jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104673 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MASCRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Mascrier, demande au tribunal :
1°) de condamner le département du Morbihan à lui verser la somme de 284 300 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision du
10 février 2020 par laquelle son agrément d'assistante maternelle a été retiré, avec capitalisation des intérêts ;
2°) d'enjoindre au département du Morbihan de lui verser cette somme dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 10 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a retiré son agrément d'assistante maternelle est illégale en raison, en premier lieu, de vices de légalité externe tenant à la composition irrégulière de la commission consultative paritaire départementale, à la présence lors de la séance de cette commission d'une personne n'en étant pas membre et, enfin, à l'absence de signature du procès-verbal de séance par le président du conseil départemental et les deux secrétaires de séance ;
- cette décision est également illégale en raison de l'erreur d'appréciation dont elle est entachée ;
- l'illégalité de cette décision est de nature à engager la responsabilité du département du Morbihan ;
- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice financier, correspondant à la différence entre son salaire et le montant de l'allocation chômage d'aide au retour à l'emploi rapportée au nombre de mois restant à courir avant l'expiration de son agrément, préjudice qui s'élève à la somme de 21 816 euros ;
- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice professionnel, correspondant à son revenu mensuel multiplié par le nombre de mois entre la date d'expiration prévue de son agrément et la date du bénéfice de ses droits à la retraite, préjudice qui s'élève à la somme de 252 484 euros ;
- elle est fondée à demander la somme de 10 000 euros au titre de la réparation de son préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A, représentant le département du Morbihan.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B a été agréée le 3 octobre 2002 pour exercer l'activité d'assistante maternelle. Par une décision du 10 février 2020, le président du conseil départemental du Morbihan lui a retiré cet agrément. Par courrier du 27 mai 2021, Mme B a réclamé au département du Morbihan le versement d'une somme de 284 300 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices résultant de l'illégalité alléguée de la décision de retrait d'agrément du 10 février 2020. Cette réclamation a été rejetée par une décision notifiée le
16 juillet 2021.
Sur la légalité de la décision de retrait d'agrément du 10 février 2020 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article
L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. / Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département. ".
3. S'il résulte de ces dispositions que la règle de la parité s'impose pour la composition de la commission consultative paritaire départementale, en revanche, la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés résidant dans le département ne conditionne pas la régularité de la consultation de cette commission, dès lors que ni les dispositions précitées, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations de la commission consultative paritaire départementale à la présence en nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés. En l'espèce, l'arrêté du 9 décembre 2016 du président du conseil départemental du Morbihan relatif à la composition de cette commission prévoit une composition en nombre égal entre représentants, d'une part, du département et, d'autre part, des assistants maternels et familiaux agréés. D'autre part, il n'est ni établi ni allégué que les membres de la commission représentant du département et ceux représentant les assistants maternels et familiaux n'auraient pas été convoqué en nombre égal. La seule circonstance que l'avis de la commission consultative paritaire départementale du
30 janvier 2020, saisie préalablement à l'édiction de la décision attaquée, a été rendu lors d'une séance durant laquelle n'étaient pas présents à parité des représentants du département et des assistants maternels et familiaux agréés n'est pas de nature à entacher l'avis d'irrégularité. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-8 du code de l'action sociale et des familles : " La présidence de la commission est assurée par le président du conseil départemental ou par un représentant qu'il désigne parmi les conseillers départementaux ou les agents des services du département. ". L'arrêté du 9 décembre 2016 du président du conseil départemental du Morbihan relatif à la commission consultative paritaire départementale prévoit que Mme Christine Penhouet, vice-présidente du conseil départemental, est désignée présidente de la commission. Par ailleurs, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le procès-verbal des séances de la commission consultative paritaire départementale doive être signé par le ou les secrétaires de séance. C'est dès lors à bon droit que le procès-verbal a été revêtu de la seule signature de Mme D. Le moyen tiré de ce que le procès-verbal de la séance de la commission consultative paritaire départementale du 30 janvier 2020 est irrégulier faute de comporter la signature du président du conseil départemental et celle des deux secrétaires de séance doit donc, en tout état de cause, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. ". Aux termes de l'article R. 421-3 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ; () 3° Disposer d'un logement dont l'état, les dimensions, les conditions d'accès et l'environnement permettent d'assurer le bien-être et la sécurité des mineurs compte tenu du nombre et, s'agissant d'un candidat à l'agrément d'assistant maternel, de l'âge de ceux pour lesquels l'agrément est demandé. ". Enfin, l'annexe 4-8 du code de l'action sociale et des familles prévoit les critères de l'agrément des assistants maternels par le président du conseil départemental, au nombre desquels figurent la capacité à mesurer les responsabilités vis-à-vis de l'enfant, de ses parents ainsi que des services de protection maternelle et infantile, la capacité à observer une discrétion professionnelle vis-à-vis des tiers, l'acceptation du rôle d'accompagnement, de contrôle et de suivi des services de protection maternelle et infantile, et la connaissance des principales règles légales, réglementaires et conventionnelles régissant la profession.
6. En l'espèce, la décision de retrait d'agrément d'assistante maternelle de Mme B prise le 10 février 2020 est motivée par le manque de professionnalisme de l'intéressée dans ses relations avec les parents et avec les services de protection maternelle et infantile, par son insuffisante aptitude à prendre en compte les besoins de chaque enfant, par son incapacité à observer vis-à-vis des tiers une discrétion professionnelle et par sa méconnaissance de certaines des règles applicables à la profession d'assistante maternelle.
