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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105435

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105435

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2021, la société A House et Mme B A, représentées par Me Gwendoline Paul (cabinet Paul-Avocats), demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Dinan a ordonné la fermeture au public de l'établissement " L'Hôtel de France " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dinan une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté du 12 octobre 2021 est intervenu sans que Mme A, exploitante de l'établissement, n'ait été informée de la possibilité de présenter des observations écrites, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et se fonde sur des documents qui ne leur ont pas été communiqués ;

- la décision du maire de Dinan de procéder à la fermeture administrative de l'établissement est disproportionnée et porte atteinte à la liberté d'entreprendre ;

- le maire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, les travaux de mise aux normes de l'établissement ne pouvant être mis en œuvre que par les seuls bailleurs de l'immeuble, lesquels n'ont pourtant pas été convoqués lors de la dernière réunion de la commission de sécurité ;

- le maire a commis une erreur de droit en se contentant de prononcer la fermeture administrative de l'établissement, exploité par la société A House, alors que celle-ci n'était pas en mesure de procéder aux travaux demandés pour assurer la sécurité de l'immeuble et que l'extrême dangerosité constatée aurait dû conduire le maire à agir sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- les non-conformités relevées sont en cours de résolution et, en tout état de cause, bien trop mineures pour justifier valablement un arrêté de fermeture.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la commune de Dinan, représentée par Me Mocaer (cabinet d'avocats Coudray), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société A House et de

Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes ont été informées dès le 26 mai 2021 qu'une réunion sur la poursuite de l'activité se tiendrait au second semestre de l'année 2021 et qu'une mise en sécurité de l'établissement devrait être réalisée dans les meilleurs délais ;

- il était loisible à Mme A, qui était présente lors de la visite de la commission de sécurité, de présenter ses observations sur les pièces qui ont été examinées ;

- les éléments de droit et de fait constituant le fondement de l'arrêté contesté sont suffisamment exposés ;

- il existait, en tout état de cause, une urgence réelle à procéder à la fermeture de l'établissement au public, compte tenu de sa dangerosité, ce qui n'a pas permis de respecter la procédure contradictoire ni de motiver davantage l'arrêté du 12 octobre 2021 ;

- les risques que présentaient l'établissement au regard de la sécurité incendie faisaient obstacle à la poursuite de son exploitation ;

- les moyens selon lesquels les requérantes subiraient l'inertie de leurs bailleurs, sans que la réalité du bail ne soit toutefois établie, sont inopérants pour contester la légalité de la décision de fermeture administrative de l'établissement ;

- le bâtiment demeure sans système de sécurité incendie adapté et exposé au danger extrême d'incendie pour ses occupants, ce qui suffit à justifier en droit la décision de fermeture administrative contestée, quand bien même les non-conformités constatées seraient en cours de résolution ou que le bâtiment présenterait également un danger imminent justifiant un arrêté de mise en sécurité.

Vu :

- l'ordonnance n° 2105436 du 29 octobre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes ;

- l'ordonnance n° 2105706 du 2 décembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Mocaer, représentant la commune de Dinan.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL A House, dont Mme B A est la gérante, exploite l'hôtel de France, situé 7 place du 11 novembre 1918 à Dinan (Côtes-d'Armor), qui exerce une activité d'hôtellerie lui permettant d'accueillir jusqu'à vingt-cinq personnes, personnel inclus. Depuis une visite de la commission de sécurité de l'arrondissement de Dinan du 6 juin 2016, la gérante de cet établissement, de type O/N classé en 5e catégorie au titre de la réglementation des établissements recevant du public (ERP), a été informée des nombreuses irrégularités constatées, relatives aux installations d'électricité et de gaz, à l'éclairage de sécurité, au système de désenfumage naturel ainsi qu'à la sécurité incendie. Une première fermeture de l'établissement a, ainsi, été prononcée par un arrêté du maire de Dinan du 4 juillet 2017. Après une nouvelle visite de l'établissement le 29 juillet 2020, la commission de sécurité a levé les prescriptions initialement émises mais en a émis de nouvelles portant sur les installations d'électricité et de gaz et la présence de débarras au niveau de la cuisine et des annexes. A l'issue de la visite sur place, organisée le 26 mai 2021, le maire de Dinan a, par un arrêté du 1er juin 2021, autorisé la poursuite de l'exploitation de l'hôtel de France. Toutefois, après une réunion de la commission de sécurité du 5 octobre 2021, le maire de Dinan a prononcé, par un arrêté du 12 octobre 2021, la fermeture de cet établissement recevant du public et a mis en demeure Mme A de lever sans délai les prescriptions portant notamment sur les installations d'électricité et de gaz et sur la mise en sécurité de l'établissement. Par la présente requête, la société A House et

