mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2105144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 octobre et 18 novembre 2021, et 17 novembre 2022 sous le n° 2105144, M. D I et Mme J F G, représentés par Me Boulais, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le maire de Noyal-sur-Vilaine a accordé à M. A E et à Mme H C un permis de construire pour la transformation d'un garage en habitation sur un terrain situé 34 avenue du Général de Gaulle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Noyal-sur-Vilaine le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué ;
- l'arrêté litigieux est illégal en ce qu'il n'a pas donné lieu à une autorisation de lotir, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Noyal-sur-Vilaine relatif aux accès ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 7.1. du règlement du PLU relatif aux règles de hauteur ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 9 du règlement du PLU relatif aux espaces libres ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 10 du règlement du PLU relatif aux places de stationnement ;
- il méconnaît les dispositions des articles R.111-2 et R.111-5 du code de l'urbanisme ;
- il a été obtenu par fraude.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin et 7 décembre 2022, la commune de Noyal-sur-Vilaine, représentée par Me Le Derf-Daniel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 3 500 euros soit mis à la charge de M. I et de Mme F G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2022, M. A E et Mme H C, représentés par Me Rault, concluent au rejet de la requête et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 2 000 euros soit mis à la charge de M. I et de Mme F G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté et de l'absence d'intérêt à agir des requérants ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre 2021 et 17 novembre 2022 sous le n° 2105949, la SCI P.A.S., représentée par Me Boulais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le maire de Noyal-sur-Vilaine a accordé à M. A E et à Mme H C un permis de construire pour la transformation d'un garage en habitation sur un terrain situé 34 avenue du Général de Gaulle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Noyal-sur-Vilaine le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué ;
- l'arrêté litigieux est illégal en ce qu'il n'a pas donné lieu à une autorisation de lotir, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Noyal-sur-Vilaine relatif aux accès ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 7.1. du règlement du PLU relatif aux règles de hauteur ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 9 du règlement du PLU relatif aux espaces libres ;
- il méconnaît les dispositions de l'article Uv 10 du règlement du PLU relatif aux places de stationnement ;
- il méconnaît les dispositions des articles R.111-2 et R.111-5 du code de l'urbanisme ;
- il a été obtenu par fraude.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin et 7 décembre 2022, la commune de Noyal-sur-Vilaine, représentée par Me Le Derf-Daniel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 3 500 euros soit mis à la charge de la SCI P.A.S. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable, la société requérante ne justifiant pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2022, M. A E et Mme H C, représentés par Me Rault, concluent au rejet de la requête et, en outre, à ce que le versement d'une somme de 2 000 euros soit mis à la charge de de la SCI P.A.S. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté et de l'absence d'intérêt à agir de la société requérante;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Une note en délibéré présentée par la commune de Noyal-sur-Vilaine a été enregistrée le 17 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de Mme Gourmelon ;
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;
- et les observations de Me Boulais, représentant M. D I, Mme J F G et la SCI P.A.S. et de Me Lefeuvre, représentant la commune de Noyal-sur-Vilaine.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 février 2021, M. E et Mme C ont déposé en mairie de Noyal-sur-Vilaine une demande de permis de construire pour la transformation de leur garage en habitation, sur un terrain situé 34 avenue du Général de Gaulle. Par un arrêté du 25 juin 2021, le maire de Noyal-sur-Vilaine leur a accordé le permis de construire sollicité. Par une requête enregistrée sous le n°2105144, M. I et Mme F G demandent l'annulation de cet arrêté. Par une requête enregistrée sous le n° 2105949, la SCI P.A.S demande l'annulation de ce même arrêté. Enfin, par un arrêté du 13 septembre 2022, le maire de Noyal-sur-Vilaine a délivré à M. E et à Mme C un arrêté portant permis de construire modificatif.
2. Les requêtes nos 2105144 et 2105949 sont dirigées contre le même arrêté et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.() ". Aux termes de l'article L. 600-1-3 du même code : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. ".
