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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106252

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106252

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationVice-Président 6 ème chambre
Avocat requérantBOUILLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 6 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal administratif de Rennes la requête de M. C E, enregistrée le 29 novembre 2021.

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, M. C E représenté par Me Bouilland, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois dans l'attente d'une décision judiciaire ;

2°) de mettre à la charge de l'État à verser à son conseil la somme de 3 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure tenant au non-respect du délai de 72 heures ;

- il est entaché d'un défaut de procédure contradictoire ;

- il est irrégulier du fait de l'irrégularité de la procédure de constatation ;

- il est entaché d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 octobre 2021, M. C E a été interpellé lors d'un contrôle de gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre sur le territoire de la commune de Poiré-sur-Vie. Le contrôle salivaire auquel il a été soumis a révélé qu'il conduisait son véhicule sous l'emprise de stupéfiants. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire :

2. Aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, directeur de la citoyenneté et de la légalité par intérim, signataire de la décision contestée du 6 octobre 2021, disposait d'une délégation de signature du préfet de la Vendée, par arrêté en date du 20 août 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°132-août 2021 du 20 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la procédure contradictoire :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 2112, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code prévoit toutefois que " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelle. ". Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : () /3° Lorsqu'il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2, si les épreuves de dépistage se révèlent positives () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du même code : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heure heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent-vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants () ".

5. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2-2° du code de la route, qui doit être prise dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant conduit après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement la prendre en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que M. E a été intercepté le 3 octobre 2021 pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Ces circonstances étaient de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Dès lors, pour faire usage de la possibilité qu'il tenait du 2° de l'article L. 224-2 du code de la route de suspendre le permis de conduire de l'intéressé pour une durée de six mois, le préfet de la Vendée, compte tenu du délai de 120 heures dans lequel s'exerçait son action, n'était donc pas tenu de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article L. 224-1 du code de la route :

7. L'arrêté du 6 octobre 2021 du préfet de la Vendée est intervenu suite à l'infraction relevée à l'encontre de M. E le 3 octobre 2021 qui a donné lieu à la rétention de son permis de conduire le même jour. Les dispositions susmentionnées du code de la route imposent que si l'autorité administrative entend suspendre le permis de conduire du contrevenant, elle doit le faire dans un délai de 72 heures ou 120 heures à compter de la rétention. En l'espèce, les vérifications des prélèvements salivaires du requérant ont été réalisées le 4 octobre 2021 et communiquées à la gendarmerie le 6 octobre 2021. Ces résultats ayant fait apparaître la présence d'opiacé et de cocaïne dans les prélèvements salivaires de M. E, la suspension de son permis de conduire dans un délai de 120 heures suite à son avis de rétention est donc conforme aux dispositions citées au point 3.

En ce qui concerne la régularité de la procédure de constatation :

8. D'une part, si le requérant fait grief aux services de gendarmerie de ne pas avoir vérifié ses prélèvements salivaires conformément aux articles L.235-2 et R.235-5 du code de la route, ce moyen manque en fait puisque l'analyse toxicologique de la salive du requérant réalisée par le CHU de Poitiers le 4 octobre 2022 a confirmé la présence de cocaïne et d'amphétamines et ces résultats, positifs, ont été adressés à la gendarmerie le 6 octobre 2021.

9. D'autre part, si M. E fait également grief aux services de gendarmerie de ne pas lui avoir proposé la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R.235-11 du code de la route, ce moyen manqué également en fait puisque le 3 octobre 2021 à 14h21, il a signé le " formulaire d'information d'une personne soupçonnée d'avoir conduit après avoir fait usage de produits ou plantes classés comme stupéfiant " et a coché la case "Je ne souhaite pas me réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévue par l'article R.235-11 ".

En ce qui concerne l'erreur de fait :

10. Il est constant que M. E, prévenu du chef de conduite le 3 octobre 2021 d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants a, bénéficié d'un avis de classement sans suite par le procureur de la République près du tribunal judicaire de Saint-Brieuc le 21 février 2022. Toutefois, il est tout aussi constant que le juge pénal ne s'est alors pas prononcé sur les faits constitutifs de l'infraction. Si, pour contester l'infraction relevée à son encontre, M. E verse les résultats négatifs d'analyses toxicologiques qu'il a réalisées, ces dernières ne sauraient à elles seules remettre en cause les résultats positifs transmis par le CHU de Poitiers dès lors que la date des prélèvements urinaires utilisés sont postérieurs à ceux des prélèvements utilisés par le CHU. Il suit de là que si la mesure de suspension de son permis de conduire doit être regardée comme non avenue, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette mesure, prononcée à titre provisoire par le préfet de la Vendée en considération des faits constatés par un avis de rétention du 3 octobre 2021 mentionnant la présence de produits stupéfiants dans la salive de l'intéressé, en l'occurrence cocaïne et amphétamines, et confirmés par le rapport toxicologique du CHU de Poitiers, le 6 octobre. Par suite, en décidant, par l'arrêté du même jour, de la suspension pour une durée de six mois du titre de conduite du requérant, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait, ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement du requérant constituait un danger grave au regard notamment de la sécurité publique, de la sécurité des personnes et de l'ordre public.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation :

11. Enfin, si M. D soutient qu'il a besoin de son permis de conduire pour des raisons personnelles et professionnelles, cette circonstance est sans incidence sur la décision contestée, dont la légalité ne peut être appréciée qu'au regard des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. E réclame le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président-rapporteur

Signé

G. FLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

V. Le Boëdec

N°210625

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