vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104684 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DUBREUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 15 septembre 2021, 6 février 2022 et 26 octobre 2023, Mme C B et M. A D, représentés par Me Dubreuil, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de la commune du Tour-du-Parc a délivré à cette commune un permis de démolir un bâtiment, un four, des sanitaires et une dalle sur un terrain situé 41 impasse de Bourgogne, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de la commune du Tour-du-Parc ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par cette commune pour l'aménagement d'une aire de service et de stationnement pour camping-cars sur un terrain situé 41 impasse de Bourgogne ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Tour-du-Parc le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir contre les arrêtés, au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, en leur qualité de voisins immédiats du projet ;
- leur requête n'est pas tardive ;
- les arrêtés qu'ils contestent concernent la même opération d'aménagement et présentent ainsi un lien suffisant pour faire l'objet d'une même requête ;
- le maire ne disposait pas de mandat du conseil municipal pour effectuer les demandes d'autorisations d'urbanisme ;
- le fractionnement des demandes d'autorisation conduit à la méconnaissance par le permis de démolir des dispositions de l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet aurait dû être soumis à étude d'impact et les dispositions réglementaires du code de l'urbanisme qui n'exigent pas la justification d'une étude d'impact lors du dépôt d'un dossier de déclaration préalable de travaux sont inconventionnelles au regard de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 ;
- le projet aurait dû être soumis à une étude d'incidences sur le site Natura 2000 " Rivière de Penerf " en application de l'article L. 414-4 du code de l'environnement ;
- le projet, étant situé en espaces proches du rivage, aurait dû recueillir l'accord préalable du préfet après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article Nl3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article Nl13 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021 et 16 octobre 2023, la commune du Tour-du-Parc, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B et M. D la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens que soulèvent les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Radureau,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubreuil, représentant Mme B et M. D, et de Me Colas, de la SELARL Lexcap, représentant la commune du Tour-du-Parc.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er juin 2021, le maire de la commune du Tour-du-Parc a déposé une demande de permis de démolir un bâtiment, un four, des sanitaires et une dalle sur une parcelle cadastrée section AM n° 212 située 41 impasse de Bourgogne. Le 23 juin 2021, le maire de la commune du Tour-du-Parc a déposé une déclaration préalable de travaux pour l'aménagement d'une aire de service et de stationnement pour camping-cars sur la même parcelle. Par arrêtés des 1er et 22 juillet 2021, le maire a respectivement accordé le permis de démolir à sa commune et ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux. Mme B et M. D, voisins du projet, ont saisi le maire de la commune du Tour-du-Parc le 13 juillet 2021 d'un recours gracieux contre l'arrêté de permis de démolir, qu'il a expressément rejeté le 3 août 2021. Mme B et M. D demandent au tribunal l'annulation des arrêtés des 1er et 22 juillet 2021, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.
2. Un arrêté modificatif de permis de démolir et un arrêté modificatif de non-opposition à déclaration préalable de travaux ont été accordés le 18 novembre 2021 et ont été versés à l'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des autorisations d'urbanisme, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'autorisation initiale.
4. Il y a donc lieu d'examiner la légalité des arrêtés des 1er et 22 juillet 2021 au regard des modifications apportées par les arrêtés du 18 novembre 2021.
En ce qui concerne le moyen tiré du fractionnement illégal des autorisations et de la méconnaissance subséquente de l'article Nl13 du règlement du plan local d'urbanisme :
5. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux articles () R. 431-21 () ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ".
6. Aux termes de l'article 13 de la zone Nl, correspondant à la zone naturelle à vocation de loisirs, du règlement du plan local d'urbanisme : " Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations équivalentes. ".
7. Il ne résulte pas des dispositions combinées des articles R. 431-36 et R. 431-21 du code de l'urbanisme citées au point précédent qu'une demande de déclaration préalable de travaux doive nécessairement valoir demande de permis de démolir. Il s'ensuit que la commune a légalement pu dissocier ses deux demandes.
