jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BARRET PATRICK ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février 2022 et 15 mars 2024, la société Basley Immobilier, représentée en dernier lieu par Me Aline Charlès, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 67 073,75 euros, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du refus de concours de la force publique et, à titre subsidiaire, la somme de 1 100 euros par mois d'occupation pour la période du 17 juillet 2021 au 3 février 2022, soit 7 271 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 932,22 euros correspondant aux frais réglés en pure perte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le motif du refus du concours de la force publique est illégal, dès lors qu'il pèse sur l'Etat une obligation légale de mise en œuvre de la force publique pour l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires ;
- le refus de lui accorder le concours de la force publique est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard du 17 juillet 2021 au 3 février 2022, date à laquelle le départ des occupants de l'immeuble a été constaté ;
- elle a subi un préjudice financier lié à l'impossibilité de vendre son bien immobilier en raison du refus de concours de la force publique, pouvant être évalué à 45 443,75 euros ;
- à défaut de reconnaissance du préjudice résultant de l'impossibilité de vendre son bien immobilier, elle a subi un préjudice financier résultant de la perte de loyers mensuels, pouvant être évalué à 7 271 euros ;
- elle a subi un préjudice financier incluant la taxe foncière ainsi que les frais d'assurance, pouvant être évalué à 2 076,90 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut :
1°) à ce que la demande de concours de la force publique soit déclarée sans objet ;
2°) à ce que la période de responsabilité de l'Etat soit fixée du 18 juillet 2021 au
3 février 2022 ;
3°) à titre principal, à ce que l'indemnisation de la société Basley Immobilier soit fixée à 135,72 euros ;
4°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation la société Basley Immobilier soit fixée au plus à 2 951 euros.
Il fait valoir que :
- en l'absence de réponse sur le concours de la force publique, la responsabilité de l'Etat est engagée après une période de deux mois, soit à compter du 18 juillet 2021 et non à compter du 17 juillet 2021 ;
- les préjudices dont se prévaut la requérante ne présentent pas un caractère réel et certain ;
- il n'existe pas de lien de causalité entre les préjudices allégués par la requérante et la carence de l'administration, hormis en ce qui concerne les frais d'assurance ;
- la société requérante ne démontre pas son intention de procéder à la mise en location de l'immeuble, alors que l'objectif de vendre le bien à court terme est contradictoire avec le principe de percevoir des revenus locatifs ;
- le montant de la taxe foncière n'est pas indemnisable au motif que, la période de responsabilité de l'Etat débutant le 18 juillet 2021, il incombait à la requérante qui était propriétaire du bien de payer cette imposition ;
- les frais d'assurance exposés en raison du refus de concours de la force publique peuvent être indemnisés à la somme de 135,72 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- et les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 15 octobre 2020, le tribunal judiciaire de Rennes a ordonné la vente par adjudication d'un immeuble situé 33 rue Aristide Tribalet sur le territoire de la commune de Montreuil-sur-Ille, et a adjugé la vente à la société Basley Immobilier au prix principal de 85 500 euros. Ce même jugement constitue un titre d'expulsion pour l'adjudicataire à l'égard des occupants et plus précisément de M. B C et de son épouse, Mme D E, au besoin avec le concours de la force publique. Un commandement de quitter les lieux au plus tard le 9 mai 2021, a été signifié aux occupants le 9 mars 2021. L'huissier de justice, constatant le
12 mai 2021, que les lieux n'avaient toujours pas été libérés, a sollicité le concours de la force publique le 17 mai 2021. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus de concours de la force publique, le 17 juillet 2021. La société Basley Immobilier a formé une demande préalable d'indemnisation auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine, le 25 novembre 2021, qui a été réceptionnée le 29 novembre 2021. Le silence gardé par le préfet sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, le 29 janvier 2022. La société Basley Immobilier demande au tribunal l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du refus de concours de la force publique.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. La société requérante ne demande pas l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de concours de la force publique qui lui a été opposée. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le préfet d'Ille-et-Vilaine ne peut qu'être écartée.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation (). ". L'article L. 411-1 du même code précise que : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus (). ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. S'il en va autrement dans le cas où l'exécution forcée comporterait un risque excessif de trouble à l'ordre public, un refus justifié par l'existence d'un tel risque, quoique légal, engage la responsabilité de l'Etat à l'égard du bénéficiaire de la décision de justice.
