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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104598

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104598

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LARZUL-BUFFET-LE ROUX & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 septembre et 12 octobre 2021, Mme A B représentée par Me Matel demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Carentoir a mis fin à son stage à compter du 10 mai 2021 ainsi que la décision du 9 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du CCAS de Carentoir la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation : elle n'a pas été positionnée dans un emploi et sur une période de temps suffisante pour lui permettre de faire ses preuves ; les faits qui lui sont reprochés ne permettent pas de caractériser une insuffisance professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, le CCAS de Carentoir, représenté par Me Mlekuz conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 21 octobre 2021

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Allex,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Rugraff, représentant le CCAS de Carentoir.

Considérant ce qui suit :

1. Employée à compter de l'année 2015 par le CCAS de Carentoir dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée, Mme B a été nommée agent technique territorial stagiaire à temps complet à compter du 1er mars 2020 par un arrêté du 17 février 2020 de la présidente du CCAS de Carentoir. Par l'arrêté attaqué du 19 avril 2021, le nouveau président de cet établissement a mis fin au stage de Mme B à compter du 10 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations.

3. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les adjoints techniques territoriaux constituent un cadre d'emplois technique de catégorie C au sens de l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Les adjoints techniques territoriaux sont chargés de tâches techniques d'exécution. / Ils exercent leurs fonctions dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de la voirie et des réseaux divers, des espaces naturels et des espaces verts, de la mécanique et de l'électromécanique, de la restauration, de l'environnement et de l'hygiène, de la logistique et de la sécurité, de la communication et du spectacle, de l'artisanat d'art. () Ils peuvent également exercer des fonctions de gardiennage, de surveillance ou d'entretien dans les immeubles à usage d'habitation relevant des collectivités territoriales et de leurs établissements publics ainsi que des abords et dépendances de ces immeubles. () Ils concourent au maintien de la qualité du service public dans les ensembles d'habitat urbain par des activités d'accueil, d'information et de médiation au bénéfice des occupants et des usagers. ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de poste de Mme B que celle-ci a été affectée dans des fonctions de surveillante de nuit à temps complet. A ce titre elle est chargée d'assurer une surveillance continuelle des résidents durant la nuit, cette mission impliquant selon ce document de " savoir réagir dans les meilleurs délais lors d'une chute ou une angoisse du résident " et de " prendre les dispositions nécessaires quand une situation se présente plus ou moins grave en suivant le protocole se prêtant le mieux au cas d'urgence ", d'entretenir les locaux, les parties communes et le service de lingerie de l'établissement, d'offrir un accompagnement personnalisé en fonction des besoins des résidents pour le coucher (distribution des médicaments préparés par les aides-soignantes) d'apporter une aide total pour la petite toilette et le change des résidents ainsi qu'une aide dans la préparation du petit déjeuner dans la salle de restauration. Le 15 février 2021, dans le cadre de son entretien d'évaluation au titre de l'année 2020 Mme B, à la demande de la directrice par intérim en place depuis le 20 janvier 2021 qui a mentionné ne pas connaître dans leur intégralité les fonctions confiées à l'intéressée, a décrit ses différentes missions, en quantifiant sur un cycle de travail de 10 heures à 1H30 le temps consacré à la distribution des somnifères, à une demi-heure celui consacré à la réponse aux sollicitations des résidents et à 1H30 celui consacré au change des résidents (change des protections, de poche si nécessaire, vidage de montauban, aide pour aller aux toilettes).

6. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du rapport de l'administration annexé à la saisine de la commission administrative paritaire qu'il est reproché à Mme B : une absence d'aide à ses collègues lors du couchage des résidents, une absence régulière de change des protections des résidents la nuit, des irrégularités dans la distribution des médicaments, des relations difficiles avec ses collègues, un nettoyage des couloirs irrégulier, l'utilisation de termes infantilisants envers les résidents lors des transmissions, un comportement inadapté auprès des résidents (perte de patience voire de contrôle) ainsi que le fait d'avoir effectué son travail alors qu'elle était cas contact. Au soutien de ces griefs, qui n'ont été formulés à l'encontre de Mme B, qui les conteste, qu'à compter du 20 janvier 2021, date de prise de fonctions d'une nouvelle directrice par intérim, le CCAS produit quatre attestations émanant de collègues de l'intéressée. Trois de ces attestations sont insuffisamment circonstanciées, concernent des faits dont il n'est pas établi qu'ils se seraient déroulés durant la période de stage ou dont le caractère récurrent n'est pas avéré. Dans la quatrième de ces attestations une collègue de Mme B relate des propos inappropriés tenus par celle-ci sur les résidents, des carences ou une façon de faire inappropriée pour le change des résidents, un nettoyage insuffisant des couloirs de l'établissement, un défaut de surveillance des chambres des résidents le 20 octobre 2020 et une absence de distribution de somnifères à deux des résidents en octobre et en novembre 2020. Toutefois, ce document ne permet pas à lui seul de caractériser une insuffisance professionnelle de Mme B dans les fonctions que son cadre d'emploi lui donne vocation à exercer alors par ailleurs qu'aucune des dispositions précitées du décret du 22 décembre 2006 relatives aux tâches d'exécution pouvant être dévolues aux agents du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux ne prévoit de leur confier des missions d'aide à la personne, lesquelles, quand bien même elles ne représenteraient qu'une faible partie du temps de travail de l'agent ont pour partie fondé l'appréciation portée par le CCAS sur ses capacités professionnelles. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la manière de servir de Mme B aurait révélé une insuffisance professionnelle étant relevé que celle-ci n'a fait l'objet d'aucune évaluation avant la fin du mois de janvier 2021 et que la commission administrative paritaire a émis le 8 avril 2021 un avis défavorable au refus de titularisation de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 avril 2021 doit être annulé, ainsi que par voie de conséquence, la décision du 9 juillet 2021 rejetant le recours gracieux de Mme B.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CCAS de Carentoir la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par le CCAS de Carentoir sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 avril 2021 du président du CCAS de Carentoir est annulé ainsi que le rejet du recours gracieux de Mme B contre cet arrêté.

Article 2 : Le CCAS de Carentoir versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le CCAS de Carentoir sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action social de Carentoir.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La rapporteure,

signé

A. AllexLe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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