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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106274

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106274

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PAMLAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 décembre 2021, 22 février et 16 décembre 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2021 par laquelle le maire de Parthenay-de-Bretagne s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile le 17 septembre 2021 en vue de l'édification d'un pylône de radiotéléphonie mobile sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de Parthenay-de-Bretagne de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Parthenay-de-Bretagne une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, en ce que c'est à tort que le maire de la commune a considéré que le projet méconnaissait l'article 6.1. du règlement littéral du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Rennes métropole, au motif que les trois arbres à feuilles caduques dont la plantation est prévue ne correspondraient pas à la notion d'arbre au sens du PLUi ;

- cette décision est entachée d'une seconde erreur au regard des mêmes dispositions, en ce que c'est à tort que le maire a considéré qu'en raison de leur petite taille, les arbres ne pouvaient être regardés comme " étant de développement adapté à la taille du terrain et à la surface de pleine terre " ;

- cette décision est entachée d'incompétence négative, en ce qu'il appartenait au maire d'imposer des prescriptions spéciales concernant la hauteur des arbres, un refus d'autorisation d'urbanisme étant illégal si la demande pouvait donner lieu à de simples prescriptions ;

- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Parthenay-de-Bretagne, dès lors qu'aucun élément du dossier ne permet de conclure à une quelconque manœuvre de nature à caractériser une fraude commise par la société Free Mobile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, la commune de Parthenay-de-Bretagne, représentée par la selarl Valadou-Josselin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, il peut être procédé à une substitution de motifs dès lors que les contradictions figurant dans le dossier entre les arbres annoncés et ceux représentés sur le plan d'élévation ont pour seul objectif d'induire la commune en erreur concernant l'application de l'article 6-1 du PLUi, et caractérisent ainsi une manœuvre frauduleuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile et de Me Nadan, représentant la commune de Parthenay-de-Bretagne.

Une note en délibérée, présentée par la société Free Mobile, a été enregistrée le 6 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Free Mobile a déposé le 17 septembre 2021 une déclaration préalable en vue d'édifier un pylône de radiotéléphonie mobile sur une parcelle cadastrée section A n° 1628 sur la commune de Parthenay-de-Bretagne. Par un arrêté du 8 octobre 2021, le maire de Parthenay-de-Bretagne s'est opposé à cette déclaration préalable. La SAS Free Mobile demande l'annulation de cette décision d'opposition.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6.1. du titre IV du règlement littéral du PLUi : " () Dans toutes les zones : () En cas de plantations d'arbres et arbustes, ceux-ci sont de développement adapté à la superficie et la configuration de la surface de pleine terre (*) et les conditions de plantations doivent être adaptées au développement des arbres (fosses, revêtement de sol par

matériaux perméables, ).() Dans les zones U et 1AU : le terrain doit comporter au minimum () 1 arbre planté par tranche complète de 200 m2 de surface de pleine terre ".

3. L'autorité administrative saisie d'une demande d'autorisation d'urbanisme ou d'une déclaration préalable, peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis ou la déclaration préalable n'ayant d'autre objet que de d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions applicables du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de déclaration préalable, que la parcelle d'assiette du projet, située en zone UP comporte plus de 700 mètres carrés de surface végétale. La déclaration préalable déposée le 17 septembre 2021 prévoit la plantation, à proximité de l'antenne de trois arbres à feuilles caduques. Pour s'opposer à cette déclaration préalable, le maire de Parthenay s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce que les arbres dont la plantation est envisagée ne peuvent être, en raison de leur petite taille, considérés comme des arbres au sens du règlement du PLUi, et d'autre part, sur ce qu'en raison de leur taille, ces arbres en question ne peuvent être regardés comme étant de développement adapté à la superficie et la configuration de la surface de pleine terre.

5. Toutefois, la circonstance que les arbres matérialisés sur le plan de masse et le plan en élévation présentent, à la date de leur plantation, une hauteur limitée à 1 mètre environ n'est pas, à elle seule, de nature à établir que les plantations envisagées ne correspondraient pas à des arbres au sens du PLUi, alors que la société Free mobile indique bien envisager la plantation de trois arbres à feuilles caduques. De même, en l'absence de précisions sur les essences d'arbres dont la plantation est envisagée, il ne peut être considéré, au stade de la déclaration préalable, que ces arbres ne présenteraient pas un développement adapté à la superficie et à la configuration de la surface de pleine terre. Ainsi, aucun des deux motifs opposés par le maire de Parthenay-de-Bretagne n'apparaît de nature à justifier la décision d'opposition litigieuse.

6. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'à supposer même que le maire de Parthenay-de-Bretagne ait été fondé à estimer que les plantations envisagées ne répondaient pas aux prescriptions de l'article 6.1. du règlement littéral du PLUi, cette circonstance ne justifiait pas à elle-seule une décision d'opposition, mais aurait seulement rendu donner lieu à des prescriptions quant à la hauteur des arbres à l'âge adulte, ou aux essences à privilégier. Par suite, en prenant une décision d'opposition pour ce motif, le maire de Parthenay-de Bretagne a commis une erreur de droit.

En ce qui concerne la demande de substitution de motifs :

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. La commune de Parthenay-de-Bretagne soutient que la déclaration préalable déposée par la société Free mobile révèle une fraude destinée à induire l'administration en erreur quant à la teneur précise du projet, dans le but d'échapper à l'application de l'article 6.1. du règlement littéral du PLUi, compte tenu de la surface limitée libre de construction dont elle dispose pour procéder à la plantation d'arbres. Toutefois, aucun élément ne permet de considérer, au vu des représentations graphiques et de la notice figurant au dossier de demande, que la société Free mobile aurait l'intention de ne pas respecter ses déclarations concernant la plantation de trois arbres à feuilles caduques, les plans figurant au dossier ne permettant pas de conclure que les plantations envisagées ne correspondraient pas à la notion d'arbres prévue par le PLUi, ni que la surface de pleine terre dont dispose la société Free Mobile ne permettrait pas la plantation de trois arbres. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs présentée par la société Free Mobile.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de Parthenay-de-Bretagne s'est opposé à la déclaration préalable déposée en vue de la construction d'une antenne de radiotéléphonie mobile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2020 implique nécessairement que le maire de Parthenay-de-Bretagne délivre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 17 septembre 2021. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Parthenay de Bretagne d'agir en ce sens, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Parthenay-de-Bretagne doivent dès lors, être rejetées.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Parthenay-de-Bretagne la somme de de 1 500 euros à verser à la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel laquelle le maire de Parthenay-de-Bretagne s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile le 17 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Parthenay-de-Bretagne de délivrer à la société Free Mobile une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 17 septembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Parthenay-de-Bretagne versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Parthenay-de-Bretagne tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free Mobile et à la commune de Parthenay-de-Bretagne.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

V. A

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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