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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104932

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104932

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEGIOVANNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre 2021 et 22 septembre 2022, M. H A G, représenté par Me Degiovanni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence à défaut pour sa signataire de justifier d'une délégation de signature régulière ;

- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant comorien, a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français dans le cadre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet du Morbihan du 7 juin 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Morbihan, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de délivrance de carte de séjour temporaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Ces dispositions ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour, qui est prise en réponse à une demande formulée par l'étranger intéressé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure commis en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Morbihan a rejeté la demande de titre de séjour de M. A G sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs notamment que l'intéressé n'apporte pas de preuve de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son fils C depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, qu'il ne produit aucune décision de justice relative à la contribution et à l'entretien de cet enfant, que la décision de refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de son enfant alors qu'il n'est pas établi qu'ils entretiennent des relations affectives et que, ainsi, cette décision ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de cet enfant. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Si le préfet du Morbihan souligne dans son arrêté que M. A G n'a présenté une reconnaissance de paternité de son fils français C que treize ans après la naissance de ce dernier et que l'intéressé a déclaré que cela tombait bien que la mère de son fils soit française et que sa reconnaissance de paternité pourrait lui permettre d'obtenir un titre de séjour, le préfet n'a pas pour autant reproché à l'intéressé d'avoir frauduleusement présenté une telle reconnaissance. Il est dès lors constant que M. A G doit être regardé comme le père de l'enfant C H, qui était encore mineur à la date à laquelle l'intéressé a présenté sa demande de titre de séjour.

8. Il ressort cependant du procès-verbal d'entretien dressé le 27 novembre 2020 par le référent fraude départemental, signé par M. A G, que celui-ci a notamment déclaré ne pas verser une pension alimentaire à son fils et ne contribuer à son entretien qu'occasionnellement quand son cousin ou sa compagne lui donne de l'argent mais ne pas être en mesure de le prouver dès lors qu'il paie tout en espèce. Il ne prouve à l'instance avoir effectivement versé de l'argent à la mère de son enfant, qu'entre mai et novembre 2020, l'attestation de son fils C confirmant que l'intéressé ne contribue activement à son entretien que depuis l'année 2020, l'intéressé étant seulement, auparavant, parti en vacances avec lui. Dans ces conditions, bien que, contrairement à ce que le préfet du Morbihan a retenu, M. A G justifie contribuer à l'éducation de son fils depuis plus de deux ans, le requérant n'établit pas cependant avoir contribué effectivement à son entretien depuis au moins cette même durée jusqu'à la majorité de son fils intervenue en juin 2021. Par suite, M. A G n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté attaqué, M. A G était présent en France depuis presque dix ans, qu'il vivait en couple avec Mme B, compatriote comorienne titulaire d'une carte de résident, et était pacsé avec celle-ci depuis cinq ans et qu'il a renoué une relation régulière avec son fils de nationalité française depuis cinq ans également. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, l'intéressé ne justifie contribuer effectivement à l'entretien de son enfant que depuis le courant de l'année 2020, soit environ seulement un an à la date de l'arrêté attaqué. Alors que sa compagne ne travaille plus depuis le 31 décembre 2000 selon ses déclarations à la caisse d'allocations familiales, son ménage ne vit, en autarcie, que des allocations familiales et de dons d'argent de proches. Dans ces conditions, le simple refus de titre de séjour opposé à M. A G, qui n'a ni pour effet de modifier ses conditions actuelles de séjour et de subsistance, dans lesquelles il s'est d'ailleurs lui-même placé depuis son entrée irrégulière sur le territoire français, ni pour objet de l'éloigner du territoire français, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au vu des objectifs qu'il poursuit. Cette décision n'ayant également ni pour objet ni pour effet de l'éloigner de son fils C, ni de modifier les conditions actuelles de sa contribution à son entretien et à son éducation, elle n'a pas été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que la décision contestée n'a pas non plus pour objet ou pour effet de l'éloigner de sa compagne ni, encore, de son beau-fils et de sa belle-fille, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux deux points précédents, et particulièrement compte tenu de ce que la décision n'emporte aucune modification de la situation de M. A G au regard des enfants mineurs dont il aurait eu la charge à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A G n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A G doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A G la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A G et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

W. FLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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