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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104900

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104900

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJARRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Jarry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle le préfet de la région Bretagne lui a infligé une amende administrative de 500 euros, a suspendu sa licence nationale de pêche à la coquille Saint-Jacques pendant une semaine et son titre de capitaine pendant deux semaines ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 160 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît le principe d'impartialité ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le contrôle n'a pas été mené de manière contradictoire ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure en ce que les obligations relatives à l'inspection ont été méconnues ;

- il n'est pas justifié du contrôle de l'instrument de mesure ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les principes de proportionnalité et de personnalité des peines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement CE n° 1005/2008 du conseil du 29 septembre 2008 ;

- le règlement CE n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 ;

- le règlement d'exécution n° 404/2011 de la Commission européenne du 8 avril 2011 ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon ;

- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Un navire dont le patron armateur est M. B a fait l'objet d'un contrôle de la direction des affaires maritimes des Côtes d'Armor le 11 janvier 2021, qui a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal d'infraction le même jour pour " Pêche maritime d'une espèce dans une zone où sa pêche est interdite ". M. B a été informé de l'engagement d'une procédure pouvant conduire à une sanction administrative par courrier du 15 février 2021. Au terme de cette procédure, le préfet de la région Bretagne lui a, par une décision du 7 septembre 2021, infligé une sanction de 500 euros, et a suspendu sa licence nationale de pêche à la coquille Saint-Jacques pendant une semaine et son titre de capitaine pendant deux semaines. C'est la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées et sous réserve de l'article L. 946-2, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : / 1° Une amende administrative égale au plus : / a) A cinq fois la valeur des produits capturés, débarqués, transférés, détenus, acquis, transportés ou mis sur le marché en violation de la réglementation, les modalités de calcul étant définies par décret en Conseil d'Etat ; / b) A un montant de 1 500 € lorsque les dispositions du a ne peuvent être appliquées. / () 2° La suspension ou le retrait de toute licence ou autorisation de pêche ou titre permettant l'exercice du commandement d'un navire délivré en application de la réglementation ou du permis de mise en exploitation () ".

3. Les sanctions administratives décidées, en application des dispositions précitées, par la direction interrégionale de la mer, qui n'a pas la nature d'une juridiction, ne sont pas prononcées par un tribunal au sens du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, la sanction administrative intervient après une procédure contradictoire, dans le respect du principe des droits de la défense et peut ensuite être soumise au contrôle de plein contentieux des juridictions administratives, dans le respect des principes d'indépendance et d'impartialité. Par suite, nonobstant la circonstance que l'autorité ayant prononcé la sanction soit également celle qui a dirigé les contrôles, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité des juridictions garanti par l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et par les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

4 En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement CE n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 : " Les définitions du règlement (CE) n° 2371/2002 s'appliquent aux fins du présent règlement. Les définitions ci-après s'appliquent également. On entend par : () / " 4) - " inspection ", toute vérification effectuée par des agents en ce qui concerne le respect des règles de la politique commune de la pêche et qui est et est consignée dans un rapport d'inspection ; / 5) - " surveillance ", l'observation des activités de pêche fondée sur les observations réalisées par des navires d'inspection ou par des avions officiels et au moyen de méthodes de détection et d'identification techniques ; ". Aux termes du 4e paragraphe qui figure au titre VI, relatif à la surveillance, de l'article 71 du règlement CE n° 1224/2009 : " Si un agent d'un État membre observe ou détecte un navire de pêche exerçant des activités qui peuvent être considérées comme une infraction aux règles de la politique commune de la pêche, il établit sans tarder un rapport de surveillance et l'envoie à ses autorités compétentes. ". Aux termes de l'article 92 du règlement d'exécution n° 404/2011 de la Commission européenne du 8 avril 2011 : " Les rapports de surveillance visés à l'article 71, paragraphes 3 et 4, du règlement de contrôle sont établis conformément à l'annexe XXIII du présent règlement. " Enfin, aux termes de l'article L. 946-5 du code rural et de la pêche maritime : " Les intéressés sont avisés au préalable des faits relevés à leur encontre, des dispositions qu'ils ont enfreintes et des sanctions qu'ils encourent. L'autorité compétente leur fait connaître le délai dont ils disposent pour faire valoir leurs observations écrites et, le cas échéant, les modalités s'ils en font la demande selon lesquelles ils peuvent être entendus. Elle les informe de leur droit à être assisté du conseil de leur choix. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'en matière de surveillance, les règlements européens imposent seulement l'établissement d'un rapport de surveillance, dont les règles de communication sont régies à l'article L. 946-5 du code rural et de la pêche maritime.

5. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal d'infraction du 11 janvier 2021 a été dressé par un agent de l'unité littorale des affaires maritimes des Côtes-d'Armor dans le cadre d'une mission de survol aérien de la baie de Saint-Brieuc au cours de laquelle il a constaté, au moyen de méthodes de détection et d'identification, que le navire de M. B pêchait la coquille Saint-Jacques dans une zone et à une période où elle est interdite. Il s'ensuit que la sanction prononcée à l'encontre de l'intéressé ne fait pas suite à une inspection, mais résulte d'une mission de surveillance, telle que définie par l'article 4 du règlement CE n° 1224/2009 et régie par les articles 92 et suivants du règlement d'exécution CE n° 404/2011 de la Commission européenne du 8 avril 2011. Dès lors, le moyen tiré de ce que la violation des dispositions relatives aux missions d'inspection prévues aux articles 115 et suivants du même règlement d'exécution aurait rendu la procédure irrégulière est inopérant en l'absence d'inspection. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des obligations relatives à l'inspection, telles que prévues au titre IV du même règlement.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'avion F-HUMM qui a permis d'effectuer la surveillance est doté de deux GPS de la marque Garmin qui disposent de leurs calculateurs respectifs. En outre, le certificat d'examen de navigabilité délivré le 6 avril 2020 suffit, sauf preuve contraire, à attester la conformité de cet avion et de ses équipements aux exigences techniques requises pour naviguer. En se bornant à invoquer, de manière générale, les dispositions de l'article 2 du décret du 3 mai 2001 relatif au contrôle des instruments de mesure imposant à tout utilisateur d'assurer le bon entretien et le fonctionnement correct des instruments de mesure qu'il utilise, le requérant n'établit, ni que le GPS utilisé pour identifier sa position aurait été défectueux, ni qu'il aurait été utilisé dans des conditions ne permettant pas de tenir pour exactes les indications de position ainsi recueillies. Par suite, le moyen tiré de l'absence de justification du contrôle du GPS utilisé qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 942-1 du code rural et de la pêche maritime : " I. ' Sans préjudice des compétences des officiers et agents de police judiciaire, sont habilités à rechercher et à constater les infractions prévues et réprimées par le présent livre : () / 6° Les agents mentionnés aux 1° à 6° du I de l'article L. 205-1. " et du 6° du I de l'article L. 205-1 du même code : " () Sont également habilités à rechercher et à constater ces infractions lorsqu'elles concernent l'élevage, la pêche et la commercialisation des coquillages, les administrateurs, officiers du corps technique et administratif des affaires maritimes, ainsi que les fonctionnaires affectés dans les services exerçant des missions de contrôle dans le domaine des affaires maritimes sous l'autorité ou à la disposition du ministre chargé de la mer. ". Enfin, aux termes de l'article L. 942-11 du même code : " Les procès-verbaux signés par les agents mentionnés aux articles L. 942-1 et L. 942-2 font foi jusqu'à preuve contraire. ".

