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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106273

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106273

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEMONNIER-BARTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2021 et le 23 août 2022, l'EARL Gounit Kerjecal et M. A C, représentés par Me Barthe, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle le préfet de la région Bretagne a rejeté leur demande d'autorisation d'exploiter 9 hectares 38 ares et 78 centiares de surface agricole située à Combrit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3, I, a) du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne du fait qu'elle conduit à un agrandissement excessif au sens du schéma directeur, tandis qu'il existe une autre demande relevant d'une priorité définie par ce schéma directeur ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 4 mai 2018 arrêtant le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 janvier 2021, l'exploitation agricole à responsabilité limitée " EARL Gounit Kerjecal " a déposé une demande d'autorisation d'exploiter des parcelles d'une contenance totale de 9 hectares 38 ares et 78 centiares sur la commune de Combrit. Une demande d'autorisation d'exploiter a été déposée pour les mêmes parcelles le 29 mars 2021 par M. E, exploitant agricole. Par une décision du 1er juin 2021, notifiée le 30 juin 2021, le préfet de la région Bretagne a rejeté la demande d'autorisation d'exploiter de l'EARL Gounit Kerjecal. Cette dernière ainsi que son unique associé demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : () ; / 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; (). ". Il résulte de ces dispositions que si la concentration d'exploitations excessive peut justifier un refus d'autorisation d'exploiter au regard des critères fixés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles, cet article du code rural et de la pêche maritime ne fixe aucun seuil au-delà duquel un tel rejet serait obligatoire et se rapporte pour son application au schéma directeur régional des exploitations agricoles.

3. Par ailleurs, aux termes du point 4 de l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne : " () / 4) Les agrandissements et concentrations d'exploitations excessifs : / Les agrandissements ou concentration excessifs concernent les exploitations, dont : / la surface par UTA est supérieure à 4 fois le seuil de déclenchement défini à l'article 3 ; et / l'IDE par UTA exploitant est supérieur à 200 % de la moyenne régionale ".

4. En outre, aux termes du I de l'article 3 du même schéma directeur, portant sur l'ordre des priorités : " I- Règles et dispositions particulières : / a) règles s'appliquant à toutes les priorités : En cas de demandes concurrentes relevant du même rang de priorité, les candidatures sont classées au regard des critères et règles fixés à l'article 5. / Si ce classement ne permet pas de les départager, des autorisations sont délivrées pour chacune d'elles. / Au sein d'une même priorité, on départagera les demandes en fonction des sous-priorités. / Tout demandeur exploitant ses terres en mode de production biologique ou en conversion et demandant des terres en agriculture biologique (parcelles déjà converties ou en cours de conversion) pour les maintenir en agriculture biologique est prioritaire par rapport aux autres demandeurs relevant du même rang de priorité. / Les candidats ayant un projet d'installation en agriculture biologique bénéficient également de cette sous-priorité. (). / En cohérence avec les orientations du SDREA, une priorité pourra être accordée, après avis motivé de la CDOA, aux demandes d'autorisation d'exploiter présentées par des établissements de recherche, d'enseignement ou d'insertion à caractère agronomique, économique, social ou environnemental n'ayant pas le caractère d'une exploitation agricole familiale, du fait de leur rôle important dans la formation des agriculteurs et le développement agricole. (). / Les agrandissements et concentrations d'exploitations excessifs tels que défini au point 4 de l'article 5, peuvent être autorisés, si et seulement si, aucune demande concurrente ne relève des priorités décrites ci-dessus. () ".

