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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106171

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106171

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2021 et 21 avril 2023, M. E F, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2020 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 26 avril 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant congolais, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 9 septembre 2015 selon ses déclarations. Le 16 septembre 2015, il a sollicité le bénéfice de l'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et les autorités espagnoles ont été désignées comme responsables de sa demande d'asile. La France étant redevenue responsable de sa demande d'asile, il a déposé cette demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 janvier 2016, qui a été rejetée par une décision du 11 mars 2016 puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 3 octobre 2016. Le 23 janvier 2018, la délivrance d'un premier titre de séjour lui a été refusée. Le 18 novembre 2019, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 août 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour. Le 19 octobre 2020, M. F a formé un recours gracieux contre cette décision qui est resté sans réponse. Il sollicite l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 23 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. B C, directeur des étrangers en France et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D A, directeur adjoint et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite des attributions de la direction, au nombre desquels les refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. La décision vise les articles L. 313-14 et L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne que la consultation du logiciel Visabio a fait apparaître une identité différente de celle présentée par M. F à l'appui de sa demande de titre de séjour et que, par conséquent, les indications relatives à son état civil sont dénuées de force probante. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision en droit comme en fait, sans qu'il ait besoin de viser de textes supplémentaires, de détailler les éléments qu'il a retenus pour faire primer l'identité découverte sous le logiciel Visabio ou encore les éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. Contrairement à ce que soutient M. F, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait opposer un refus, au vu du seul fait que les empreintes de l'intéressé avaient révélé une autre identité dans le logiciel Visabio, différente de celle revendiquée pour la demande de titre de séjour, sans avoir préalablement effectué de diligences complémentaires afin de vérifier l'authenticité de ses actes d'état civil. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

5. Le requérant, qui se borne à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en revenant sur une appréciation qu'il aurait portée en 2015 sur sa véritable identité, n'apporte aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code alors applicable : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

7. La délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas seulement subordonnée au respect des conditions de fond qu'elles prévoient mais également au respect, par le demandeur, des règles de recevabilité de sa demande et, notamment de celle imposée par l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tenant à la production des indications relatives à l'état civil.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. F a produit un passeport, un acte de naissance, une copie intégrale de cet acte de naissance, un certificat de non-appel ainsi qu'un acte de signification d'un jugement du 22 décembre 2016 au vu desquels il serait né le 18 août 1990 et serait de nationalité congolaise. Toutefois, la consultation du fichier Visabio, dont les mentions sont présumées exactes, a permis au préfet d'Ille-et-Vilaine de constater, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que l'intéressé avait précédemment sollicité un visa sous une autre identité faisant apparaître qu'il était né le 18 juillet 1970 à Maquelo Do Zombo, de nationalité angolaise et disposait sous cette identité d'un passeport ordinaire. L'intéressé n'apporte aucun élément pour contredire ces éléments et expliquer la discordance de ces éléments d'état civil. Ainsi, en application de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et de l'article 47 du code civil auquel il renvoie, le préfet en a déduit que les indications relatives à l'état civil de M. F étaient dénuées de force probante. Dans ces conditions, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 313-11, L. 313-14 et R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. F déclare être présent sur le territoire français depuis le 9 septembre 2015. S'il fait valoir qu'il s'est marié avec une compatriote en 2019 et qu'ils ont eu un enfant qui est né sur le territoire français, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision qui n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'intéressé de son épouse et de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de M. F dirigées contre la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine en date du 17 août 2020 portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité, et contre la décision ayant rejeté son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. F n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. F doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

Le président-rapporteur,

signé

O. G

L'assesseur le plus ancien,

signé

V. Gourmelon

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106171

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