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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200173

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200173

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ENARD-BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 10 janvier 2022 et le 23 janvier 2024, la SAS SB Restaurant, représentée par Me Colliou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 rejetant sa demande d'aide au titre du fonds de solidarité pour le mois de janvier 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 rejetant sa demande d'aide au titre du fonds de solidarité pour le mois de février 2021 ;

3°) d'annuler la décision rejetant sa demande d'aide de reprise du 28 septembre 2021 ;

4°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine de lui allouer, dans un délai de 15 jours à compter du jugement, les aides sollicitées ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence des signataires des décisions attaquées n'est pas établie ; les dispositions des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision rejetant sa demande d'aide au titre du mois de janvier 2021 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; son activité principale était à cette date la restauration, elle avait acquis un restaurant de cuisine traditionnelle et cette activité était visée à l'annexe 1 du décret du 30 mars 2020 ; le restaurant avait subi une interdiction d'ouverture et une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % en janvier 2021 ;

- la décision rejetant sa demande d'aide au titre du mois de février 2021 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; son activité principale était à cette date la restauration, elle avait acquis un restaurant de cuisine traditionnelle et cette activité était visée à l'annexe 1 du décret du 30 mars 2020 ; le restaurant avait subi une interdiction d'ouverture et une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % en janvier 2021 ; l'administration a assimilé sa situation à celle d'une société nouvellement créée, mais elle s'est contentée de racheter un restaurant existant ; le décret n° 2020-371 n'exclut pas clairement les entreprises nouvellement créées de son dispositif et n'exclut absolument pas de son champ d'application la reprise d'un restaurant existant, ni la prise en compte du chiffre d'affaires de l'ancien exploitant pour le calcul de l'aide ; l'administration ajoute des conditions restrictives à celles prévues par le décret ; exclure les entreprises rachetées de ce dispositif est contraire à son esprit ; elle a repris l'ensemble des charges relatives à l'entreprise préexistante ;

- sa demande d'aide à la reprise a été rejetée au motif qu'elle n'était pas éligible au dispositif dès lors que son chiffre d'affaires de l'année 2020 n'était pas nul ; cela revient à exclure de ce dispositif les entreprises, qui comme elle, ont modifié leur code APE au cours de l'année 2020 ; le décret du 20 mai 2021 ne prévoit pas une telle exclusion ; l'administration ajoute une condition restrictive au décret et exclut du bénéfice de ce dispositif d'aide des entreprises rachetées ce qui est contraire à son esprit ;

- les interprétations restrictives de l'administration sont contraires au principe d'égalité devant la loi ; toute interprétation contraire irait à l'encontre du principe de sécurité juridique ;

- après avoir remis en cause les aides perçues du fonds de solidarité au titre des mois de mars, avril et mai 2020, l'administration a rapporté les titres exécutoires par une décision du 8 septembre 2023 reconnaissant ainsi qu'elle remplissait les conditions d'attribution de ces aides.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2022 et 9 février 2024, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS SB Restaurant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS SB Consult Restaurant a été créée en 2017 et a déclaré comme objet social la formation professionnelle aux métiers du commerce, de l'artisanat, de la restauration et de l'industrie agro-alimentaire, ainsi que l'audit, le conseil et l'assistance dans ces domaines. Le 26 octobre 2020, elle a toutefois acquis, auprès de la SARL Samba-Redon, un fonds de commerce de restauration traditionnelle. Elle a étendu son objet social à l'activité de restauration, fait disparaître le terme " consult " de sa dénomination sociale et changé son code APE en faveur du code APE 56.10A correspondant à une activité de restauration traditionnelle. Elle a déclaré démarrer sa nouvelle activité le 26 octobre 2020.

2. La SAS SB Restaurant a déposé, les 24 février et 7 avril 2021, des demandes d'aides du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, au titre des mois de janvier et février 2021, en faisant état de son activité de restauration. Ces demandes ont été rejetées par des décisions des 15 mars et 12 avril 2021, que le tribunal a annulées par un jugement nos 2101772 et 2102286 du 1er décembre 2021. Ce jugement ayant enjoint à l'administration de réexaminer les demandes d'aide déposées par la société requérante au titre des mois de janvier et février 2021, dans un délai d'un mois à compter de sa notification, le service a procédé à ce réexamen et, par les deux premières décisions attaquées du 23 décembre 2021, a rejeté à nouveau ces demandes.