8. Si, ainsi que le soutiennent les requérants, il résulterait de la dissociation des autorisations sollicitées une méconnaissance par l'arrêté de permis de démolir du 1er juillet 2021 de l'article 13 du règlement de la zone NL du plan local d'urbanisme en tant que les arbres dont il était prévu l'abattage n'étaient pas remplacés, il ressort, en tout état de cause, de l'arrêté de permis de démolir modificatif du 18 novembre 2021 qu'aucun arbre ne sera désormais abattu en exécution de cette autorisation. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté comme devenu inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de mandat du maire pour déposer les demandes d'autorisation d'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : 1° De conserver et d'administrer les propriétés de la commune et de faire, en conséquence, tous actes conservatoires de ses droits ; () 4° De diriger les travaux communaux ; () ". Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ".
10. Il résulte de ces dispositions combinées qu'un maire ne peut solliciter une demande d'autorisation d'urbanisme au nom de sa commune sans y avoir été expressément autorisé par le conseil municipal.
11. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de la commune du Tour-du-Parc n'avait pas délibéré pour autoriser son maire à déposer les demandes de permis de démolir et de déclaration préalable de travaux initiaux. Toutefois, cette omission a été régularisée par la délivrance le 18 novembre 2021 d'un arrêté de permis de démolir modificatif et d'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable modificatif, lesquels ont été sollicités après que le conseil municipal ait autorisé son maire pour ce faire par une délibération du 3 septembre 2021. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'étude d'impact :
12. Aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () c) L'aménagement ou la mise à disposition des campeurs, de façon habituelle, de terrains ne nécessitant pas un permis d'aménager en application de l'article R. 421-19 ; () e) Lorsqu'ils sont susceptibles de contenir de dix à quarante-neuf unités, les aires de stationnement ouvertes au public, les dépôts de véhicules et les garages collectifs de caravanes ; () ". Aux termes de l'article R. 441-9 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " La déclaration préalable précise : a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; c) La nature des travaux ou la description du projet de division ; d) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; e) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement ; f) S'il y a lieu, que les travaux doivent faire l'objet d'une dérogation au titre du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; g) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet relevant de l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. La demande peut ne porter que sur une partie d'une unité foncière. ". Aux termes de l'article R. 441-10 du même code dans sa version applicable au présent litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan sommaire des lieux indiquant les bâtiments de toute nature existant sur le terrain ; c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées. Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés à l'article R. 441-4-1, au a de l'article R. 441-6, aux articles R. 441-6-1 à R. 441-8-1 et au b de l'article R. 442-21. ".
13. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement dans sa version applicable au présent litige : " II.- Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. () ". Aux termes de l'article R. 122-2 du même code : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau (). ". La rubrique 41 du tableau annexé à cet article précise que les " aires de stationnement ouvertes au public, dépôts de véhicules et garages collectifs de caravanes ou de résidence mobiles de loisirs de 50 unités et plus " sont soumis à étude d'impact au cas par cas tandis que la rubrique 42 du même tableau soumet à étude d'impact systématique les " terrains de camping et de caravanage permettant l'accueil de plus de 200 emplacements de tentes, caravanes, résidences mobiles de loisirs ou d'habitations légères de loisirs " et à étude d'impact au cas par cas les " terrains de camping et de caravanage permettant l'accueil de 7 à 200 emplacements de tentes, caravanes, résidences mobiles de loisirs ou d'habitations légères de loisirs " et les " aires naturelles de camping et de caravanage permettant l'accueil de 7 à 30 emplacements de tentes, caravanes ".
14. Il ressort des pièces du dossier de déclaration préalable que le projet consiste en l'aménagement d'une aire de stationnement, composée de 24 emplacements, avec contrôle d'accès par vidéo-surveillance, qui servira principalement de parking pour les camping-cars. Bien que cette aire de stationnement soit équipée de bacs collecteurs de déchets, d'une borne de vidange, d'une borne de recharge en eau et de bornes électriques tous les 4 emplacements et que l'accès repose sur un abonnement payant, ainsi qu'il résulte de la convention domaniale conclue entre la commune du Tour-du-Parc et la société Camping Car Park et du site internet de cette même société, elle ne comprendra aucune installation de confort destinée aux camping-cars permettant une activité touristique ou de loisir de camping et chaque emplacement ne sera pas individuellement desservi par les divers équipements prévus. Dans ces conditions, le projet litigieux doit être regardé comme une aire de stationnement au sens du e) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme cité au point 12. Par conséquent, il ne ressort pas des dispositions combinées des articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme qui lui étaient applicables, que la production d'une étude d'impact était requise. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit que, compte tenu du nombre d'emplacements limité à 24, le projet d'aire de stationnement, qui relève de la rubrique 41 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, se situait en-deçà du seuil de soumission à étude d'impact au cas par cas.