8. Les faits reprochés à M. B ont été consignés dans un procès-verbal dressé le 11 janvier 2021 par un contrôleur des affaires maritimes, habilité, en vertu des dispositions précitées, à constater une infraction à la réglementation en matière de pêche. Ce procès-verbal mentionne que, le 11 janvier 2021 à 11h07, un survol aérien de la baie de Saint-Brieuc par un avion équipé d'un système de navigation par double GPS a permis de localiser le navire appartenant à M. B dans le secteur 3 du gisement de coquilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc en baie de Saint-Brieuc avec un sillage caractéristique de navire pratiquant les arts traînants, alors que ce secteur est fermé à la pêche de la coquille Saint-Jacques depuis le 27 octobre 2020. Une descente rapide à la verticale du navire à 11h09 a permis de constater qu'à cette heure, les funes reliant les dragues au navire étaient descendues dans l'eau, les dragues n'étant pas visibles, et que de multiples sacs de coquilles Saint-Jacques étaient entreposés sur le pont. A 11h11, il a été constaté que les dragues à coquilles Saint-Jacques étaient en cours de remontée. En application de l'article L. 942-11 précité du code rural et de la pêche maritime, un tel document fait foi jusqu'à preuve du contraire, même s'il n'a pas été établi sur le lieu de l'infraction.

9. Si le requérant conteste s'être trouvé dans cette zone le 11 janvier 2021, en faisant valoir que son bateau pêchait alors dans la baie de Saint-Malo, il n'apporte, à l'appui de cette allégation, pas le moindre élément de preuve permettant de justifier de la localisation de son embarcation. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas la présence sur le pont de son bateau de sacs de coquilles Saint-Jacques. Enfin, s'il affirme que ses dragues étaient entièrement remontées à 11h11, ce qui serait, selon lui, de nature à démontrer qu'elles étaient à une profondeur superficielle deux minutes plus tôt, ces allégations ne sont pas davantage étayées, le procès-verbal ayant relevé, au contraire, que les dragues étaient encore immergées. Ainsi, le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les énonciations du procès-verbal d'infraction à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits à l'origine de la sanction doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes du 1-c) de l'article 3 du règlement CE n° 1005/2008 du 29 septembre 2008 : " Un navire de pêche est présumé pratiquer la pêche INN [illicite non déclarée et non réglementée] s'il est démontré qu'il a, en violation des mesures de conservation et de gestion applicables dans la zone d'exercice de ces activités: () / c) pêché dans une zone d'interdiction, au cours d'une période de fermeture, en dehors de tout quota ou une fois le quota épuisé, ou au-delà d'une profondeur interdite ; () ". Aux termes du 1-a) de l'article 42 du même règlement : " 1. Aux fins du présent règlement, on entend par infractions graves : / a) les activités considérées comme de la pêche INN conformément aux critères établis à l'article 3 ; () ". Enfin, aux termes du 1er alinéa de l'article 44 du même règlement : " Les États membres veillent à ce que les personnes physiques ayant commis une infraction grave ou les personnes morales reconnues responsables d'une telle infraction fassent l'objet de sanctions administratives efficaces, proportionnées et dissuasives. ".

11. Il résulte, d'une part, des termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime précité que l'autorité administrative a la possibilité d'infliger une ou plusieurs sanctions pour la même infraction et, d'autre part, des dispositions combinées des articles 3 et 42 précités du règlement CE n° 1005/2008 du 29 septembre 2008, que la pêche d'une espèce dans une zone et à une période où elle est interdite est constitutive d'une infraction grave. Si le requérant évoque les conséquences financières importantes de la sanction prononcée à son encontre, ni l'amende de 500 euros ni la suspension de son droit de pêche à la coquille pendant une semaine et de sa possibilité de naviguer pendant deux semaines ne le privent de la possibilité de se faire remplacer pendant cette dernière période. Au demeurant, la situation économique de M. B a déjà été prise en compte dans le cadre de la procédure contradictoire, la sanction prononcée le 7 septembre 2021 étant inférieure à celle initialement envisagée lors de l'engagement de la procédure. Dans ces circonstances, eu égard aux manquements retenus, qui présentent un caractère de gravité certain, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure de sanction prononcée à son encontre serait contraire au principe de personnalité des peines, ni qu'elle serait disproportionnée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de sanction prononcée le 7 septembre 2021 par le préfet de la région Bretagne.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement par M. B.

DÉCIDE:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au directeur interrégional de la mer Nord Atlantique-Manche Ouest et au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

V. GourmelonLe président,

Signé

E. Kolbert

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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