4. Le permis de construire délivré le 25 juin 2021 à M. E et à Mme C porte sur la construction d'une maison d'habitation sur une parcelle cadastrée AC 677. Pour justifier de leur intérêt à agir, M. I et Mme F G font valoir leur qualité de propriétaires de la parcelle AC 678 jouxtant au nord le terrain d'assiette du projet. Toutefois, à la date du 10 février 2021 à laquelle la demande de permis de construire a été affiché en mairie, les requérants n'étaient pas propriétaires de cette parcelle, qui appartenait alors à la SCI P.A.S, et qu'ils n'ont acquise que le 24 septembre 2021. La circonstance qu'à la date d'affichage de la demande de permis de construire, les requérants s'étaient vu délivrer un permis de construire une maison sur la parcelle AC 678 ne leur a conféré aucun droit à occuper ce terrain, et ne saurait, dès lors, être regardée comme constituant une circonstance particulière justifiant qu'il soit dérogé à la règle selon laquelle l'intérêt à agir s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande de permis. Par suite, M. I et Mme F G ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir à l'encontre de l'arrêté du 25 juin 2021. La requête n° 2105144 doit donc être rejetée comme irrecevable.
5. La SCI P.A.S., propriétaire de la parcelle AC 678 à la date à laquelle la demande de permis a été affichée, justifie en revanche d'un intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre d'un projet de construction qui entraînera la démolition de deux garages existants et la construction d'un bâtiment à un étage d'une hauteur plus élevée, R+1, ce qui modifiera donc la vue depuis la parcelle détenue par la SCI, et dont la conception était, à la date d'affichage de la demande de permis, de nature à réduire la largeur de la servitude de passage dont bénéficient les parcelles AC 677 et 678.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".
7. Si M. E et Mme C soutiennent que le permis de construire délivré le 25 juin 2021 a immédiatement été affiché sur le terrain d'assiette du projet, les trois attestations produites au soutien de leurs allégations ne permettent, ni de démontrer que le document affiché comportait l'ensemble des éléments mentionnés à l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme, ni d'établir le caractère continu de cet affichage pendant une durée de deux mois. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête n° 2105949 serait également tardive doit être écartée.
Sur la légalité du permis attaqué :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de délivrance d'une autorisation de lotir :
8. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle AC 677 appartenant à M. E et Mme C a fait l'objet d'une division cadastrale en deux parcelles AC 710 et 711 selon un plan de division établi le 29 janvier 2021. Toutefois, cette division cadastrale n'entraîne aucune division en propriété ou en jouissance de l'unité foncière. Par suite, cette opération ne peut être regardée comme un lotissement au sens de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté du 25 juin 2021 serait entaché d'illégalité, faute pour les requérants d'avoir obtenu préalablement une autorisation de lotir, doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 12 des dispositions générales du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine :
10. Aux termes de l'article 12 des dispositions générales du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine relatif aux accès : " Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire n'obtienne un passage aménagé sur les parcelles de ses voisins dans les conditions fixées par l'article 686 du code civil et présentant les caractéristiques définies au § 2 voirie ci-dessous ".
11. Le permis de construire, qui a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux pour lesquels l'autorisation est demandée avec les règles d'urbanisme, est délivré sous réserve des droits des tiers. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas d'examiner la conformité du projet aux prescriptions instituées par cette servitude. Au cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier que la parcelle AC 677 qui constitue le terrain d'assiette du projet a un accès direct à l'avenue du Général de Gaulle. Dès lors, cette parcelle ne peut être regardée comme un terrain enclavé inconstructible au sens de l'article 12 précité des dispositions générales du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 25 juin 2021 serait intervenu en méconnaissance de l'article 12 précité doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uv 7.1. du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine :
12. Aux termes de l'article Uv 7.1. du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine relatif à la hauteur des constructions à l'égout ou à l'acrotère : " Les constructions nouvelles ne pourront dépasser les caractéristiques suivantes : / Type de toiture En pente (sauf cas particuliers - cf. art. 8.3.) / (Nombre de niveaux droits R +1 / Hauteur à l'égout du toit ou à l'acrotère 6,50 m. B construction élevée au-delà de la hauteur à l'égout devra s'inscrire dans le volume enveloppe défini par des plans à 45° partant de l'égout du toit, et ce, dans la limite d'un seul étage. Les combles pourront être aménagés. () / Bâtiments et abris de jardins annexes : la hauteur absolue est limitée à 3,50 m. ". Aux termes de la définition figurant dans ce même règlement : " Est dénommée "annexe" une construction réalisée sur le même terrain que la construction principale mais séparée de celle-ci (y compris les piscines couvertes ou non, quel que soit la zone) et possédant une emprise au sol supérieure à 9 m² ".
