rhinocéros " inscrites à l'inventaire. Compte tenu de l'intérêt particulier de ce site, la construction de quatre maisons d'habitation portera nécessairement atteinte, par leur situation et indépendamment de la présence d'autres constructions à l'ouest, au sud et à l'est ainsi que des efforts réalisés par la société pétitionnaire s'agissant de l'aspect extérieur des maisons projetées et de l'aménagement paysager du terrain, au site et au paysage naturel. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
19. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
20. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
21. Les vices affectant le permis de construire identifiés par le présent jugement concernent l'ensemble du projet autorisé et, par suite, ne sont pas susceptibles de faire l'objet d'un permis de régularisation dès lors qu'une mesure de régularisation impliquerait d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel la maire de la commune de Penmarc'h a délivré un permis de construire à la société Aelis Groupe ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du 2 juillet 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la commune de Penmarc'h et la société Aelis Groupe de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
24. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Penmarc'h le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Penmarc'h a délivré un permis de construire à la société Aelis Groupe et la décision du 2 juillet 2021 rejetant le recours gracieux de Mme B sont annulés.
Article 2 : La commune de Penmarc'h versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Penmarc'h et la société Aelis Groupe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune de Penmarc'h et à la société civile Aelis Groupe.
Une copie du présent jugement sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Quimper en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
E. Kolbert
La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026