Mme A demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté du 12 octobre 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Selon l'article

L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté contesté énonce les considérations de fait et de droit sur lesquelles le maire de Dinan a entendu fonder sa décision de fermeture administrative de l'établissement. Contrairement à ce qui est soutenu, cet arrêté comportait des précisions suffisantes pour permettre aux requérantes d'en comprendre les motifs, particulièrement en ce qu'il cite notamment les dispositions du code général des collectivités territoriales et du code de la construction et de l'habitation applicables, vise les procès-verbaux des visites effectuées par la commission de sécurité les 26 mai et 5 octobre 2021, puis fait état de l'avis défavorable à la poursuite de l'activité émis par la commission de sécurité, de l'extrême dangerosité de

l'établissement et des conséquences dramatiques en cas d'incendie la nuit avant de constater que les conditions de sécurité pour recevoir du public ne sont pas remplies. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que lors de la réunion de la commission de sécurité du 26 mai 2021, à laquelle Mme A, gérante de l'hôtel de France était présente, il a été convenu qu'une réunion de suivi aurait lieu au cours du deuxième semestre de l'année 2021 pour réévaluer la situation de l'établissement, s'agissant de la poursuite ou de la cessation d'activité. Il était précisé dans le procès-verbal de la commission de sécurité relatif à cette visite que si la poursuite d'activité devait être confirmée, une mise en conformité de l'établissement devrait être réalisée dans les meilleurs délais s'agissant du remplacement de la centrale SSI (système de sécurité incendie), de la mise en place d'un éclairage de sécurité, de la mise aux normes de l'installation électrique ainsi qu'une demande de dérogation à déposer pour le non encloisonnement de la cage d'escalier avec en compensation la nécessité de détecter tous les locaux. Ces formalités conditionnant la poursuite de l'activité de l'établissement ont été rappelées dans l'arrêté du maire de Dinan du 1er juin 2021 autorisant la poursuite de l'activité. Cet arrêté indique ainsi qu'une réunion de suivi aura lieu au deuxième semestre 2021 " pour réévaluer la situation (poursuite ou cessation d'activité). ". En vue de la réunion de la commission de sécurité du 5 octobre 2021, Mme A a transmis aux membres de la commission de sécurité un rapport du bureau Véritas du 17 août 2021 portant vérification de l'état d'entretien et de bon fonctionnement des installations de gaz combustible de l'hôtel de France, un rapport de ce même bureau du 28 septembre 2021 portant vérification périodique des installations électriques ainsi qu'un rapport du 4 octobre 2021 effectué par le groupe R2S portant sur le système de sécurité incendie.