5. Aux termes du II de l'article 3 du même schéma directeur, portant sur l'ordre des priorités : " II- Les priorités: / Priorité 1 : maintien de l'exploitation du preneur en place () / Priorité 2 : échanges de parcelles ou parcelles ou îlot de parcelles de proximité de bâtiment d'élevage du demandeur () / Priorité 3 : réinstallation d'agriculteur avant perdu plus de 2/3 de son exploitation. () / Priorité 4 : / 4-1 Reprise de l'exploitation par le conjoint (). / 4-2 Installation d'agriculteur à titre exclusif ou principal ou agrandissement d'une société par l'installation d'agriculteur à titre exclusif ou principal (). / Priorité 5 : Zones soumises à contraintes environnementales (ZSCE) (). / Priorité 6 : compensation des surfaces perdues de l'exploitation (). / Priorité 7 : attribution de parcelle ou d'îlot de parcelles enclavé(e) ou de parcelle de liaison () / Priorité 8 : consolidation d'exploitation avant un IDE/UTA composé à plus de 70% de productions animales ou de fruits et légumes frais (). / Priorité 9 : réunion d'exploitations ou agrandissement : () / Réunion d'exploitations tel que définie à l'article 1. Agrandissements d'exploitations se situant au-delà du seuil de viabilité avant l'opération projetée. Agrandissement à raison de surfaces au-delà de l'application de la priorité 8 en cas de plafonnement (). / Priorité 10 : Autres cas d'installation / Autres cas d'installation. / Priorité 11 : autres cas. ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'agrandissement de M. E, concurrente de celle de l'EARL Gounit Kerjecal, relevait, en qualité de demande d'agrandissement, de la priorité 9 précitée du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne, même si cette demande pouvait également être regardée comme un agrandissement excessif au regard de la définition qu'en donnent les dispositions précitées du point 4 de l'article 5 du schéma directeur. Par ailleurs, la demande de l'EARL Gounit Kerjecal, qui portait sur une installation à titre progressif et secondaire de son seul et unique associé exerçant par ailleurs une autre profession, ne pouvait être considérée comme relevant d'une installation à titre principal, soit de la priorité 4 du schéma directeur régional, l'unique associé de l'EARL ne justifiant pas, en outre, d'une qualification correspondant à l'exercice du métier de responsable d'exploitation agricole, mais relevait de la priorité 10 précitée du schéma directeur régional s'appliquant aux " autres installations ". Il ressort ainsi des pièces du dossier qu'en considérant que la demande de l'EARL Gounit Kerjecal relevait de la priorité 10 et que celle de M. E relevait de la priorité 9, le préfet n'a commis aucune erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la demande de ce dernier était prioritaire sur celle de l'EARL requérante.

7. En outre, les dispositions précitées du dernier alinéa du a) du I de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles relatif à l'ordre des priorités indiquant que " les agrandissements et concentrations d'exploitations excessifs () peuvent être autorisés, si et seulement si, aucune demande concurrente ne relève des priorités décrites ci-dessus ", n'impliquent pas, comme le soutiennent les requérants, qu'aucun agrandissement excessif ne peut être autorisé s'il existe une demande concurrente relevant d'un des ordres de priorités visés par les dispositions précitées du II de l'article 3) du schéma directeur régional des structures, mais prescrivent seulement qu'un agrandissement excessif ne peut être autorisé qu'en l'absence de demande concurrente relevant des priorités visées par le a) du I de l'article 3 du schéma directeur régional qui concernent les projets d'agriculture biologique classés au sein de la même priorité que le projet d'agrandissement excessif, ainsi que les demandes des établissements de recherche, d'enseignement ou d'insertion à caractère agronomique, économique, social ou environnemental. Dès lors, l'EARL Gounit Kerjecal, qui ne relevait pas de la même priorité que celle de son concurrent et qui n'est pas non plus un établissement de recherche d'enseignement ou d'insertion, n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait autoriser la demande de son concurrent, au seul motif qu'il constituait un agrandissement excessif et méconnaissait ainsi les dispositions précitées du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne prises pour l'application des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et a) du I de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles doit être écarté.

8. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que la demande présentée par l'EARL Gounit Kerjecal correspond à six orientations visées par le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher d'erreur manifeste d'appréciation la décision attaquée, qui devait en tout état de cause faire application de l'ordre des priorités fixé par ce schéma directeur régional des exploitations agricoles.

9. Il résulte de ce qui précède que l'EARL Gounit Kerjecal et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 1er juin 2021 rejetant leur demande d'autorisation d'exploiter.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL Gounit Kerjecal et M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Gounit Kerjecal, représentante unique des requérants, à M. B E et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. D

Le président,

signé

O. GosselinLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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