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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106380

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106380

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021 sous le n° 2106380, Mme C B épouse A, représentée par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'examiner sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer ou, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mai 2022 et 22 mai 2023 sous le n° 2202364, Mme C B épouse A, représentée par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, d'examiner sa demande de titre de séjour, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer ou, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2022.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 22 mai 2023 sous le n° 2203559, Mme C B épouse A, représentée par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, et d'examiner sa demande de titre de séjour, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour exercer les fonctions de rapporteure publique, en application des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin, président ;

- et les observations de Me Baudet, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque, est entrée en France le 14 juillet 2015 sous couvert d'un visa type C. Le 3 février 2020, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 15 septembre 2021, elle a sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le 3 janvier 2022, elle a formé un recours gracieux contre cette décision. Par un arrêté du 14 janvier 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour.

2. Les requêtes n° 2106380, n° 2203559 et n° 2202364 concernent la situation d'une même personne. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour et sur un recours gracieux fait naître des décisions implicites de rejet qui peuvent être déférées au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication de motifs des décisions implicites de rejet, se substitue aux premières décisions. En l'espèce, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour et de la décision implicite par laquelle il a rejeté son recours gracieux contre cette décision, doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 14 janvier 2022 par laquelle le préfet a confirmé ce refus. L'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet dans les deux premières requêtes doit donc être écartée.

4. L'arrêté vise les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation personnelle et administrative de Mme A, notamment sa durée de présence en France, son absence d'insertion professionnelle et dans la société française, la présence de ses parents et de ses frères dans son pays d'origine, son mariage avec un compatriote et les deux enfants nés de cette union. Le préfet indique également qu'il lui appartenait de solliciter le bénéfice du regroupement familial. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que le préfet ait à mentionner le parcours scolaire des enfants, les cours de français suivis par l'intéressée, la circonstance que le couple élève le fils de M. A, né d'une précédente d'union, ou encore la pathologie et les difficultés de cet enfant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté. Il en résulte, dès lors, que les décisions implicites critiquées dans les deux premières requêtes ne peuvent être utilement contestées au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions du code des relations entre le public et l'administration en ne communiquant pas au requérant les motifs des décisions implicites dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

5. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de Mme A, même s'il a retenu à tort que celle-ci ne présente aucune promesse d'embauche, dès lors que la promesse d'embauche dont Mme A fait état pour un contrat à durée indéterminée à temps partiel de trois heures hebdomadaires n'était pas, à elle seule, de nature à influer sur le sens de la décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, même si elle n'a jamais demandé à en bénéficier. Elle ne relevait donc pas du champ d'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut utilement en invoquer les dispositions. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. La scolarisation de ses enfants, l'état de santé de son fils et son suivi médical ainsi que le séjour régulier de son conjoint ne pouvant être regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, les éléments que fait valoir l'intéressée tenant à sa situation familiale, à la présence de l'enfant de M. A et à l'ancienneté de son séjour ne sont pas de nature à justifier son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, la seule promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée à temps très partiel ne peut, à elle seule, être regardée comme un motif de l'admettre à titre exceptionnel au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est présente sur le territoire français depuis 7 ans, mais elle s'y maintient en situation irrégulière depuis l'expiration de son visa d'entrée alors qu'elle pouvait régulariser sa situation en bénéficiant du regroupement familial. Elle est mariée avec un compatriote, titulaire d'une carte de résident, et deux enfants sont nés de cet union, mais elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où résident encore ses parents et ses frères. Dans ces conditions, et alors que le refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de sa famille, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de titre de séjour. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. La décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de ses enfants et du fils de son conjoint, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête n° 2203559, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022 et des décisions implicites par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes de Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2106380, 2202364 et 2203559 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

Le président-rapporteur,

signé

O. Gosselin

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

NOS2106380, 2202364, 2203559

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