5. Il résulte de l'instruction que, par un jugement d'adjudication du 15 octobre 2020, la société Basley Immobilier est devenue propriétaire d'un immeuble situé à Montreuil-sur-Ille, cadastré section D n° 424. En raison du maintien dans les lieux des anciens occupants, la société Basley Immobilier a obtenu du juge judiciaire, par le même jugement, un titre d'expulsion à l'encontre des occupants prescrivant, à compter de la consignation et du paiement des frais taxés, de quitter les lieux et prévoyant, le cas échéant, le concours de la force publique. Par la suite, l'huissier de justice, constatant par un procès-verbal du 12 mai 2021 le refus des occupants de quitter les lieux, malgré un commandement de quitter les lieux au plus tard le 9 mai 2021, a déposé une demande de réquisition du concours de la force publique auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, le 17 mai 2021. Toutefois, ce concours n'a pas été accordé. Par suite, la responsabilité de l'Etat, même sans faute, est engagée.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne la période de responsabilité de l'Etat :
6. Il résulte de l'instruction que la société requérante a requis le concours de la force publique auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine le 17 mai 2021. Faute pour l'Etat d'avoir donné suite à cette demande et, compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action, la responsabilité de l'Etat est, en conséquence, engagée du 18 juillet 2021 au
3 février 2022, date de départ des lieux des occupants.
En ce qui concerne le préjudice financier :
S'agissant de l'impossibilité de vendre le bien :
7. Lorsque l'administration a refusé au propriétaire d'un local le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion d'occupants sans droits ni titre de ce local et qu'il est établi que ceux-ci ont spontanément quitté les lieux, la responsabilité de l'Etat n'est susceptible d'être engagée à l'égard du propriétaire, au titre des préjudices résultant pour lui de l'indisponibilité du local, que jusqu'à la date du départ des occupants. Ces préjudices peuvent ainsi naître, pour le propriétaire, de la perte d'une chance sérieuse de vendre son local au cours d'une certaine période et dans un délai raisonnable l'immeuble qu'il avait acquis. L'indemnisation du préjudice susceptible d'être né, pour le propriétaire, de l'impossibilité de vendre son local au cours d'une certaine période, lequel peut notamment résulter de la diminution de sa valeur vénale au cours de cette période, ou de l'impossibilité de tirer des revenus, pendant cette période, du placement de la somme attendue en paiement de la vente, ne saurait cependant se cumuler à l'indemnisation d'un préjudice locatif pour cette même période.
8. La société requérante fait valoir que le refus du préfet de lui apporter le concours de la force publique en vue de procéder à l'expulsion des occupants sans titre du logement dont elle est propriétaire l'a mise dans l'impossibilité de vendre ce bien, qu'elle a finalement revendu le 22 juillet 2022 au prix de 152 000 euros, avec une marge de 40 %. Elle demande à être indemnisée de la somme de 67 073,75 euros résultant de l'impossibilité de revendre ce bien plus tôt.
9. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant pour la société Basley Immobilier de l'impossibilité de revendre l'immeuble en litige en raison du refus de concours de la force publique pendant une période de six mois et demi en l'évaluant, sur la base du taux d'intérêt légal pour les particuliers de 3,12 % en vigueur au second semestre 2021, à la somme de 1 323,55 euros.
S'agissant des pertes de loyers et charges :
10. La société requérante demande, à titre subsidiaire, l'indemnisation du préjudice de perte de jouissance, constitué par la privation des loyers qu'elle aurait perçus une fois le bien libre de tout occupant.
11. Cependant, il résulte de l'instruction que la vente rapide du bien était l'unique objet justifiant son acquisition. Ainsi, la société requérante n'établit aucunement que, dans l'hypothèse où le concours de la force publique lui aurait été accordé, elle aurait mis en location le logement litigieux. Dans ces conditions, les pertes de loyers dont elle demande à être indemnisée à titre subsidiaire ne présentent pas le caractère d'un préjudice certain susceptible d'être indemnisé.
S'agissant des impositions foncières et des frais d'assurances :
12. Le montant des taxes foncières et les frais d'assurance, dont la société demande à être indemnisée, font partie des charges normalement supportées par les propriétaires. Par suite, il n'y a pas lieu de les prendre en compte pour déterminer l'indemnisation devant être accordée au titre des charges supplémentaires supportées par la société requérante.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que l'Etat est condamné à verser à la société Basley Immobilier la somme de 1 323,55 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de concours de la force publique. Le surplus de ses conclusions à fins d'indemnisation doit être rejeté.
Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :
14. La société Basley Immobilier a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter du 29 novembre 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
15. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 février 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente la société Basley Immobilier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Basley Immobilier la somme de
1 323,55 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de concours de la force publique avec intérêts au taux légal à compter du 29 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 29 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Basley Immobilier est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet d'Ille-et-Vilaine à fin de non-lieu à statuer sur la demande d'annulation du refus de concours de la force publique sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Basley Immobilier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 16 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
C. Grenier L'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
C. Pellerin
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026