vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS HUCHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 10 septembre 2021, 28 novembre 2023 et 9 janvier 2024, Mme A B, représentée par la SCP Huchet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er janvier 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc a mis fin au versement à son profit de l'attribution de l'indemnité de direction commune, la décision de la même directrice du 8 avril 2021 portant fin d'attribution de l'indemnité compensatrice de logement, ainsi que la décision du 13 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc de lui verser l'intégralité des sommes échues au titre de l'indemnité de direction commune depuis le 1er janvier 2021 et au titre de l'indemnité compensatrice de logement depuis le 1er avril 2021 dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée portant fin d'attribution de l'indemnité de direction commune est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de qualification juridique des faits au regard de l'article 4 du décret n° 2018-255 du 9 avril 2018 ;
- elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs individuels ;
- la décision attaquée portant fin d'attribution de l'indemnité compensatrice de logement est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs individuels ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 2-1 du décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010 ;
- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- la privation des indemnités auxquelles elle avait droit lui a causé un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 2 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2023 et 19 février 2024, le centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 1er janvier 2021 portant fin d'attribution de l'indemnité de direction commune sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2002-788 du 3 mai 2002 ;
- le décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010 ;
- le décret n° 2018-255 du 9 avril 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Gallouedec, représentant Mme B, ainsi que celles de Me Emilien, représentant le centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, directrice d'hôpital, a été employée par le centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc à compter du 1er septembre 2005 en qualité de directrice adjointe, chargée des affaires médicales et des actions de coopérations sanitaires. Elle a été placée en congé pour maladie ordinaire du 24 juin 2020 au 24 septembre 2020. Elle a ensuite, entre le 25 septembre 2020 et le 31 mars 2021, utilisé ses droits à congés ordinaires et récupéré les jours placés sur son compte épargne-temps, puis a à nouveau été placée en congé pour maladie ordinaire du 1er au 30 avril 2021. Par des décisions du 1er janvier 2021 et du 8 avril 2021, la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll a mis fin à l'attribution à son profit, d'une part, de l'indemnité de direction commune et, d'autre part, de l'indemnité compensatrice de logement. Par un courriel du 9 avril 2021 suivi d'un courrier daté du 10 mai suivant, Mme B a présenté un recours gracieux d'abord à l'encontre de la première décision du 1er janvier 2021 puis contre les deux décisions des 1er janvier 2021 et 8 avril 2021. Son courrier du 10 mai 2021 présentait également une demande d'indemnisation du préjudice qu'elle estimait avoir subi. Ses recours ont été rejetés par une décision explicite du 13 juillet 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions et la condamnation du centre hospitalier Yves Le Foll à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation d'un envoi recommandé électronique () ou d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli. ". En outre, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
3. Si le centre hospitalier Yves Le Foll soutient que la décision attaquée du 1er janvier 2021, mettant fin au versement au profit de Mme B de l'attribution de l'indemnité de direction commune, a été notifiée à l'intéressée par un courriel du 18 janvier suivant, il n'est pas démontré, notamment par la production d'un accusé de réception de ce courriel, que ce dernier aurait été effectivement remis à la requérante à cette date et aurait ainsi eu pour effet de faire courir le délai de recours contentieux, ce que conteste la requérante. Il ne ressort par ailleurs d'aucune des pièces du dossier que Mme B aurait eu connaissance de la décision en litige du 1er janvier 2021 avant le 9 avril 2021, date du courriel qu'elle produit pour justifier de son recours gracieux et que le centre hospitalier Yves Le Foll ne conteste pas avoir reçu le jour même. Dans ces conditions, le recours gracieux de Mme B ne saurait être regardé comme ayant été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux, de sorte que ses conclusions tendant à l'annulation de la décision en litige du 1er janvier 2021 présentées à la suite de la décision du 13 juillet 2021 rejetant son recours gracieux dans la requête enregistrée au greffe du tribunal le 10 septembre 2021 ne sont pas tardives. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier Yves Le Foll doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 1er janvier 2021 relative à l'indemnité de direction commune :
4. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. () ". Aux termes de l'article 40 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " L'activité est la position du fonctionnaire qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondant à ce grade. ". Aux termes de l'article 10 du décret du 3 mai 2002 relatif au compte épargne temps dans la fonction publique hospitalière : " Les congés pris au titre du compte épargne-temps sont assimilés à une période d'activité au sens de l'article 40 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et sont rémunérés en tant que telle. () ". Un fonctionnaire en congé au titre du compte épargne temps a droit à la même rémunération qu'un fonctionnaire qui exerce effectivement ses fonctions. Il conserve ainsi, outre son traitement, l'indemnité de résidence et le supplément familial de traitement, le bénéfice des indemnités accessoires qu'il recevait avant sa mise en congé, de même que celles qui sont attachées à l'exercice des fonctions.
5. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret du 9 avril 2018 relatif aux modalités d'indemnisation des périodes d'intérim et à l'indemnité de direction commune pour certains personnels de la fonction publique hospitalière : " Lorsqu'une direction commune est créée dans les conditions prévues par l'article 4 du décret n° 2005-920 du 2 août 2005 susvisé, les membres des corps et emplois des personnels de direction et des directeurs des soins perçoivent une indemnité s'ils assurent une ou plusieurs directions communes ou sont membres de l'équipe de direction composant la direction commune. / () ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'en vertu d'une convention de direction commune des centres hospitaliers de Saint-Brieuc et de Lannion-Trestel conclue le 21 février 2018, Mme B a été nommée par un arrêté du 14 août 2018 directrice adjointe au sein de ces établissements. Elle a perçu à ce titre l'indemnité de direction commune prévue par les dispositions de l'article 3 du décret du 9 avril 2018 précité. Pour mettre fin au versement à son profit de cette indemnité, la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée n'assurait plus la fonction de directeur adjoint chargée des affaires médicales et des coopérations sur le site du centre hospitalier de Saint-Brieuc, ni la fonction de coordination de la gestion des compétences et des emplois médicaux du groupement hospitalier de territoire d'Armor. Or alors même qu'elle avait précédemment été placée en congés de maladie et qu'il était acquis selon le centre hospitalier défendeur qu'elle ne réintègrerait pas physiquement cet établissement à la suite de ses congés dès lors qu'elle s'était engagée dans une démarche de reconversion professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme B, qui occupait encore les fonctions de directrice adjointe, bénéficiait d'une pose de jours épargnés sur son compte épargne temps, de sorte qu'il résulte des dispositions citées au point 4 du présent jugement qu'elle avait droit à la même rémunération qu'un fonctionnaire qui exerce effectivement ses fonctions et, ainsi, qu'elle conservait le droit au versement de l'indemnité de direction commune. Il s'ensuit qu'en mettant fin à ce versement à compter du 1er janvier 2021, la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll a commis une erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée du 1er janvier 2021 doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision du 13 juillet 2021 rejetant le recours gracieux de Mme B doit être annulée dans la même mesure.
En ce qui concerne la décision du 8 avril 2021 relative à l'indemnité compensatrice de logement :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. La décision du 8 avril 2021 attaquée vise les textes dont elle fait application, à savoir la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, le décret du 2 août 2005 portant statut particulier des grades et emplois des personnels de direction des établissements mentionnés à l'article 2 (1° et 2°) de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et le décret du 8 janvier 2010 pris en application de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière. Elle relève que Mme B a récupéré les jours accumulés sur son compte épargne temps du 29 octobre 2020 au 31 mars 2021, qu'elle est en arrêt de travail du 1er au 30 avril 2021, et qu'elle a effectué sa dernière garde administrative du 30 mars au 6 avril 2020. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Il s'ensuit que le moyen tiré de son caractère insuffisamment motivé doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 sur les droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, rendu applicable aux fonctionnaires hospitaliers par l'article 77 de la loi du 9 janvier 1986 sur les dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services () ". Aux termes de l'article 41 de la même loi du 9 janvier 1986, le fonctionnaire hospitalier en activité a droit : " 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ". En application de ces dispositions, un fonctionnaire hospitalier en congé de maladie conserve ainsi, outre son traitement ou son demi-traitement, l'indemnité de résidence et le supplément familial de traitement, le bénéfice de la totalité ou de la moitié des indemnités accessoires qu'il recevait avant sa mise en congé, à l'exclusion de celles de ces indemnités qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou qui ont le caractère de remboursement de frais.