13. Il ressort des pièces du dossier, notamment des dossiers de demande de permis de construire initial et modificatif, que le projet de construction vise à transformer deux garages en une maison d'habitation, avec surélévation partielle d'un étage. Si cette nouvelle maison sera édifiée sur la parcelle AC 677 accueillant déjà une maison d'habitation, la nouvelle construction constitue un bâtiment distinct et indépendant qui ne peut être qualifiée de construction accessoire au bâtiment existant, de sorte qu'elle n'est pas soumise aux dispositions précitées du PLU relatives à la hauteur maximale des annexes, mais à celles régissant les constructions nouvelles. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la hauteur de la maison à l'égout du toit s'élèvera à 5 mètres, respectant ainsi la hauteur maximale fixée à 6,50 mètres par les dispositions précitées du PLU. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Uv 7.1. du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uv 9 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine :
14. Aux termes de l'article Uv 9 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine : " Espaces livres et plantations-espaces boisés classés - / 9.1. Règles générales- / Les espaces libres de toute construction doivent être amé nagés et végétalisés. Les espaces libres doivent représenter au minimum 20% de la surface de l'unité foncière. Parmi ces espaces libres, 10% de la surface de l'unité foncière seront aménagés en pleine terre. Cette disposition ne s'applique pas en cas : - de réhabilitation dans les volumes préexistants, y compris la création de surface de plancher sous le couvert de la toiture existante () ". Par ailleurs, aux termes de la définition figurant dans le lexique du règlement, constitue un espace libre " la surface de l'unité foncière déduction faite de l'emprise au sol des constructions ".
15. Le respect des règles d'urbanisme doit s'apprécier au regard de l'ensemble de l'unité foncière existant à la date à laquelle l'autorité administrative statue sur la demande qui lui est soumise, sans qu'y fasse obstacle l'intervention préalable d'une division cadastrale. Les parcelles AC 710 et AC 711 issues de la division cadastrale de la parcelle AC 677, et qui appartiennent au même propriétaire, composent ainsi une seule unité foncière à l'échelle de laquelle doivent s'apprécier les règles précitées.
16. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire litigieux autorise la construction, sur une unité foncière d'une surface de 221 mètres carrés, d'une maison d'habitation dont l'emprise au sol s'élève à 48,716 mètres carrés. Ce projet ne pouvant être regardé comme une opération de réhabilitation dans les volumes existants, dès lors qu'il a notamment pour effet de créer un niveau supplémentaire et donc de rehausser la construction, la règle dérogatoire prévue pour les opérations de réhabilitation de l'existant ne trouve pas à s'appliquer. Compte tenu de la surface au sol de la maison déjà construite sur cette unité foncière, les espaces libres correspondent à une surface de 49 mètres carrés, dont il n'y a pas lieu de déduire les places de stationnement, qui ne génèrent pas d'emprise au sol au sens du PLU. Ainsi, le seuil de 20 % étant satisfait, le permis de construire ne méconnaît pas la règle fixée par l'article Uv 9 précité concernant le pourcentage requis d'espaces libres. En revanche, les espaces de pleine terre prévus par le permis de construire couvrent une surface de seulement 11 mètres carrés, soit moins de 5 % de la superficie totale de l'unité foncière, sans qu'il soit établi, ni même allégué, qu'il existerait, sur le terrain d'assiette du projet, d'autres surfaces de pleine terre. Dès lors, la SCI requérante est fondée à soutenir que le permis de construire que l'arrêté du 25 juin 2021 et celui du 13 septembre 2022 méconnaissent les règles fixées par l'article Uv 9 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine relatives aux espaces de pleine terre.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uv 10 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine :
17. Aux termes de l'article Uv 10 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine relatif au stationnement des véhicules : " () Il est exigé au minimum () / 10.2- Habitation comportant un logement ou un hébergement/ Deux places de stationnement par logement doivent être aménagées sur le terrain de la construction, du lotissement ou de l'opération groupée. () ".
18. Si le permis de construire accordé à M. E et Mme C prévoit la création de deux places de stationnement, il a par ailleurs pour effet de supprimer les deux places de stationnement affectées à la construction préexistante, tout en créant une seconde maison d'habitation sur la même unité foncière. Le nombre de places de stationnement aménagées à l'échelle de l'unité foncière s'élève ainsi à deux pour deux logements, et ne satisfait donc pas aux règles fixées par l'article Uv 10 du règlement. Par suite, la SCI requérante est fondée à soutenir que l'arrêté du 25 juin 2021 et celui du 13 septembre 2022 méconnaissent les règles fixées par l'article Uv 10 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine relatives aux places de stationnement.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
19. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
20. Il résulte de ce qui été précédemment dit que le permis de construire modificatif accordé à M. E et à Mme C préserve la servitude de passage dont bénéficient les parcelles AC 677 et AC 678, et n'a donc pas pour effet de remettre en cause l'accessibilité de ces parcelles, notamment à des véhicules de secours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme :
21. Aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. () ".
22. La commune de Noyal-sur-Vilaine était, à la date à laquelle a été délivré le permis de construire litigieux, dotée d'un PLU. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 20, l'accessibilité des parcelles AC 677 et AC 678 n'est pas remise en cause.