15. Si les requérants doivent être regardés comme se prévalant de l'inconventionnalité des articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme dans leur version applicable au litige au regard de la directive du Parlement et du Conseil du 13 décembre 2011 (n° 2011/92/UE) concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, ils ne précisent pas avec lesquelles de ces dispositions les articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme seraient en contrariété. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas suffisamment d'éléments permettant d'apprécier le bien-fondé de leur moyen. En tout état de cause, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de cette directive faute pour elle de comporter des dispositions suffisamment précises et inconditionnelles.
16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le projet aurait dû être soumis à étude d'impact doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'étude d'incidences Natura 2000 :
17. Aux termes de l'article R. 441-10 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan sommaire des lieux indiquant les bâtiments de toute nature existant sur le terrain ; c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées. Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés à l'article R. 441-4-1, au a de l'article R. 441-6, aux articles R. 441-6-1 à R. 441-8-1 et au b de l'article R. 442-21. ". Aux termes de l'article R. 441-6 du même code applicable aux déclarations préalables de travaux : " () Lorsque la demande ne prévoit pas l'édification, par l'aménageur, de constructions à l'intérieur du périmètre, elle est complétée par : a) Le dossier d'évaluation des incidences du projet sur un site Natura 2000 prévu à l'article R. 414-23 du code de l'environnement, dans le cas où le projet doit faire l'objet d'une telle évaluation en application de l'article L. 414-4 de ce code. Toutefois, lorsque le dossier de demande comporte une étude d'impact, cette étude tient lieu de dossier d'évaluation des incidences Natura 2000 si elle satisfait aux prescriptions de l'article R. 414-23 du code de l'environnement, conformément aux dispositions prévues à l'article R. 414-22 de ce code ; () ". Aux termes de l'article R. 451-6 de ce code applicable aux permis de démolir : " Lorsque la démolition de la construction doit faire l'objet d'une évaluation de ses incidences sur un site Natura 2000 en application de l'article L. 414-4 du code de l'environnement, le dossier joint à la demande comprend en outre le dossier d'évaluation des incidences prévu à l'article R. 414-23 de ce code. ".
18. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après " Evaluation des incidences Natura 2000 " : () 2° Les programmes ou projets d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations ; () / III. - Sous réserve du IV bis, les documents de planification, programmes ou projets ainsi que les manifestations ou interventions soumis à un régime administratif d'autorisation, d'approbation ou de déclaration au titre d'une législation ou d'une réglementation distincte de Natura 2000 ne font l'objet d'une évaluation des incidences Natura 2000 que s'ils figurent : 1° Soit sur une liste nationale établie par décret en Conseil d'Etat ; 2° Soit sur une liste locale, complémentaire de la liste nationale, arrêtée par l'autorité administrative compétente. () / IV bis. - Tout document de planification, programme ou projet ainsi que manifestation ou intervention susceptible d'affecter de manière significative un site Natura 2000 et qui ne figure pas sur les listes mentionnées aux III et IV fait l'objet d'une évaluation des incidences Natura 2000 sur décision motivée de l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article R. 414-19 du même code : " I. - La liste nationale des documents de planification, programmes ou projets ainsi que des manifestations et interventions qui doivent faire l'objet d'une évaluation des incidences sur un ou plusieurs sites Natura 2000 en application du 1° du III de l'article L. 414-4 est la suivante : () 3° Les projets soumis à évaluation environnementale au titre du tableau annexé à l'article R. 122-2 ; () 21° L'occupation d'une dépendance du domaine public d'une personne publique soumise à autorisation au titre de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques lorsque la dépendance occupée est localisée, en tout ou partie, en site Natura 2000 ; () ".
19. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 16 que, n'étant pas soumis à étude d'impact au titre du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code l'environnement, le projet d'aménagement d'une aire de stationnement, autorisé par les arrêtés de permis de démolir et de non-opposition à déclaration préalable des 1er et 22 juillet 2021, ne relève pas des projets soumis à évaluation des incidences sur un site Natura 2000 en application de l'article R. 414-19 du code de l'environnement.
20. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des vues aériennes issues du site internet Géoportail, qu'une infime bande de la parcelle d'assiette du projet est comprise dans le périmètre du site Natura 2000 " Rivière de Penerf ". Compte tenu de la superficie de la parcelle de 3 107 m2, de son caractère déjà construit, de la faible importance du projet et du remplacement des 15 arbres abattus par 32 nouveaux arbres, les requérants, qui se bornent à soutenir sans l'étayer que le projet provoquerait des nuisances sonores et lumineuses ainsi que diverses pollutions, n'établissent pas que le projet serait susceptible d'affecter de manière significative le site " Rivière de Penerf ".
21. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet aurait dû être soumis à une évaluation des incidences Natura 2000 et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'accord préalable du préfet et d'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites :
22. Aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord. () ". Aux termes de l'article L. 121-14 du même code : " L'aménagement et l'ouverture de terrains de camping ou de stationnement de caravanes respectent les dispositions de l'article L. 121-13 relatives à l'extension limitée de l'urbanisation ".
23. Doivent être regardées comme une extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions l'ouverture à la construction de zones non urbanisées ainsi que la densification significative de zones déjà urbanisées.
24. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AM n° 212 accueillait, lors du dépôt des demandes de permis de démolir et de déclaration préalable, une aire de camping utilisée par l'établissement public de santé mentale de Saint-Avé et comprenant un bâtiment d'accueil, des sanitaires, un four et une dalle bétonnée. Par ailleurs, cette parcelle s'inscrit en continuité d'une zone pavillonnaire relativement dense classée en zone UC par le plan local d'urbanisme, correspondant à un secteur d'urbanisation périphérique existante avec forte présence végétale destiné à accueillir de l'habitat et des activités compatibles. Dans ces conditions, l'aménagement de 24 emplacements de stationnement sur un terrain dont les constructions vont être démolies n'emporte aucune imperméabilisation des sols et n'est pas de nature à modifier de manière importante les caractéristiques de secteur. Il ne saurait dès lors être regardé comme une extension de l'urbanisation au sens de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme de sorte que le moyen tiré de ce que l'accord du préfet et l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites n'auraient pas été obtenus doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Nl3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
25. Aux termes de l'article Nl3 du règlement du plan local d'urbanisme : " •Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès à une voie publique ou privée soit directement, soit par l'intermédiaire d'un droit de passage carrossable de 3,5 mètres de largeur minimum. Toutefois, cette largeur peut être réduite si les conditions techniques, urbanistiques et de sécurité le permettent. •Les réseaux de voirie doivent être adaptés aux usages qu'ils supportent, pour leurs dimensions, leurs formes et leurs caractéristiques techniques. •Le long des voies du domaine public, pour des raisons de sécurité et de fluidité du trafic, les débouchés directs doivent être limités. ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
26. Il ressort des pièces du dossier que l'impasse de Bourgogne qui dessert la parcelle d'assiette du projet présente une largeur comprise entre 4 et 5 mètres. Si les véhicules des habitants de cette impasse sont susceptibles d'être stationnés le long de la voie et d'empiéter sur celle-ci, il ressort des photographies versées au dossier que l'impasse présente des conditions de visibilité satisfaisantes et un accotement suffisamment large pour permettre le croisement des véhicules sans risque pour la sécurité publique, la vitesse de circulation étant, par ailleurs, limitée à 30 km/h sur l'ensemble du territoire de la commune. Le caractère giratoire de l'aire de stationnement permettra aux camping-cars d'effectuer leur manœuvre sans qu'il n'en résulte des difficultés de circulation dans l'impasse de Bourgogne. Enfin, compte tenu de l'emplacement de l'aire de stationnement, il ne ressort pas des pièces du dossier que les camping-cars aient vocation à emprunter la partie de l'impasse de largeur plus faible menant au littoral. Dans ces conditions, et en dépit de l'absence d'avis du service départemental d'incendie et de secours, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les conditions de desserte de la parcelle d'assiette du projet méconnaîtraient les dispositions de l'article Nl3 du règlement du plan local d'urbanisme et seraient de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme :
27. Aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages. ". Aux termes de l'article L. 121-24 du même code : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 121-4 de ce code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : () 5° Les marais, les vasières, les tourbières, les plans d'eau, les zones humides et milieux temporairement immergés ; () Lorsqu'ils identifient des espaces ou milieux relevant du présent article, les documents d'urbanisme précisent, le cas échéant, la nature des activités et catégories d'équipements nécessaires à leur gestion ou à leur mise en valeur notamment économique. ".
