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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106010

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106010

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE DANTEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2021 et 2 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Le Dantec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2000 en tant qu'elle ne lui accorde pas de bénéfice des allocations grands mutilés, la décision du 3 décembre 2013 rejetant sa demande de révision de sa pension, et la décision du 22 septembre 2021 de la commission de recours de l'invalidité rejetant son recours préalable contre la décision du 3 février 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté de sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de réviser sa pension militaire d'invalidité au taux de 95 pour cent depuis le 24 juillet 2000 et de lui verser le complément de pension en résultant ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de ses droits ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les expertises préalables aux décisions rendues en 2000, 2013 et 2020 n'ont pas été régulières, l'expert n'ayant pas disposé de son dossier médical préalablement à son examen;

- il remplit les conditions pour être bénéficiaire de plein droit du barème d'invalidité le plus avantageux en application de l'article 12 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ce qui lui donne droit à bénéficier du statut de grand mutilé ;

- l'expertise de 2013 et celle de 2020 ont retenu un taux de 60 pour cent pour l'infirmité 2 soit une aggravation de 10 point par rapport au taux retenu en 2000.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet et 10 novembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Dantec, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ancien sous-officier dans l'armée de terre, bénéficie d'une pension militaire d'invalidité depuis le 2 juin 1998 concédée par arrêté du 24 juillet 2000, au taux de 65 pour cent à titre définitif pour l'infirmité 1 " Ulcus duodénal chronique ayant entraîné plusieurs interventions ", au taux de 50 pour cent +5 pour l'infirmité 2 " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes ", au taux de 20 pour cent +10 pour l'infirmité " Séquelles d'amibiase intestinale. Alternance de constipation opiniâtre et de diarrhée avec selles très liquides. Douleurs abdominales fréquentes. Mauvais état général. Troubles neuro-végétatifs ". Il a présenté, le 15 juillet 2019 une demande de révision de sa pension pour aggravation de ses infirmités. Par décision du 3 février 2021, le ministre des armées a rejeté sa demande. Par décision du 22 septembre 2021, la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours préalable contre cette décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".

S'agissant de l'infirmité 1 " Ulcus duodénal chronique ayant entraîné plusieurs interventions " :

3. Il résulte de l'instruction que cette infirmité a été contractée à l'occasion du service en juillet 1961. Elle ne peut donc être regardée comme ayant été contractée durant la guerre 1939-1945 quand bien même M. A a participé à cette guerre. Dès lors et en tout état de cause, l'intéressé n'est pas fondé à demander à bénéficier du droit de se réclamer de la législation antérieure, y compris les tarifs, dans le cas où cette législation lui serait plus favorable. Le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté de pension du 24 juillet 2000, de l'article L. 12 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre alors applicable doit donc être écarté.

4. Il résulte par ailleurs de l'arrêt devenu définitif de la cour régionale des pensions de Rennes que M. A ne peut bénéficier de l'allocation de grand mutilé. Le requérant ne peut donc se prévaloir de sa participation à la guerre de 1939-1945, ni de ses séjours en Indochine et en Algérie, pour contester l'arrêté de pension du 24 juillet 2000 qui a acquis l'autorité de la chose jugée.

S'agissant de l'infirmité 2 " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes " :

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 3 décembre 2013 rejetant la demande de révision de la pension militaire d'invalidité au titre de cette infirmité a été régulièrement notifiée à M. A le 20 décembre 2013 et que l'intéressé ne l'a pas contesté. Cette décision est donc devenue définitive et présente de ce fait l'autorité de la chose décidée ne permettant plus de la contester. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 29 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre alors en vigueur par la décision du 3 décembre 2013 doit donc être écarté.

6. Il résulte de l'instruction, s'agissant de la décision de 2021, que l'expert ayant examiné M. A en 2013 fait état d'un prolapsus rectal interne et externe très invalidant, de la présence d'un volumineux paquet hémorroïdaire et de rectorragies fréquentes mais moins qu'en 2009. Il note également une perforation rectale mais indique que le traitement a permis une évolution favorable.

7. L'expert ayant examiné l'intéressé le 10 juillet 2020 procède aux mêmes constatations, mais fait également état d'une pathologie neurologique avec des troubles sensitifs plus marqués au niveau des membres inférieurs témoins d'une polyneuropathie axonale sensitivo-motrice sévère considérée par les neurologues comme étant d'évolution lente depuis 2013. Toutefois, il rattache cette pathologie neurologique à l'amibiase et non à l'infirmité 2. Il indique également que l'aggravation de l'infirmité 2 tient au mauvais état général de l'intéressé et fixe le taux de l'invalidité à 60 pour cent. Le ministre n'a pas retenu le taux proposé par l'expert en indiquant que l'aggravation de l'état général n'était pas décrite dans l'expertise et qu'il ne retenait pas cette altération dès lors que M. A conservait notamment le même poids. Toutefois, cette observation du ministre n'est accompagnée d'aucun élément médical susceptible de contredire les constatations médicales de l'expert, sur lesquelles le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité ne se prononce pas et n'apporte aucun élément susceptible d'établir que l'absence de perte de poids témoignerait d'une absence d'altération de l'état général de M. A. La commission de recours note cette altération générale mais n'apporte aucun élément sur ce point permettant de l'écarter en tant que facteur aggravant. Dans ces conditions et à la suite de l'expertise qui constate cette altération et la relie à l'aggravation de l'infirmité, M. A est fondé à soutenir que la décision de la commission de recours de l'invalidité du 22 septembre 2021, en rejetant son recours à l'encontre de la décision du 3 février 2021 au motif de l'absence d'aggravation de l'infirmité 2, a commis une erreur d'appréciation et méconnu l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

8. Il y a lieu de fixer le taux de l'infirmité " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes " de M. A à 60 pour cent, à compter de sa demande du 15 juillet 2019 et de fixer en conséquence le taux global de sa pension à 95 pour cent en tenant compte de la règle des suffixes.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions des 3 février et 22 septembre 2021 en tant qu'elles rejettent sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité pour l'infirmité " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes ".

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui fixe le droit de M. A à la révision de sa pension n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 22 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle rejette la demande de révision de la pension militaire d'invalidité de M. A pour l'infirmité " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes ".

Article 2 : Le taux de l'infirmité 2 " Prolapsus muco-hémorroïdaire interne et externe très invalidant. Volumineuses hémorroïdes stade III avec anite très congestive. Rectorragies fréquentes " est fixé à 60 pour cent, à compter de sa demande du 15 juillet 2019 et la pension de M. A est portée en conséquence au taux global de 95 pour cent.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré à l'issue de l'audience le 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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