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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105203

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105203

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET GERVAISE DUBOURG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 octobre 2021, 15 février et 20 avril 2023, M. B C, représenté par Me Dubourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commune de Rennes, en date du 16 août 2021 le sanctionnant d'une exclusion temporaire de fonctions de trois jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence :

- elle méconnait la règle du non bis in idem car il a déjà été sanctionné par une décision de mutation d'office aux parcs et jardins ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits et d'inexactitude matérielle ;

- elle est disproportionnée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril 2022 et 3 avril 2023, la commune de Rennes, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pottier,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Dubourg, représentant M. C et de Me Roquet, représentant la commune de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, adjoint du patrimoine de 2ème classe au sein de la commune de Rennes, a été affecté aux fonctions d'agent d'accueil et de surveillance au Musée des Beaux-Arts de Rennes le 13 mars 2002. Par une décision du 16 août 2021, la maire de Rennes a pris à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours du 6 au 8 septembre 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 24 février 2021, transmis en préfecture le 8 mars suivant et affiché le lendemain, Mme A, directrice adjointe des ressources humaines de la commune de Rennes, a reçu délégation de signature pour prendre, en l'absence de M. D, directeur des ressources humaines, " tous documents, actes et pièces relatifs à la discipline notamment () aux mesures disciplinaires ". Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du principe non bis in idem :

3. Il découle du principe général du droit selon lequel une autorité administrative ne peut sanctionner deux fois la même personne à raison des mêmes faits qu'une autorité administrative qui a pris une première décision définitive à l'égard d'une personne qui faisait l'objet de poursuites à raison de certains faits, ne peut ensuite engager de nouvelles poursuites à raison des mêmes faits en vue d'infliger une sanction.

4. M. C soutient qu'il a déjà fait l'objet d'une décision du 14 janvier 2021 portant mutation d'office vers un poste d'agent de surveillance des parcs et jardins qui constitue une sanction déguisée, aux motifs que cette décision entraine une dégradation de ses conditions de travail, des missions qui lui sont confiées et de ses perspectives de carrière, qu'elle le positionne sur un emploi qui ne lui convient pas compte tenu de sa vocation à travailler dans des équipements culturels, et de l'absence de toute formation reçue quant aux jardins et à la botanique, et qu'elle lui impose des horaires et conditions de travail qui ne conviennent pas à l'organisation personnelle qu'il avait arrêtée autour de son précédent poste. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que la maire de Rennes ait par la décision de mutation d'office du 14 janvier 2021, entendu sanctionner M. C en le mutant sur un poste correspondant à ses grade et cadre d'emploi, alors que, par ailleurs, le comportement de l'intéressé posait problème au sein du service, notamment sa propension à manifester de façon virulente un fort mécontentement voire une opposition à l'égard de l'organisation et de la direction du service, en accompagnant ces manifestations, d'une part, de violences verbales et d'intimidations à l'égard de ses collègues, ainsi qu'il résulte du courrier de la direction des ressources humaines du 6 décembre 2018, de la feuille de route élaborée à son intention par sa hiérarchie le 14 mai 2019, du rapport d'enquête administrative rendu le 25 septembre 2020 et du courriel du 14 septembre 2020 du consultant Lafabco intervenu au sein du service, et d'autre part, de menaces d'attaque armée du service, comme le montre le courrier de réponse du procureur de la République reçu par la maire de Rennes le 29 juin 2021. Ainsi, compte tenu de ce que plusieurs des collègues de M. C craignaient de travailler avec lui en raison de ses accès de colère et de ses menaces d'attaque, et du fait que les violences verbales ne sont pas compatibles ni avec un bon fonctionnement du service, ni avec une mission d'accueil au public, la décision du 14 janvier 2021, qui ne relève pas d'une intention de sanctionner et présente des éléments objectifs en faveur d'une mutation d'office destinée à apaiser les tensions au sein d'un service, ne peut être regardée comme une sanction déguisée.

5. La décision de mutation d'office du 14 janvier 2021 ne constituant ainsi pas une sanction, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du non bis in idem doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

6. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours (). ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

En ce qui concerne les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur de qualification juridique :

Quant au refus d'obéissance hiérarchique et au manquement à l'obligation de servir :

8. Aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Il n'est dégagé d'aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés ".

