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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105437

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105437

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre 2021 et 5 octobre 2022, Mme C E B, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir au besoin sous astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de la décision attaquée doit être écartée dès lors que le préfet n'établit pas lui avoir notifié le courrier de demande de pièces complémentaires du 8 décembre 2021 et que ce courrier est postérieur à la naissance de la décision implicite attaquée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision inexistante, le dossier de l'intéressée étant toujours en cours d'instruction.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite réputée née le 11 octobre 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Selon les témoignages de Mme B et de M. A, qui ne sont pas contredits par les justificatifs produits par l'intéressée, M. A s'est éloigné de celle-ci peu après la découverte de sa grossesse devant le refus de celle-ci de recourir à une interruption de grossesse, l'intéressée ne justifiant de virements réguliers de M. A que depuis le mois d'avril 2021. Ce dernier ne contribuait dès lors pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance à la date de la décision contestée. La condition fixée par le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était donc pas satisfaite à la date de la décision attaquée.

5. À cette même date, si M. A et Mme B avaient formé le projet de s'installer ensemble, ils demeuraient encore séparés. Ils n'avaient ainsi jamais vécu en couple et ne pouvaient, eu égard à la circonstance que M. A a d'abord cherché à rompre leur relation, justifier d'une relation suffisamment ancienne, intense et stable sur le territoire français à laquelle la décision contestée pourrait porter atteinte. Dans ces conditions, alors au demeurant que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner Mme B du territoire français, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que cette décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, cette décision, qui ne modifie pas les conditions de séjour de l'intéressée, notamment administratives, sur le territoire français, n'a pas non plus pour effet de l'éloigner de sa fille ou d'éloigner cette dernière de son père. La requérante n'est ainsi pas non plus fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant.

6. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite réputée née le 11 octobre 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

8. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

9. L'État n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à sa charge une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

W. DLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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