7. S'agissant de la coopération avec les services du département, il ressort des pièces du dossier que Mme B a rencontré le 13 octobre 2014 le médecin de la protection maternelle et infantile (PMI), lequel a proposé la consultation de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) au sujet d'un éventuel retrait de l'agrément en raison, notamment, de difficultés à accepter le rôle d'accompagnement de ses services. A la suite de la consultation de la CCPD le 15 décembre 2014, l'agrément de Mme B a été maintenu avec rappel de ses obligations professionnelles en matière de coopération avec les services départementaux dans leur mission de contrôle, s'agissant notamment des visites inopinées des puéricultrices de la PMI à son domicile. Un courrier lui a de nouveau été transmis au sujet de la nécessaire coopération avec la PMI le 27 novembre 2015, puis les 20 janvier 2017 et 30 octobre 2019. Or, les six visites inopinées réalisées en juillet et novembre 2019 ont été, pour quatre d'entre elles, infructueuses, et il résulte de la note d'information du 10 septembre 2019 que, à l'occasion de la cinquième visite, Mme B, présente à son domicile, n'a pas ouvert sa porte ni répondu aux appels de la puéricultrice. En outre, le bilan d'évaluation, en date du 9 mars 2016 relatif à l'accompagnement imposé à Mme B après la CCPD de 2014, indique qu'elle " a une coopération de façade " et " n'adhère pas à l'accompagnement ". Si la requérante fait valoir que les sollicitations de la PMI à son égard présentent un caractère abusif, aucune pièce du dossier, et notamment pas les attestations de parents dont elle se prévaut, ne permet d'établir que les services départementaux ont exercés à l'encontre de Mme B un contrôle qui excède les missions normales de suivi des pratiques professionnelles des assistantes maternelles.
8. S'agissant de l'obligation de discrétion professionnelle, il ressort des pièces du dossier que la requérante a publié sur son compte personnel sur un réseau social, librement accessible, des critiques véhémentes de l'action des services départementaux ou de parents ayant rompu un contrat passé avec elle. S'agissant, enfin, du respect des obligations légales incombant aux assistantes maternelles, il ressort des pièces du dossier que ses obligations déclaratives lui ont fréquemment été rappelées par courrier depuis 2014, au sujet de l'accueil de nouveaux enfants, d'un changement de domicile ou d'une reprise d'activité après un congé de maladie. Il apparaît en outre que le renouvellement de son agrément en 2017 a été assorti d'un rappel à cet égard. Enfin, les rapprochements réalisés par le département du Morbihan entre les déclarations de Mme B quant aux présences des enfants à son domicile et les données transmises par les parents employeurs dans le cadre du service Pajemploi révèlent plusieurs irrégularités imputables à l'intéressée, consistant en la non-transmission de coupons de présence au département.
9. Ainsi, alors même que l'évaluation du 4 septembre 2017 donne un avis favorable au renouvellement de l'agrément, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'examiner le bien-fondé des autres griefs invoqués à l'appui de la décision attaquée.
10. En dernier lieu, la requérante soutient que l'avis de la CCPD du 30 janvier 2020 est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'une puéricultrice, coordinatrice du dispositif d'accueil du jeune enfant à la PMI, non membre de la CCPD, a participé aux débats devant cette commission. Si l'article 7 du règlement intérieur de la commission prévoit que " afin d'exercer la fonction de secrétariat et d'appui technique, trois agents départementaux sont autorisés, à titre permanent, à participer aux séances de la CCPD " et que ces derniers ne participent pas au vote, il résulte de l'attestation du représentant syndical ayant assisté Mme B lors de la séance du 30 janvier 2020, circonstanciée et dont le contenu n'est pas contesté ni discuté par le département, que la coordinatrice du dispositif d'accueil du jeune enfant à la PMI a joué un rôle actif, par ses interventions et ses questions, dans le déroulement de la séance et la conduite des débats. Le procès-verbal de la séance de la CCPD, qui ne mentionne ni la présence de cette personne ni la teneur de ses interventions au cours des débats, ne permet pas d'établir que la contribution de cette personne aux travaux de la commission s'est bornée à un appui technique ou à une fonction de secrétariat. Dès lors, la présence de cet agent au cours de la séance de la CCPD doit être considérée comme constituant une irrégularité affectant la garantie que représente, pour l'agent, la consultation de la CCPD, et susceptible d'exercer une influence sur l'avis rendu par la commission, alors même que cet avis a été émis à une majorité de cinq voix sur sept. La décision attaquée doit, dès lors, être regardée comme intervenue au terme d'une procédure irrégulière.
Sur la demande indemnitaire présentée par Mme B :
11. L'illégalité d'une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté pour celui qui demande réparation un préjudice direct et certain. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de procédure, il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties et, le cas échéant, en tenant compte du motif pour lequel le juge administratif a annulé cette décision, si la même décision aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière.
12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les manquements mentionnés aux points 6 à 8 de Mme B à ses obligations professionnelles sont matériellement établis et qu'ils justifiaient l'application à cette assistante maternelle de la sanction du retrait de son agrément. Ainsi, le retrait d'agrément à l'origine des préjudices matériel et moral invoqués par
Mme B a pour cause déterminante le comportement fautif de l'agent lui-même et non la faute du département consistant dans l'irrégularité de procédure analysée au point 10, qui n'a par ailleurs causé aucun préjudice spécifique à la requérante. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de celle-ci ne peuvent qu'être rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au conseil départemental du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
A. E
Le président,
signé
G.-V. Vergne
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2104673
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026