3. La SAS SB Restaurant a également déposé, le 30 août 2021, une demande afin de bénéficier d'une aide à la reprise en application des dispositions du décret du 20 mai 2021, instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19. Cette demande a été rejetée par une décision du 28 septembre 2021, confirmée par une décision du 11 octobre 2021 rejetant le recours gracieux formé par la SAS SB Restaurant.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les décisions du 23 décembre 2021 rejetant les demandes d'aide présentées au titre des mois de janvier et février 2021 :

4. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois. ".

5. Aux termes de l'article 3-19 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. A - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 20 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de janvier 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Leur activité principale a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er janvier 2021 au 31 janvier 2021 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er janvier 2021 et le 31 janvier 2021 et elles appartiennent à l'une des trois catégories suivantes : / a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 10 février 2021 ; / () / B. - Les entreprises mentionnées au 1° du A du I perçoivent une subvention égale soit au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros soit à 20 % du chiffre d'affaires de référence mentionné au IV du présent article. Les entreprises bénéficient de l'option qui est la plus favorable. / () / IV. - la perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de janvier 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme : / - le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de janvier 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, si cette option est plus favorable à l'entreprise () ".

6. Aux termes de l'article 3-22 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. A - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 20 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de février 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er février 2021 au 28 février 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er février 2021 et le 28 février 2021 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er janvier 2021 et le 31 janvier 2021 et elles appartiennent à l'une des quatre catégories suivantes : / a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 10 février 2021 ; / () / B. - Les entreprises mentionnées au 1° du A du I perçoivent une subvention égale soit au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros soit à 20 % du chiffre d'affaires de référence mentionné au IV du présent article. Les entreprises bénéficient de l'option qui est la plus favorable. / () / IV. - la perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de février 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme : / - le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de février 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, si cette option est plus favorable à l'entreprise ; / () ".

7. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que la perte de chiffre d'affaires permettant d'apprécier l'éligibilité au fonds de solidarité et de déterminer le montant de l'aide devant être versée, s'apprécie par référence à un chiffre d'affaires précédemment réalisé par l'entreprise sollicitant l'aide, c'est-à-dire par la personne physique ou morale de droit privé en faisant la demande.

8. Dès lors que, à l'appui de ses demandes d'aide présentées au titre des mois de janvier et février 2021, la SAS SB Restaurant, dont, antérieurement au 26 octobre 2020, l'activité principale n'était pas au nombre de celles mentionnées au 1° du A du I des articles cités aux points 5 et 6 ci-dessus, s'est prévalue de pertes de chiffre d'affaires en retenant comme chiffre d'affaires de référence, un chiffre d'affaires mensuel réalisé en 2019 par la personne morale exploitant le fonds de commerce de restauration avant le 26 octobre 2020, c'est-à-dire par une entreprise distincte d'elle, l'administration était tenue de rejeter sa demande. L'administration ayant été ainsi en situation de compétence liée, les moyens soulevés par la société requérante sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la SAS SB Restaurant tendant à l'annulation des deux décisions du 23 décembre 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions rejetant la demande d'aide à la reprise :

10. La SAS SB Restaurant doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 28 septembre 2021 rejetant sa demande d'aide à la reprise du fonds de commerce de restauration acquis le 26 octobre 2020, ainsi que de la décision du 11 octobre 2021 rejetant son recours gracieux.

11. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et donc l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé, à l'exception de celles mentionnées aux 5° et 5° bis, peuvent bénéficier, au titre du premier semestre 2021, d'une aide à la reprise lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande : / () 5° Elles justifient d'un chiffre d'affaires nul au cours de l'année 2020 ; le chiffre d'affaires n'intègre pas le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter ; / () / II. - Au sens du présent décret : 1° La notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes ou, lorsque l'entreprise relève de la catégorie des bénéfices non commerciaux, comme les recettes nettes hors taxes ; / () "

12. Il résulte des dispositions citées au point précédent que ne sont éligibles à l'aide à la reprise prévue par le décret du 20 mai 2021 que les entreprises qui, notamment, justifient d'un chiffre d'affaires nul au cours de l'année 2020. Tel n'a pas été le cas de la SAS SB Restaurant qui a réalisé un chiffre d'affaires en 2020 dans le cadre de son activité de conseil. Elle ne pouvait ainsi, pour ce seul motif, prétendre au bénéfice de l'aide sollicitée et l'administration était tenue de la lui refuser. L'administration ayant été en situation de compétence liée, les moyens soulevés par la société requérante sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la SAS SB Restaurant tendant à l'annulation des décisions des 28 septembre et 11 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de la SAS SB Restaurant aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la SAS SB Restaurant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS SB Restaurant est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS SB Restaurant et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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