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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200077

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200077

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 janvier, 11 mai et 12 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Garet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet du Finistère a annulé les récépissés de déclaration d'acquisition d'armes qui lui avaient été délivrés sous les

n°s 02942020D002367892, 02942020D002367817 et 02942020D002367889, lui a ordonné de les restituer, de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser, ensemble la décision du 14 décembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui restituer les récépissés portant enregistrement de ses armes, son permis de chasser ainsi que toutes les armes de toute catégorie dont il avait possession et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) d'ordonner le retrait de toutes les écritures des propos ou évocation des faits pour lesquels la relaxe a été prononcée définitivement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué et la décision du 14 décembre 2021 sont insuffisamment motivés ;

- l'arrêté attaqué se fonde sur des faits dont l'exactitude matérielle n'est pas établie ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le bulletin n°2 de son casier judiciaire ne comporte aucune mention de condamnation pénale ;

- il a été relaxé de toutes les fins de poursuite pour les faits de juillet 2021 par le tribunal de police de Quimper ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la dangerosité de son comportement, eu égard à l'absence de gravité des faits mentionnés dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires, à l'ancienneté des faits de 2018, à l'absence de condamnation pénale et à sa bienveillance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

13 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une perquisition intervenue le 30 avril 2018 au domicile de M. B dans le cadre d'un conflit de voisinage, des armes dont quatre fusils de chasse, deux fusils à air comprimés et des munitions ont fait l'objet d'une saisie immédiate. Par un arrêté du

28 septembre 2018, le préfet du Finistère a ordonné la remise immédiate de toutes les armes et munitions détenues par M. B aux services de police territorialement compétents pour une durée maximale d'un an et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie sur le fondement des dispositions des articles L. 312-7 et L. 312-10 du code de la sécurité intérieure. Par un arrêté du 8 novembre 2019, et au vu d'un certificat médical délivré le 9 septembre 2019 par un psychiatre du centre hospitalier régional et universitaire de Brest, le préfet du Finistère a ordonné la restitution à M. B de ses armes et munitions et a mis fin à l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie sur le fondement des dispositions des articles L. 312-9, L. 312-10 et R. 312-69 du code de la sécurité intérieure. A la suite d'un nouveau conflit de voisinage survenu le 30 juin 2021, M. B a été interpelé par les services de police le 13 juillet 2021. Par un arrêté du 14 octobre 2021, la sous-préfète de Châteaulin a annulé les récépissés de déclaration d'acquisition d'armes qui lui avaient été délivrés sous les

n°s 02942020D002367892, 02942020D002367817 et 02942020D002367889, lui a ordonné de les restituer, de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser. Par un courrier du 5 novembre 2021, reçu le

9 novembre suivant, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision de la sous-préfète de Châteaulin du 14 décembre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 ainsi que la décision du 14 décembre 2021.

Sur la légalité externe de l'arrêté du 14 octobre 2021 et de la décision du

14 décembre 2021 :

2. En premier lieu, l'arrêté du 14 octobre 2021 a été signé par Mme A D en qualité de sous-préfète de Châteaulin. Par un arrêté préfectoral du

15 décembre 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Finistère le

16 décembre suivant, le préfet du Finistère a délégué à la sous-préfecture de Châteaulin la compétence en matière de réglementation des armes à compter du 1er janvier 2021. Par un arrêté du 22 septembre 2021, régulièrement publié, le préfet du Finistère a donné délégation à

Mme A D, sous-préfète de Châteaulin, à l'effet de signer, à compter du

27 septembre 2021, les actes relevant des attributions de la sous-préfecture de Châteaulin déterminées par l'arrêté préfectoral précité, à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées. Au nombre de ces exceptions ne figurent pas les actes et décisions concernant la règlementation des armes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du

14 octobre 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". L'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions des articles L. 312-3,

L. 312-11, L. 312-13 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, fait état de ce qu'une enquête administrative a révélé que l'intéressé a fait l'objet de signalements pour des faits de violences et de harcèlement. Le préfet a estimé que le comportement de M. B laisse craindre une utilisation dangereuse, pour lui-même ou pour autrui, des armes qu'il détient et s'avère incompatible avec la détention de ces armes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, les vices propres de la décision par laquelle la sous-préfète de Châteaulin a rejeté le recours gracieux de M. B ne peuvent être utilement contestés. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance motivation de la décision du 14 décembre 2021 doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité interne de l'arrêté du 14 octobre 2021 et de la décision du

14 décembre 2021 :

6. Aux termes de L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () ". Selon l'article L. 312-13 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie (). / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. ". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; (). ". L'article L. 423-15 du code de l'environnement énonce que : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n°78-17 du

6 janvier 1978 ; (). ".

