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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201090

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201090

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, Mme B E, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa demande, l'ensemble dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 16 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante comorienne, est entrée en France métropolitaine le 12 novembre 2020 munie d'un titre de séjour " vie privée et familiale " délivré à C. Le 3 juin 2020, elle a sollicité son admission au séjour en sa qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 octobre 2021, le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour. Mme E a formé un recours gracieux adressé au préfet du Finistère le 16 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Finistère a fait application et mentionne l'absence de contribution des parents à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français de Mme E, l'absence d'attaches sur le territoire français de l'intéressée et la présence des autres enfants à C. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par la suite, suffisamment motivée, même si le préfet n'a pas cité la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale relative aux droits de l'enfant au titre desquelles il a examiné la situation de la famille. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est mère de cinq enfants dont deux sont français, ceux-ci ayant été reconnus par leurs pères français dans le cadre de l'article 316 du code civil. Contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Finistère, Mme E qui établit vivre avec ses enfants français, doit être regardée comme s'occupant de ses enfants, même si elle ne fournit que peu de documents sur sa situation. C'est donc à tort que le préfet a fondé la décision attaquée sur le premier motif tiré de l'absence de contribution à l'éducation et à l'entretien de ses enfants par l'intéressée. En revanche, par les documents qu'elle produit, Mme E n'établit pas que les pères des deux enfants français, qui ne résident pas avec les enfants, contribuent à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision attaquée que le droit au séjour de l'intéressée a été apprécié au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de ses enfants, le préfet ayant retenu que Mme E ne justifie d'aucune attache sur le territoire métropolitain et que le reste de la fratrie vit à C. Dans ces conditions, le second motif retenu par le préfet justifie la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée très récemment en France métropolitaine, qu'elle est célibataire et mère de cinq enfants dont seulement trois sont présents sur le territoire métropolitain, le reste de la fratrie résidant à C. Ainsi, à l'exception de ses trois enfants vivant en France métropolitaine avec elle, la requérante n'apporte aucune preuve de liens d'une particulière intensité sur le territoire. Par ailleurs, Mme E conserve de très fortes attaches à C, où résident ses autres enfants et les pères de ses enfants vivant avec elle sur le territoire métropolitain. Enfin, la décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme E de ses enfants, ni, notamment, d'empêcher la poursuite de la prise en charge médicale du jeune A, qui peut s'effectuer à C, département dans lequel les enfants peuvent être scolarisés. Il s'ensuit que le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation, ni méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ni la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme E doivent, dès lors, être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. DL'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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