28. Si les requérants critiquent le classement en zone Nl, correspondant à une zone naturelle à vocation de loisirs, de la parcelle litigieuse qui aurait dû être, selon eux, classée en zone Nds, correspondant à une zone naturelle composée d'espaces terrestres et marins, à l'instar des parcelles qui la bordent à l'est compte tenu de son caractère d'espace remarquable du littoral, il ne ressort pas du schéma de cohérence territoriale de Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération que la parcelle aurait été classée en espaces remarquables pressentis. Par ailleurs, ni la proximité de la parcelle avec le Marais de Bourgogne classé en espace remarquable, ni la circonstance qu'une infime partie de la parcelle serait située dans le périmètre du site Natura 2000 " Rivière de Penerf ", ne sont de nature à établir que la parcelle d'assiette du projet présenterait elle-même les caractéristiques d'un espace remarquable du littoral au sens des dispositions citées au point précédent alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a déjà supporté des constructions, qu'elle constitue un espace intermédiaire entre une zone pavillonnaire à l'ouest et une zone naturelle à l'est et qu'elle est relativement éloignée du Marais de Bourgogne. Par suite, les requérants, qui n'établissent pas que le terrain du projet serait caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral ou que sa préservation serait nécessaire au maintien des équilibres biologiques, ne sont pas fondés à soutenir que le classement en zone Nl de cette parcelle méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Nl13 du règlement du plan local d'urbanisme :
29. Aux termes de l'article Nl13 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations équivalentes. Les aires de stationnement et les surfaces libres de constructions ou chaussées doivent être plantées par au moins un arbre de haute-tige par 100 m² de terrain. () ".
30. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la plantation de 32 arbres, outre le maintien de 43 des 58 arbres existants sur la parcelle, qui présente une superficie de 3 107 m2. Dans ces conditions, le nombre d'arbres est conforme aux dispositions de l'article Nl13 du règlement du plan local d'urbanisme citées au point précédent.
31. D'autre part, aucune disposition du code de l'urbanisme n'impose que soit précisée au stade du dossier de demande d'autorisation l'essence des arbres dont le projet prévoit la plantation. En tout état de cause, il n'est pas établi que la commune, qui a précisé dans la notice architecturale du dossier de déclaration préalable que les 15 arbres supprimés seront remplacés par " la plantation de nouveaux arbres, conformément à l'article NL 13 du plan local d'urbanisme ", n'entendrait pas planter des arbres d'essence équivalente à ceux abattus.
32. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Nl13 du plan local d'urbanisme doit être écarté.
33. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté de permis de démolir du 1er juillet 2021 et de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 22 juillet 2021, tels que modifiés par les arrêtés du 18 novembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune du Tour-du-Parc, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B et M. D la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
35. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B et M. D la somme demandée par la commune du Tour-du-Parc en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune du Tour-du-Parc présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et M. A D ainsi qu'à la commune du Tour-du-Parc.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
C. Radureau
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Bozzi
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026