jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2105696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS BJC - BROSSIER - CARRE - JOLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 9 novembre 2021 et 24 février 2022, Mme A B, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 24 septembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre le covid-19 ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne de lui verser la rémunération à laquelle elle a droit dans le cadre de ses congés annuels, d'assimiler la période de suspension à une période de travail effectif pour la détermination de ses droits à congés payés et pour ses droits à l'ancienneté, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Agence régionale de santé Bretagne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est illégale du fait de son caractère rétroactif ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 et l'article 34-1 de la loi du 11 janvier 1984 dès lors qu'elle bénéficiait de jours de réduction du temps de travail (RTT) puis de congés annuels jusqu'au 8 octobre 2021 ;
- elle dispose d'un schéma vaccinal complet depuis le 13 avril 2021.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 janvier et 28 mars 2022, le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne, représenté par SELARL Valadou-Josselin et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- et les observations de Me Allaire, représentant le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, pharmacienne inspectrice de santé publique, est employée
de l'Agence régionale de santé Bretagne (ARS), depuis 2010. Par décision du
27 septembre 2021, elle a été suspendue de ses fonctions à compter du 24 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre le covid-19. Elle demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13
de la même loi : " I. -Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. / () / B. - À compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. À défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. / Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que la situation de Mme B répondrait à l'un des cas de contre-indication, temporaire ou permanente, prévus par les dispositions précitées à la date de l'adoption de la décision en litige. Si Mme B fait valoir qu'elle disposait d'un schéma vaccinal complet depuis le 13 avril 2021, il est constant qu'elle ne l'a remis à son administration que le 8 octobre 2021, date à laquelle la mesure de suspension litigieuse a été levée permettant ainsi sa réintégration dans ses fonctions.
4. En deuxième lieu, les dispositions du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 subordonnent à l'accord de l'employeur la possibilité, pour l'agent faisant l'objet d'une interdiction d'exercer, d'utiliser des jours de congés payés. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a sollicité l'autorisation de poser des congés annuels et un RTT pour la période du 27 septembre au 8 octobre 2021 que les 14, 25 et 28 octobre 2021, soit postérieurement à la période de congé sollicitée et à l'édiction de la décision attaquée. Si l'intéressée fait valoir qu'elle n'a pu accéder, de mai au 14 octobre 2021, au logiciel interne Kelio répertoriant les présences, absences et demandes de congés des agents, il ressort des pièces du dossier qu'elle est cependant toujours parvenue à solliciter valablement la pose de congés annuels par email antérieurement à la période en litige. La circonstance que les demandes de congés pour la période litigieuse ont été postérieurement validées par l'ARS est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui s'apprécie au jour de son édiction. Il suit de là que l'intéressée n'était pas en position d'arrêt pour cause de congés annuels ou de RTT ayant fait l'objet d'un accord par sa hiérarchie à la date de la décision attaquée du 27 septembre 2021. Dès lors, le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne a pu légalement suspendre Mme B de ses fonctions pour non-respect de son obligation vaccinale.
5. En troisième lieu, il ressort du constat d'huissier du 28 septembre 2021 que Mme B a reçu notification de la décision contestée le même jour, alors que cette décision prévoyait une entrée en vigueur le 24 septembre 2021. Dès lors, la décision en litige est entachée d'une rétroactivité illégale et doit être annulée dans cette mesure. Si l'ARS justifie que la suspension du traitement de l'agent n'a été opérée qu'à compter du 28 septembre 2021, il n'empêche que la décision attaquée prévoit une date d'entrée en vigueur le 24 septembre 2021.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne l'a suspendue de ses fonctions en tant qu'elle prévoit une date d'entrée en vigueur antérieure au 28 septembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique nécessairement que l'administration adopte une décision rétablissant Mme B dans ses droits, y compris à rémunération, pour la période comprise entre les 24 et
27 septembre 2021 inclus dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas davantage lieu de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne du 27 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle prévoit de prendre effet avant le 28 septembre 2021.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne de rétablir Mme B dans ses droits, y compris à rémunération, durant la période comprise entre les
24 et 27 septembre 2021 inclus.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de l'Agence régionale de santé Bretagne.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
Mme Tourre, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. TourreLe président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026