9. M. C fait valoir que, ne disposant d'aucun équipement informatique à domicile, et étant placé en autorisation spéciale d'absence à compter de mars 2020 durant le confinement, il n'a reçu aucun des courriers électroniques envoyés par la direction du musée prévenant son personnel d'un redéploiement dans les écoles et les Ehpad, et lui donnant personnellement l'ordre de se présenter le 25 mai 2020 puis le 3 juin 2020 à l'école Jean Zay. Toutefois, d'une part, il n'a pas signalé qu'il n'avait pas accès à son courrier électronique alors qu'il lui avait été demandé de signaler tout problème de connexion par un SMS du 6 avril 2020, et, d'autre part, il a été informé par un appel téléphonique du directeur du musée du 28 mai 2020 qu'il devait, à l'instar de ses collègues, prêter main-forte au personnel des écoles ou des Ehpad. Si M. C a répondu à cette occasion au directeur du musée qu'il était " hors de question " qu'il aille travailler en Ehpad ou en école, en faisant valoir que sa compagne étant vulnérable au Covid-19, toutefois, il n'a justifié de cette vulnérabilité que tardivement, par un certificat du 17 mars 2021. En outre, contrairement à ce que soutient l'intéressé, il ne pouvait pas légalement désobéir à l'ordre de réaffectation temporaire motivé par la nécessité de permettre aux professions essentielles de poursuivre leur activité professionnelle durant la crise sanitaire, ordre qui n'est ni manifestement illégal, ni de nature à compromettre gravement un intérêt public.

10. La décision attaquée est également fondée sur un second manquement à l'obligation d'obéissance hiérarchique, M. C ayant refusé de procéder à des actions de nettoyage supplémentaires en période de pandémie. M. C allègue sans l'établir qu'il a parfaitement appliqué les consignes sanitaires qui ont été délivrées au personnel, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré qu'il n'appliquerait pas ces consignes lors de la journée du 4 juin 2020.

11. Les faits précédemment exposés sont matériellement établis et constituent un manquement au devoir d'obéissance hiérarchique et à l'obligation de servir de nature à justifier une sanction disciplinaire.

Quant au comportement et aux propos inappropriés et au manquement au devoir de réserve :

12. M. C fait valoir qu'il n'a pas manqué à son devoir de réserve le 4 juin 2020 en réagissant à l'organisation d'une collation collective pour l'ensemble du service dans une salle fermée et sans aération et en se montrant critique envers la politique de prévention sanitaire mise en place par la direction du service. Toutefois, il ressort du rapport circonstancié établi par le directeur du musée des Beaux-Arts de Rennes, que durant cette journée de travail collectif consacrée à la mise en place d'un dispositif sanitaire, M. C a déclaré à son responsable et devant ses collègues qu'ils étaient des " rigolos ", que les visières fournies par son employeur étaient " de la merde ", et a adopté une attitude systématiquement critique et négative et en refusant de suivre les consignes, ce que confirme le consultant Lafabco, qui a participé à ces ateliers et qui en a rendu compte par courriel du 30 juin 2020. Il résulte de ce qui précède qu'en usant notamment d'un langage familier et grossier, et en refusant de suivre les consignes lors de ces réunions de travail, M. C a manqué à son devoir de réserve et adopté un comportement passible d'une sanction disciplinaire.

En ce qui concerne le moyen tiré de la disproportion de la sanction :

13. Compte tenu de l'ensemble des manquements reprochés à l'intéressé, et de la circonstance que suite à un dépôt de plainte de ses collègues pour agression verbale, M. C avait déjà été rappelé à l'ordre par la direction du musée et faisait l'objet d'un accompagnement spécifique avec l'établissement d'une " feuille de route " de la part de la direction depuis 2019, la maire de Rennes, en décidant de l'exclure temporairement pour une durée de trois jours, n'a pas prononcé à l'encontre de M. C une sanction disproportionnée. Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 26 août 2021 doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rennes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que demande la commune de Rennes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Rennes.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

F. Pottier

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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