En ce qui concerne le moyen tiré de la fraude :
23. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
24. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comportait un plan de masse dans lequel était représentée la servitude de passage instituée au profit des fonds AC 677 et 678. Par ailleurs, la distance de 5,85 mètres mentionnée au sujet de la distance entre l'extrémité du projet et la limite parcellaire dans le dossier initial de demande de permis n'apparaît pas entachée d'incohérence, la dernière mesure établie par un géomètre-expert, dans le dossier modificatif, retenant une distance de 5,88 mètres. Si le dossier de demande de permis désigne les propriétaires de la maison édifiée au sud de la parcelle AC 677 comme des " voisins ", alors qu'il s'agit en réalité des pétitionnaires eux-mêmes, cette présentation n'a pu avoir pour effet de tromper l'administration sur leur identité. De la même manière, dès lors qu'aucune autorisation de lotir n'était requise, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire n'a pas précisé que les garages existants sur la parcelle AC 677 seraient démolis en vue de permettre la construction d'une maison d'habitation n'a pas eu pour effet d'induire l'administration en erreur quant à l'application des règles d'urbanisme. Si les requérants soutiennent encore que les requérants auraient dû déclarer la démolition des garages compte tenu de la présence à moins de 500 mètres de l'église Saint-Pierre, classée monument historique, à partir de laquelle le terrain d'assiette serait visible, il ressort des pièces du dossier que ce terrain d'assiette n'a pas été inclus dans le périmètre de protection des abords institué par l'arrêté du 3 septembre 2018 du préfet d'Ille-et-Vilaine en application des dispositions de l'article L. 621-30 du code du patrimoine. Enfin, si le dossier de demande de permis de construire mentionne pour terrain d'assiette la parcelle AC 677, sans évoquer l'opération de division cadastrale de cette parcelle entreprise par ailleurs, tout en ne se référant qu'à la surface de la parcelle AC 710 issue de cette division, cette imprécision n'a pas été de nature à induire l'administration en erreur quant à la localisation et à la surface du terrain d'assiette en question, ni aux conditions d'application du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine, dès lors que les limites de propriété de la parcelle nouvellement créée étaient matérialisées de manière précise sur le plan de masse futur figurant dans le dossier de demande et qu'en l'absence de division de l'unité foncière, le règlement ne pouvait s'appliquer qu'à l'échelle de cette unité. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire aurait été obtenu par fraude doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que le permis de construire accordé le 25 juin 2021, modifié par le permis accordé le 13 septembre 2022, est entaché de deux vices tirés de la méconnaissance des articles Uv 9 et 10 du règlement du PLU de Noyal-sur-Vilaine, concernant respectivement la part des surfaces de pleine terre et le nombre de places de stationnement. Ces vices n'apparaissant pas susceptibles d'être régularisés sans qu'il soit porté atteinte à la nature même du projet, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021, modifié par l'arrêté du 13 septembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SCI P.A.S., qui n'a pas la qualité de partie perdante, pour l'essentiel, verse à la commune de Noyal-sur-Vilaine la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Pour les mêmes motifs, la demande présentée contre la SCI par M. E et Mme C au même titre doit également être rejetée.
27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Noyal-sur-Vilaine, le versement à la SCI P.A.S. d'une somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
28. Enfin, M. I et Mme F G étant parties perdantes dans l'instance n° 2105144, leur demande tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit également être rejetée. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées contre eux par la commune de Noyal-sur-Vilaine et par M. E et Mme C au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête n° 2105144 est rejetée.
Article 2 : L'arrêté du 25 juin 2021, modifié par l'arrêté du 13 septembre 2022, est annulé.
Article 3 : La commune de Noyal-sur-Vilaine versera à la SCI P.A.S. une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. E et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Noyal-sur-Vilaine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D I, représentant unique des requérants dans l'instance n° 2105144, à la SCI P.A.S., à M. A E, à Mme H C et à la commune de Noyal-sur-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
signé
V. Gourmelon
Le président,
signé
E. Kolbert
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2105144, 2105949
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026