jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LARZUL-BUFFET-LE ROUX & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février 2022 et 31 mai 2023, M. C B, représenté par Me Mlekuz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité, ensemble la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire née le 16 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une autorisation préalable, ou, à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 22 septembre 2021 est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle contient la qualité de l'auteur mais pas son nom ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'agent du CNAPS qui a procédé à la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) n'était pas habilité régulièrement en ce que l'arrêté du préfet de police du 27 juillet 2020 portant habilitation d'agent du CNAPS à la consultation du fichier TAJ est entaché d'un vice de compétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les faits retenus sont anciens et ne sont pas inscrits dans le bulletin n° 2 du casier judiciaire, que la seule circonstance que ces faits soient mentionnés dans le fichier TAJ n'est pas suffisant, que divers témoignages attestent ses qualités professionnelles et personnelles, et qu'aucune mesure tendant au retrait ou à l'abrogation de sa carte professionnelle n'a été prise.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest sont irrecevables dès lors qu'en application des articles L. 633-3 et R. 633-9 du code de sécurité intérieure, la décision nationale, qui se substitue à la décision de la commission locale, est seule susceptible d'être déférée devant le juge de l'excès de pouvoir ;
- les conclusions dirigées contre la décision implicite de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) devront être regardées comme dirigées contre sa décision expresse du 6 avril 2022 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes ;
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mlekuz, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 juin 2021, M. B a sollicité la délivrance d'une autorisation préalable permettant l'accès à une formation professionnelle d'agent de sécurité auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 22 septembre 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 15 novembre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Du silence gardé par l'administration sur sa demande est née une décision implicite de rejet. Ce sont les décisions dont M. B demande l'annulation.
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet de la CNAC doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 6 avril 2022, par laquelle cette commission a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. B contestant le refus de délivrance d'une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité.
4. Par conséquent, le moyen tiré du vice de forme relatif à l'absence du nom de l'acte attaqué, invoqué à l'encontre de la décision du 22 septembre 2021, est inopérant et doit être écarté pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 avril 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; (). ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou qu'ils auraient été effacés des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie.
7. Pour refuser de faire droit à la demande de M. B de délivrance de l'autorisation préalable en vue de suivre une formation en qualité d'agent de surveillance et de gardiennage, la CNAC Ouest s'est fondée sur la circonstance que les conditions de moralité requises par les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure n'étaient pas remplies, la consultation du fichier des traitements des antécédents judiciaires de l'intéressé ayant révélé que ce dernier avait été mis en cause pour des faits de violation de domicile et de vol aggravé par deux circonstances, commis le 13 novembre 2014.
8. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, il est constant que la matérialité des faits est établie, et d'autre part, bien qu'au moment des faits M. B détenait une carte professionnelle, qui, au demeurant, n'avait fait l'objet d'aucune mesure de retrait ou d'abrogation, l'intéressé a été condamné par la Cour d'appel de Rennes du 8 novembre 2016, confirmant le jugement du tribunal correctionnel de Saint-Malo du 15 décembre 2014, à une peine modérée de huit mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une amende délictuelle de 2 000 euros dispensée de toute inscription au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Par ailleurs, M. B verse au dossier de très nombreuses attestations circonstanciées, dont trois émanant d'entreprises avec lesquelles M. B a eu l'occasion de travailler comme agent de sécurité, ainsi que des collègues faisant état de sa capacité à garder son sang-froid, de son calme et de son sérieux dans son activité professionnelle. En outre, bien qu'il ressort de l'extrait du fichier des traitements des antécédents judiciaire que M. B a été mis en cause pour des faits de recel de bien provenant d'un vol du 1er janvier 2015 au 28 janvier 2016, il a été relaxé pour ces faits par le tribunal correctionnel de Saint-Malo du 17 avril 2018, et s'il a également été mis en cause pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité du 1er septembre 2014 au 15 août 2016, aucune suite de la procédure n'a été donnée, et la seule mention au TAJ n'est pas suffisante pour établir la matérialité des faits. En tout état de cause, ces faits n'ont pas été pris en compte par la CLAC du CNAPS pour fonder sa décision de refus. Dans ces conditions, et eu égard au caractère isolé et ancien du fait reproché du 13 novembre 2014, la décision du
6 avril 2022 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS refusant la délivrance d'une autorisation préalable est entachée d'une erreur d'appréciation et doit, par suite, être annulée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 6 avril 2022 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS doit être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de la justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
11. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du jugement implique d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B l'autorisation prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'éventuelles circonstances nouvelles incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité, dès lors qu'il est la partie perdante, la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 avril 2022 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B l'autorisation prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'éventuelles circonstances nouvelles incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité.
Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. Descombes L'assesseur le plus ancien,
signé
P. Le Roux
La greffière,
Signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200798
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026