11. Par ailleurs, aux termes de l'article 77 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " Les fonctionnaires régis par le présent titre ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général. / Un décret fixe la liste des catégories de fonctionnaires astreints, du fait de leurs fonctions, à résider dans ou à proximité de l'établissement. Les établissements ne pouvant assurer le logement de ces fonctionnaires leur versent une indemnité compensatrice. () ". Aux termes du I de l'article 2 du décret du 8 janvier 2010 pris en application de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires occupant d'une part les emplois des corps et des statuts fonctionnels des personnels de direction et des directeurs des soins des établissements mentionnés à l' article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et d'autre part les fonctions d'administrateur provisoire dans le cadre de l'article L. 6143-3-1 du code de la santé publique bénéficient de concessions de logement par nécessité absolue de service. Ces concessions sont attribuées en contrepartie de la participation de ces personnels aux gardes de direction et des sujétions de responsabilité permanente et de continuité du service public qui leur sont dévolues ". L'article 3 du même décret dispose que : " Les fonctionnaires bénéficiant de concessions de logement par nécessité absolue de service sont logés par priorité dans le patrimoine de l'établissement. / A défaut, lorsque ce patrimoine ne permet pas d'assurer leur logement, ils bénéficient, au choix de l'établissement dont ils relèvent : / ' soit d'un logement locatif mis à leur disposition dans les conditions prévues à l'article 4, dont la localisation est compatible avec la mise en œuvre de gardes de direction ou techniques ; / ' soit d'une indemnité compensatrice mensuelle (), sous réserve que la localisation du logement occupé soit compatible avec la mise en œuvre de gardes de direction ou techniques ". Eu égard à l'objet de l'indemnité compensatrice de logement servie aux fonctionnaires de direction des établissements publics de santé lorsqu'ils ne bénéficient pas de logements par nécessité absolue de service qui est, ainsi qu'il ressort des articles 2 et 3 du décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010, de compenser forfaitairement les charges liées aux fonctions exercées, à leurs conditions d'exercice et à leurs contraintes, cette indemnité, dont l'attribution est conditionnée à ce que le bénéficiaire occupe un logement dont la localisation est compatible avec la mise en œuvre de ses obligations de gardes, est seulement destinée à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions.
12. Il résulte des dispositions citées au points 8 et 9 du présent jugement que dès lors que l'indemnité compensatrice de logement, destinée à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions, est rattachée à l'exercice des fonctions, un fonctionnaire hospitalier qui perçoit cette indemnité n'en conserve pas le bénéfice lorsqu'il est placé en congé pour maladie ordinaire. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée du 8 avril 2021 mettant fin au versement au profit de Mme B de l'indemnité compensatrice de logement à compter du 1er avril 2021, la requérante était placée en congé pour maladie ordinaire, de sorte qu'elle ne remplissait pas les conditions pour continuer à percevoir cette indemnité. Il ne ressort par ailleurs pas des termes de la décision attaquée qu'elle serait fondée sur la circonstance que l'intéressée envisageait alors une reconversion professionnelle. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de qualification juridique des faits doivent être écartés.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée ". Les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la gestion des agents publics, lesquels sont placés dans une situation statutaire et réglementaire, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que lorsqu'elles sont purement recognitives ou lorsqu'elles sont nécessaires pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.
14. Il n'est pas contesté que la décision en litige du 8 avril 2021, qui prévoit la fin du versement à Mme B de l'indemnité compensatrice de logement à compter du 1er avril 2021, a été notifiée à l'intéressée le 13 avril suivant. Cette décision individuelle défavorable, qui comporte une date d'effet antérieure à celle de sa notification alors qu'elle ne constitue ni une décision purement recognitive ni une décision nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de Mme B ou procéder à la régularisation de sa situation, méconnaît ainsi, dans cette mesure, le principe de non-rétroactivité des actes administratifs énoncé au point précédent.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée du 8 avril 2021 doit être annulée en tant qu'elle prévoit une date d'effet antérieure au 13 avril 2021. Par voie de conséquence, la décision du 13 juillet 2021 rejetant le recours gracieux de Mme B doit être annulée dans la même mesure.