6. Si la commune de Dinan ne justifie pas avoir invité Mme A à présenter ses observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales en application des dispositions citées au point 4, Mme A n'établit pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, avoir été, en conséquence, privée d'une garantie, dès lors qu'elle a été suffisamment informée, préalablement à cette seconde réunion de la commission, le 5 octobre 2021, de sa finalité, qu'elle a elle-même transmis les documents nécessaires à la tenue de cette réunion et a été en mesure de présenter, lors de la visite de son établissement, à laquelle elle a assisté, toute observation, écrite ou orale, aux membres de la commission présents, dont un adjoint au maire de la commune de Dinan. Dans ces conditions, et alors que les informations supplémentaires qui auraient pu être portées à la connaissance de l'administration ne sont pas même précisées, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté du 12 octobre 2021 :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, () de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; (). ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. / L'arrêté de fermeture est pris après mise en demeure restée sans effet de l'exploitant ou du propriétaire de se conformer aux aménagements et travaux prescrits ou de fermer son établissement dans le délai imparti. () ". L'article R. 143-45 de ce code précise notamment que : " () La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente. L'arrêté fixe, le cas échéant, la nature des aménagements et travaux à réaliser ainsi que les délais d'exécution. ".

9. En premier lieu, les dispositions précitées autorisent l'autorité administrative à prononcer la fermeture d'un établissement après avoir, au préalable, invité l'exploitant ou le propriétaire à procéder aux travaux nécessaires pour assurer la sécurité du public accueilli. Ainsi, contrairement à ce que la société A House et sa gérante soutiennent, la circonstance qu'elles aient été destinataires, en leur qualité d'exploitantes de l'hôtel de France, de l'arrêté du 1er juin 2021 prescrivant la mise en conformité de l'établissement s'agissant des installations d'électricité et de gaz ainsi que de la mise en sécurité au titre de la règlementation relative à l'incendie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Dans l'hypothèse où elles estimeraient que, par leur nature, et compte tenu des dispositions légales ou des règles contractuelles régissant leurs rapports avec les propriétaires de l'immeuble accueillant l'hôtel de France, certains de ces travaux incomberaient à leurs bailleurs, il leur appartient de faire valoir leurs droits devant le juge compétent. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du maire de Dinan doit, en conséquence, être écarté.

10. En deuxième lieu, la société A House et Mme A ne sauraient utilement soutenir, pour contester la légalité de l'arrêté de fermeture administrative en litige, que l'extrême dangerosité de l'immeuble nécessitait que le maire de Dinan prononce un arrêté de mise en sécurité du bâtiment accueillant l'établissement, sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation. Ces dispositions ne sont, en tout état de cause, pas exclusives de la règlementation rappelée au point 7 destinée à assurer la sécurité dans les établissements accueillants du public, alors, au surplus, que la nécessité d'un arrêté de mise en sécurité n'est pas établie. Il n'est par ailleurs nullement contesté que l'hôtel de France ne présentait pas les garanties requises s'agissant de la conformité des installations d'électricité et de gaz et de mise en sécurité au regard des risques d'incendie. La seule circonstance que les non-conformités relevées seraient en cours de résolution est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 12 octobre 2021, laquelle est appréciée à la date à laquelle il a été édicté. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que les mesures qui leur sont imposées portent atteinte à la liberté d'entreprendre, la société A House et Mme A ne contestent pas la réalité des non-conformités qui ont été relevées par la commission de sécurité de l'arrondissement de Dinan, lors de sa visite le 5 octobre 2021. Alors que la commission de sécurité a considéré que " compte tenu des éléments avancés dans le diagnostic de sécurité, en cas d'incendie, le public pourrait être averti tardivement de la naissance d'un feu et rencontrer des difficultés pour évacuer l'établissement alors même que ce dernier ne présente pas de stabilité au feu " et a alerté le maire de Dinan " sur l'extrême dangerosité de cet établissement dans lequel les conséquences pourraient être dramatiques en cas d'incendie survenant la nuit ", l'arrêté de fermeture administrative du 12 octobre 2021, qui prévoit une mesure proportionnée à l'objectif poursuivi, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l'industrie qui, découlant de la liberté d'entreprendre, constitue une liberté fondamentale.

12. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions présentées par la société A House et Mme A à fin d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2021 du maire de Dinan doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. D'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société A House et Mme A doivent dès lors être rejetées.

14. D'autre part, dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Dinan fondées sur les mêmes dispositions du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société A House et de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dinan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société A House, à Mme B A et à la commune de Dinan.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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