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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104917

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104917

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LAUDRAIN ET GICQUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2021 et 7 mars 2022, M. A B, représenté par Me Lahalle, de la SELARL LEXCAP, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle le président de la Fédération départementale des chasseurs du Finistère ne lui a pas accordé le droit de prélever des chevreuils sur son territoire de chasse situé à Rédéné et Quimperlé, ainsi que la décision qui a rejeté son recours gracieux le 20 août 2021 ;

2°) d'enjoindre à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère de lui accorder l'autorisation de prélever cinq chevreuils sur son territoire de chasse situé à Rédéné et Quimperlé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le président de la Fédération départementale des chasseurs du Finistère a commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 425-6 du code de l'environnement ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle méconnaît le principe d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, la Fédération départementale des chasseurs du Finistère, représentée par Me Gicquel, de la SCP Gicquel-Desprez, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de M. B.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 11 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à l'égard de la décision du 17 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Berre ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de Me Levêque, de la SELARL LEXCAP, représentant M. B et de Me Desprez, de la SCP Gicquel-Desprez, représentant la Fédération départementale des chasseurs du Finistère.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la saison cynégétique 2021-2022, M. B a demandé à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère l'autorisation de prélever cinq chevreuils sur son territoire de chasse situé à Rédéné et Quimperlé. Par une décision du 17 mai 2021, le président de cette fédération a refusé de faire droit à la demande de M. B, lequel a formé contre cette décision, le 2 juin 2021, un recours administratif rejeté par une décision du 20 août 2021 notifiée le 25 août 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 17 mai 2021 et de la décision de rejet de son recours administratif.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-9 du code de l'environnement : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la décision du 20 août 2021 de la Fédération départementale des chasseurs du Finistère, prise sur le recours administratif préalable obligatoire formé par M. B, contre la décision du 17 mai 2021 s'est substituée à cette dernière. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 mai 2021 sont donc irrecevables.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le recours administratif préalable de M. B a été formé dans le délai de recours contentieux courant à compter de la notification de la décision du 17 mai 2021. En l'absence de réponse de l'administration dans un délai d'un mois, une décision implicite de rejet est née. Toutefois, l'intervention et la notification, les 20 et 25 août 2021, d'une décision explicite de rejet, avant que la décision implicite de rejet ne soit devenue définitive, ont rouvert le délai de recours contentieux qui n'était pas expiré lorsque la requête a de M. B a été enregistrée le 29 septembre 2021. La fin de non-recevoir soulevée à cet égard par la Fédération départementale des chasseurs du Finistère doit donc être écartée.

Sur la légalité de la décision du 20 août 2021 :

6. Aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'environnement : " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques. () ".

7. Il résulte des pièces du dossier que M. B est propriétaire d'un territoire de chasse d'une superficie totale d'environ 320 hectares sur les territoires des communes de Quimperlé et de Rédéné et qu'il disposait, depuis au moins trois années, du droit de prélever des chevreuils à concurrence de deux bracelets. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration de son territoire aurait empêché M. B de remplir ses obligations en matière de chasse au cours de ces années. En se bornant à opposer, sans autre explication, le morcellement de son territoire pour lui refuser toute autorisation de prélèvement au titre de la saison cynégétique 2021/2022, la Fédération départementale des chasseurs du Finistère doit être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation et que la décision du 20 août 2021 doit être annulée, pour ce seul motif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. A la date du présent jugement, il est constant que la saison cynégétique 2021-2022 est entièrement achevée et par suite, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la Fédération départementale du Finistère la somme que celle-ci demande au titre des frais non compris dans les dépens.

)D É C I D E :

Article 1 : La décision du 20 août 2021 par laquelle le président de la Fédération des chasseurs du Finistère a refusé d'accorder à M. B le droit de prélever des chevreuils sur son territoire de chasse situé à Rédéré et Quimperlé est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la Fédération départementale des chasseurs du Finistère présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure

signé

A. Le Berre

Le président

signé

E. Kolbert

La greffière

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104917

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