Sur les conclusions indemnitaires :
16. Les illégalités retenues aux points 6 et 14 du présent jugement constituent des fautes de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier Yves Le Foll. Mme B soutient que la privation illégale de l'indemnité de direction commune et de l'indemnité compensatrice de logement a entraîné une forte contrainte sur son budget et une forte inquiétude à une période au cours de laquelle elle était fragilisée tant psychologiquement que physiquement, ainsi que le corroborent les congés pour maladie dont elle a fait l'objet entre 2020 et 2021. Le centre hospitalier Yves Le Foll ne conteste par ailleurs pas la matérialité d'un tel préjudice moral. Il y a dans ces conditions lieu d'allouer à Mme B la somme de 500 euros au titre de ce préjudice.
17. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Yves Le Foll doit être condamné à verser à la requérante la somme de 500 euros au titre du préjudice moral subi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
18. L'exécution du présent jugement implique seulement que, sauf changement de circonstance de droit ou de fait, le centre hospitalier Yves Le Foll verse à Mme B, d'une part, la somme due au titre de l'indemnité de direction commune à compter du 1er janvier 2021 pour la ou les périodes au cours desquelles elle n'a pas été versée, en méconnaissance des dispositions et principes énoncés aux points 4, 5, 10 et 11 du présent jugement, notamment hors la ou les périodes au cours desquelles l'intéressée a été placée en congé de maladie ordinaire, et, d'autre part, la somme due au titre de l'indemnité compensatrice de logement pour la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 13 avril 2021. Il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier Yves Le Foll à y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Yves Le Foll le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
21. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme B au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er janvier 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc a mis fin au versement au profit de Mme B de l'indemnité de direction commune est annulée.
Article 2 : La décision du 8 avril 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc a mis fin au versement au profit de Mme B de l'indemnité compensatrice de logement est annulée en tant qu'elle prévoit une date d'effet antérieure au 13 avril 2021.
Article 3 : La décision du 13 juillet 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier Yves Le Foll de Saint-Brieuc a rejeté le recours gracieux de Mme B est annulée dans la même mesure que les annulations prononcées aux articles 1er et 2 du présent dispositif.
Article 4 : Le centre hospitalier Yves Le Foll est condamné à verser à Mme B la somme de 500 euros au titre du préjudice moral subi.
Article 5 : Il est enjoint au centre hospitalier Yves Le Foll de verser à Mme B, sauf changement de circonstance de fait ou de droit, d'une part, la somme due au titre de l'indemnité de direction commune à compter du 1er janvier 2021 pour la ou les périodes au cours desquelles elle n'a pas été versée en méconnaissance des dispositions et principes énoncés aux points 4, 5, 10 et 11 du présent jugement, notamment hors la ou les périodes au cours desquelles l'intéressée a été placée en congé de maladie ordinaire, et, d'autre part, la somme due au titre de l'indemnité compensatrice de logement pour la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 13 avril 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 6 : Le centre hospitalier Yves Le Foll versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier Yves Le Foll.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Poujade, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
A. Poujade
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602914
Le tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté les demandes de M. A... B..., ressortissant tunisien, visant à l’annulation d’un arrêté préfectoral du 8 mai 2026 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans, et d’un arrêté du 12 mai 2026 l’assignant à résidence. Le juge a estimé que les moyens soulevés, tirés notamment de l’incompétence de l’auteur de l’acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions contestées, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602912
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B... contre l'arrêté préfectoral du 5 mai 2026 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et ne révélait pas de défaut d'examen particulier de sa situation. Il a estimé que l'interdiction de retour, fondée sur les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602898
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en référé, a rejeté la demande de M. C... visant à suspendre l'arrêté préfectoral du 23 février 2026 suspendant son permis de conduire pour six mois, ainsi que le refus d'aménagement par un éthylotest antidémarrage. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, erreur d'appréciation, méconnaissance de l'article R. 224-6 du code de la route) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. La condition d'urgence n'a pas été examinée. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602803
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, était saisi par M. B... d’un recours en excès de pouvoir contre des arrêtés du 6 mai 2026 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour et assignation à résidence. Le préfet a toutefois retiré ces arrêtés par un arrêté du 22 mai 2026, rendant la requête sans objet. En conséquence, le tribunal a constaté qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur les conclusions principales de M. B.... Il a néanmoins admis l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et a rejeté sa demande de frais de justice, faute de justificatifs.
01/06/2026