7. En premier lieu, l'autorité de chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif. La même autorité ne saurait, en revanche, s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité.

8. Pour prendre les décisions attaquées de dessaisissement et d'interdiction de détenir des armes, le préfet du Finistère a retenu les circonstances que l'intéressé a été signalé pour des faits de harcèlement d'une personne sans incapacité, de propos ou de comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de vie altérant la santé commis du 1er juin 2016 au 16 mai 2018 ainsi que pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis le 30 juin 2021.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, retraité, estimant subir des troubles de voisinage résultant du bruit occasionné par un habitant résident au-dessus de chez lui, est en situation de conflit avec cette personne depuis plusieurs années. Le 1er juillet 2021, ce voisin a déposé une plainte contre le requérant au motif que ce dernier, alcoolisé, lui a porté un coup de poing au visage et l'a menacé de mort alors qu'ils se croisaient dans un couloir de l'immeuble. M. B conteste la matérialité de ce fait en faisant état du jugement du tribunal de police de Quimper du 15 juin 2022 prononçant sa relaxe au motif que l'infraction du 30 juin 2021 est " insuffisamment caractérisée ". Toutefois, ainsi qu'il est dit au point précédent, ce jugement, qui relaxe M. B au bénéfice du doute, ne s'impose pas au juge administratif car il ne comporte pas de considération de fait ayant autorité de chose jugée.

10. En outre, si le requérant relève que d'autres locataires subissent des troubles de voisinage de ce même résident, cette circonstance est sans incidence sur la matérialité des faits reprochés. Il en est de même des deux témoignages de son voisinage proche qui font état du comportement manipulateur de ce voisin sans mentionner l'incident du 30 juin 2021 ayant opposé M. B et ce voisin. Ainsi, M. B ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits reprochés. Le préfet du Finistère produit, pour sa part, le dépôt de plainte du voisin de

M. B relatant précisément l'incident qui l'a opposé au requérant le 30 juin 2021 ainsi que le certificat médical du 1er juillet 2021 constatant qu'il est victime " d'excoriations et erythème 5x6 cm frontal gauche " et atteint d'une incapacité totale de travail de trois jours.

11. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du dépôt par M. B d'une main courante le 12 mai 2017 pour signaler des différends de voisinage et d'une plainte pour diffamation contre ce voisin le 27 août 2018, un accord de médiation pénale homologué par le tribunal de grande instance de Quimper du 2 juillet 2019 a été conclu entre les protagonistes aux termes duquel ils se sont engagés à se respecter mutuellement. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, ce dernier n'établit pas sa qualité de victime des faits commis entre le

1er juin 2016 et le 16 mai 2018.

12. Il résulte de ce qui est dit aux points 8 à 11 que le moyen tiré de ce que l'exactitude matérielle des faits qui fondent l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment établie doit être écarté.

13. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'absence de mention de condamnation pénale dans le bulletin n°2 de son casier judiciaire, dès lors qu'une telle mention est sans incidence sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure qui constitue le fondement de l'arrêté attaqué.

14. En dernier lieu, M. B se prévaut de l'absence de gravité des faits mentionnés dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires, de l'ancienneté des faits de 2018, de l'absence de condamnation pénale et de sa bienveillance. Toutefois, les faits du 30 juin 2021, qui sont récents, concernent un différend avec le même voisin que celui à l'encontre duquel le requérant avait déposé une main courante et une plainte ainsi qu'il a été dit au point 11 et ce, en dépit de l'accord de médiation pénale conclu entre les intéressés le 2 juillet 2019. La production de témoignages faisant état du calme et de la bienveillance du requérant ainsi que du certificat médical du 9 septembre 2019 mentionnant la compatibilité de son comportement avec la détention d'une arme dans le cadre de la procédure de restitution des armes décrite au point 1, lequel n'est pas suffisamment contemporain des faits du 30 juin 2021, ne sont pas de nature à remettre en cause la persistance de violences entre les intéressés. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure en estimant que le comportement de M. B était incompatible avec la détention d'une arme. Ainsi, les mesures de dessaisissement des armes de toute catégorie, d'interdiction d'en acquérir et d'en détenir, d'inscription de cette interdiction au fichier national

des interdits d'acquisition et de détention d'armes et de retrait du permis de chasser ne sont pas disproportionnées dans les circonstances de l'espèce. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de faire droit à la demande de retrait de toutes les écritures des propos ou évocation des faits pour lesquels la relaxe de M. B a été prononcée définitivement par un jugement du tribunal de police de Quimper du 15 juin 2022.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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