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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106177

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106177

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et celles de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est contraire à la circulaire du 28 novembre 2012 ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien, né en 1976, est entré irrégulièrement en France en 2009. Après le rejet définitif de sa demande d'asile par décision de la Cour nationale du droit d'asile le 29 avril 2011, et plusieurs refus de séjour en date des 12 juillet 2011, 10 avril 2013, 31 décembre 2014 et 20 septembre 2017, il a, de nouveau, sollicité, le 26 novembre 2018, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 18 septembre 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande. C'est la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en leur rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France de M. B excédait, à la date de l'arrêté attaqué, onze années tout comme celle de sa compagne, dont le préfet d'Ille-et-Vilaine, ne conteste pas qu'elle dispose d'une carte de séjour temporaire et qu'elle exerce une activité professionnelle. Il n'est pas davantage contesté que les trois enfants du couple, tous nés en France, respectivement en 2009, 2012 et 2016 y sont également scolarisés. Dans ces conditions, alors même que M. B a fait l'objet, les 4 mars 2016 et 28 août 2018 de deux condamnations pénales pour des délits routiers commis en 2015 et 2017, et n'a pas encore de projet professionnel, sa situation personnelle et familiale, ainsi d'ailleurs que l'a admis la commission du titre de séjour qui a émis un avis favorable en sa séance du 28 janvier 2020, justifiait la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et M. B est dès lors fondé à demander, pour ce seul motif, l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2020 qui la lui a refusée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé susceptible d'y faire obstacle, la délivrance à M. B d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'y procéder dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 18 septembre 2020 est annulé.

Article 2 : Sous la réserve mentionnée au point 5 ci-dessus, il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Le Bourhis et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Radureau, président,

M. Vergne, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

E. AL'assesseur le plus ancien,

Signé

C. Radureau

La greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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