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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104848

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104848

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationVice-Président 6 ème chambre
Avocat requérantCOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 septembre 2021 et 8 juin 2022, Mme A D, représentée par Me Collet, demande au tribunal !:

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a suspendu son permis de conduire pour une durée de huit mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- porte une atteinte à ses droits et libertés d'aller et venir permettant notamment d'accéder aux soins, qui n'est pas justifiée par les nécessités de l'ordre public alors que le préfet pouvait décider de restreindre son droit à conduire aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué anti-démarrage par éthylotest électronique ; elle souffre en effet de plusieurs pathologies qui nécessitent un suivi médical rigoureux et régulier, elle habite dans une commune dépourvue de transports en commun, son compagnon travaille à Nanterre et n'est donc pas en mesure de la conduire à ses rendez-vous ; elle est également propriétaire d'un cheval depuis dix-huit ans dont elle s'occupe et qui est en pension à une vingtaine de kilomètres de son domicile et qui l'aide fortement dans son suivi médical ;

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire alors qu'il s'agit d'une mesure de police ;

- est insuffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu l'ordonnance du 29 septembre 2021 du juge des référés, n°2104849 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Collet, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 juillet 2021, Mme D a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction au code de la route pour conduite en état alcoolique. Après un dépistage qui s'est révélé positif, elle a fait l'objet d'une rétention immédiate de son permis de conduire. Par une décision du 26 juillet 2021, pris sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, le préfet du Morbihan a prononcé la suspension du permis de conduire pour une durée de huit mois. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Madame E B, directrice des sécurités de la préfecture du Morbihan. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté préfectoral du 7 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département du Morbihan, a l'effet de signer notamment les suspensions administratives des permis conduire, les invalidations des permis de conduire, les décisions d'inaptitude après avis de la commission médicale et les décisions de restrictions de droits à conduire (conduite avec éthylo-test antidémarrage). Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en ait pas titulaire (). " Et aux termes de l'article R. 224-6 du même code : " Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a fait l'objet d'un prélèvement sanguin à le 20 juillet 2021 à 17h20 lors d'une opération de contrôle des véhicules, que le résultat de l'analyse a révélé un taux d'alcool de 3,20 g/l. Elle a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire. Cette infraction ayant conduit à une suspension de son permis de conduire pour une durée de huit mois. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité de l'infraction commise et des antécédents de la requérante, ayant fait l'objet de précédentes suspensions de permis de conduire et diverses autres infractions au code de la route, l'intéressée qui ne justifie pas de l'impossibilité de prévoir temporairement de nouvelles modalités d'organisation notamment en se faisant véhiculer par des tiers pour se rendre à ses divers rendez-vous médicaux ou au haras où son cheval se trouve en pension, ne peut se prévaloir d'une atteinte excessive à ses droits et libertés d'aller-et-venir. Par suite, la requérante n'établit pas que le préfet du Morbihan aurait porté à son droit d'aller et venir une atteinte disproportionnée au regard des exigences de la sécurité publique. Dès lors, le moyen tiré d'un excès de pouvoir du préfet du Morbihan ne peut qu'être rejeté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non-mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

6. La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 ou de l'article L. 224-7 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière, organisée par ces textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter ses observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

7. En l'espèce, le préfet du Morbihan a suspendu un permis de conduire de Mme D sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route au motif des risques que le comportement de la requérante peut faire encourir à la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et d'elle-même pour avoir conduit un véhicule avec un taux d'alcoolémie de 3,20 milligrammes par litre d'air expiré. En faisant valoir que l'intéressée a déjà fait l'objet d'une mesure pour le même motif, le préfet n'a pas commis d'irrégularité en suspendant le permis de conduire de la requérante pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique, sans l'avoir préalablement mis à même de présenter des observations dans les conditions prévues par les articles L. 121-1, L. 121-2, L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que son imprégnation alcoolique a été avérée. En outre, le préfet du Morbihan doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d'urgence ne lui permettant pas de respecter la procédure contradictoire prévue par les articles précités du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs applicable en l'espèce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision du 20 juillet 2017 vise les dispositions du code de la route, notamment les articles L. 224-7 à L. 224-9, R. 221-13 applicables en l'espèce et relève que Mme D a fait l'objet d'un procès-verbal pour avoir commis, le 20 juillet 2021, à 17h20 sur le territoire de la commune de Allaire, une infraction punie par le code de la route d'une peine complémentaire de suspension du permis de conduire pour avoir conduit avec un taux d'alcoolémie de 3,20 milligrammes par litre d'air expiré. Elle précise également que la conductrice présente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et d'elle-même. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 224-6 du code de la route : " I.- Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. ".

10. Si la requérante fait valoir que le préfet aurait dû accepter sa demande d'installation sur son véhicule un dispositif homologué d'antidémarrage par éthylotest électronique, il résulte des dispositions sus rappelées que cette installation est une possibilité offerte au préfet lequel a estimé que, vu la dangerosité de la requérante, un tel dispositif n'était pas pertinent. Par suite le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article R 224-6 du code de la route doit être écarté.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le président-rapporteur

Signé

G. CLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

N° 21048481

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